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Quels changements devrait-on apporter à la charte?

La première ministre, Pauline Marois, et Bernard Drainville, ministre... (Photo Jacques Boissinot, La Presse canadienne)

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La première ministre, Pauline Marois, et Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques, lors de la présentation du projet de charte des valeurs québécoises.

Photo Jacques Boissinot, La Presse canadienne

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À la lumière des commentaires émis depuis le dévoilement du projet de charte des valeurs québécoises, le gouvernement Marois devrait-il le modifier pour en arriver à un consensus plus large chez les Québécois? Si oui, quels changements proposez-vous?

LE COMPROMIS DE LA CAQ

Michel Kelly-Gagnon

PDG de l'Institut économique de Montréal, il s'exprime à titre personnel.

Disons-le d'emblée, l'idée de vouloir codifier des «valeurs» me semble assez étrange, c'est le moins qu'on puisse dire. On peut codifier ou reconnaître des «droits», et cela a d'ailleurs été fait depuis longtemps. Mais même en mettant de côté cet aspect non négligeable du débat, ce qui est actuellement en train de se produire est absolument toxique pour l'image du Québec et ses relations économiques avec l'étranger. Pas plus tard que la semaine dernière, deux personnes du monde des affaires montréalais qui jouent un rôle important sur la scène internationale m'ont spontanément abordé dans un restaurant pour partager avec moi des anecdotes concrètes illustrant ceci. Mardi, j'ai donné une présentation au Vermont sur des sujets n'ayant aucun lien avec la charte des valeurs québécoises, mais les deux tiers de la période de questions ont quand même déraillé sur ce sujet, et ce sous un angle qui n'était nullement favorable au Québec. Bref, il faut trouver le moyen de se sortir de ce merdier, et ça urge! En ce sens, le compromis proposé par la CAQ de parler plutôt d'un «code vestimentaire» pour les employés de l'État québécois se trouvant en situation d'autorité évidente (ex. les policiers de la SQ) me semble acceptable.

À VISAGE DÉCOUVERT

Guy Ferland

Professeur de philosophie au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse.

À la lumière des débats actuels sur la charte des valeurs québécoises, des consensus se dégagent. Le bât blesse seulement sur l'interdiction des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique. Un compromis peut rapidement être trouvé en exigeant simplement que les services offerts et reçus le soient à visage découvert. Pour le reste, tout le monde s'accorde ou presque sur la laïcité et la neutralité de l'État et des institutions publiques, sur la réglementation des accommodements religieux à partir des balises dégagées par la commission Bouchard-Taylor et sur l'égalité des femmes et des hommes partout dans la province. Une charte « des valeurs québécoises » ne devrait pas prêcher de nouveaux dogmes, interdits ou principes intégristes intolérants à l'égard des religions. Les débats sur la charte des valeurs québécoises ont été, jusqu'à maintenant, civilisés et ouverts sans tomber dans la violence et la division irréparable. Ce qui montre le degré de maturité des Québécois et qui doit faire l'envie de bien des peuples sur la planète. Les débats sur la charte auront au moins eu le mérite de révéler, encore une fois après les référendums sur la souveraineté de la province, le caractère ouvert, tolérant et pacifique du peuple québécois.

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Yolande Cohen

LA CHARTE N'A PAS DE RAISON D'ÊTRE

Yolande Cohen

Historienne à l'UQAM

La véritable levée de boucliers qui a accueilli les propositions de charte des valeurs du gouvernement Marois révèle les clivages durables et profonds qui traversent la société québécoise. Comme dans toute société complexe, les gens ont des opinions, des croyances et des valeurs différentes qui s'harmonisent plus ou moins dans un ensemble de règles et de droit communs. Ce qui ressort de ce débat, c'est la volonté réitérée d'affirmer publiquement et dans le droit, la neutralité de l'État et de ses commettants. La tentation de légiférer dans ses moindres détails les modalités de cette neutralité est une fausse bonne idée. Car au nom d'un principe, elle interfère dans l'espace privé et intime des convictions personnelles.

La charte des valeurs peut-elle nous garantir la neutralité de l'État ? Je ne le crois pas. L'histoire du XXe siècle occidental nous montre que seul un État de droit aux pouvoirs limités offre une garantie raisonnable contre les dérives autoritaires. C'est pourquoi je crois que cette Charte n'a pas sa raison d'être, et que les amendements ne changeront rien à la perception que les gens s'en sont fait, lors de ce débat houleux et parfois douloureux.

UNE APPROCHE PLUS GRADUELLE

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO.

On le savait et on le constate présentement: les débats sur la place des religions dans la sphère publique soulèvent de vives réactions dans la population. La mise en place de nouvelles règles dans les administrations publiques et, de façon plus générale, dans la société, doit se faire progressivement si nous voulons éviter des brisures dans le tissu social, de même que l'exclusion et le départ d'individus qui sont une source de richesse pour la société québécoise. Je ne crois pas que l'approche du «big bang», qui va tout solutionner dans ce domaine pour des décennies, est optimale. Présentement, nous ne faisons pas face à une menace immédiate où il faut faire un virage brusque et où nous devons accepter des pertes collatérales. Je préfère une approche où on met fin à des abus, où on enlève des irritants majeurs et où on fait des gains au niveau du mieux vivre ensemble. Dans cinq ans ou dix ans, on pourra apporter d'autres correctifs en fonction de l'évolution de la société. Je suis d'accord avec le projet de rendre obligatoire le visage découvert lorsqu'on donne ou reçoit des services de l'État. Par contre, la neutralité de l'État ne nécessite pas que les employés de l'État cachent la religion qu'ils pratiquent.

POUR LA PAIX SOCIALE

Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux.

J'appuie le projet de charte des valeurs québécoises incluant d'éventuelles restrictions vestimentaires pour les fonctionnaires de l'État. Force est de constater que le message «rassembleur» du gouvernement du Québec ne passe pas, selon les derniers sondages. Tout le monde semble en faveur de la laïcité et de la neutralité de l'État, mais avec des contraintes minimales pour faire reconnaître ce principe. Comme le dit l'adage, «tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir». Je reviendrais donc aux propositions du rapport Bouchard-Taylor qui recommandaient que les fonctionnaires en autorité (juges, procureurs de la couronne, gardiens de prison, policiers) soient soumis à une neutralité exemplaire en termes de symboles religieux ostentatoires lorsqu'ils sont en fonction. Ce compromis me semble raisonnable afin d'éviter tout dérapage qui pourrait amener une détérioration de la paix sociale. La Coalition avenir Québec semble disposée à se rallier à une telle approche, ce qui permettrait au gouvernement du Québec de faire adopter rapidement un projet de loi sur cette question. Attendons les contestations judiciaires sur un tel projet de loi, provenant possiblement de partis politiques fédéraux afin d'évaluer si l'approche québécoise en matière d'accommodements raisonnables est jugé respectueuse de la charte canadienne des droits et libertés.

Stéphane Lévesque... - image 7.0

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Stéphane Lévesque

MONTRÉAL OU LE RESTE DU QUÉBEC?

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

Le projet de charte, tel qu'il est présenté en ce moment, a très peu de chances d'être adopté. Il est trop mou pour la moitié de la population du Québec et trop dur pour l'autre moitié. Le PQ devra faire un choix s'il désire faire passer sa charte du stade de projet au stade de loi. Il devra choisir entre Montréal et le reste du Québec, car il est là le clivage. On a vécu pendant des décennies avec une opposition linguistique au Québec. On parlait des deux solitudes. Le débat sur la charte a mis en lumière une nouvelle division sociale au Québec: celle-ci porte sur l'intégration et surtout l'assimilation des autres cultures à celle de la société d'accueil. Maka Koto a partagé publiquement cette semaine qu'il avait mis de côté son totem familial (une pièce de crâne de panthère) dans le but de s'intégrer plus harmonieusement à sa «nouvelle famille». On assiste à une situation similaire pour toutes les journalistes qui agissent en tant que correspondantes à l'étranger. Elles s'adaptent aux coutumes locales. C'est pourquoi elles se voilent même si elles ne sont pas musulmanes. C'est aussi pourquoi des députés non juifs se couvrent d'une kippa lors de visites de temples juifs. Ils s'adaptent. C'est ce que l'État exigerait de ses employés grâce à la charte.

OUVRIR LE DICTIONNAIRE

Nestor Turcotte

Retraité de l'enseignement collégial

Il faut ouvrir le dictionnaire pour mieux se comprendre. Le Petit Robert définit ainsi le mot laïcité: « Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l'État n'exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique.» Il est étonnant de savoir que le pape Nicolas 1er, élu en 858, avait tenu à préciser la distinction très nette entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, «déniant à l'État le droit de s'immiscer dans les affaires de l'Église comme à l'Église celui de s'ingérer dans les domaines de l'État» (La véritable histoire des papes, p. 107). On pourrait l'invoquer comme le patron de la laïcité! Un État laïc est indépendant du pouvoir religieux, mais il n'est pas nécessairement neutre. Le philosophe Alain disait qu'il fallait connaître le christianisme pour comprendre la France. Il en est ainsi du Québec. Un État laïc pourrait faire donner un cours sur le christianisme pour que les gens comprennent la société dans laquelle ils vivent. La neutralité ajoute quelque chose. Le mot neutre vient du latin neuter, qui signifie «ni l'un ni l'autre». Un État neutre en matière religieuse ne favorise aucune religion, mais il n'en interdit aucune dans la mesure où elles respectent les lois de l'État et la morale. La religion est une liberté et non un droit. La Turquie est laïque, mais le pays est très religieux.

D'AUTRES PRIORITÉS

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

Le gouvernement Marois ne va pas encore assez loin avec son projet de charte. Quant à moi, il devrait aussi inclure une procédure de francisation des immigrants non francophones ainsi que des balises plus claires renforçant l'égalité entre les femmes et les hommes. Ceci dit, je crois que le moment est très mal choisi. Le gouvernement Marois devrait plutôt rétablir la confiance que doit normalement avoir le peuple envers l'Assemblée nationale et ses élus en s'attaquant aux problèmes plus urgents, comme l'économie ainsi que les réseaux de la santé et de l'éducation qui sont mal gérés et très mal organisés. La levée de boucliers engendrée par le débat sur cette charte mobilise toute l'énergie de nos élus, tous partis confondus, et ne fait qu'accroitre notre sentiment que nous ne sommes pas écoutés et que nos préoccupations sont loin d'être les mêmes que l'élite politicienne.

Le député caquiste de Granby, François Bonnardel.... (photo archives La Voix de l'Est) - image 10.0

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Le député caquiste de Granby, François Bonnardel.

photo archives La Voix de l'Est

NOTRE PORTE DE SORTIE

François Bonnardel

Député de Granby pour la Coalition avenir Québec.

Le débat sur la charte est mal engagé. Il faut trouver une voie de sortie pour conclure ce débat dont certains éléments divisent profondément les Québécois. La Coalition avenir Québec a fait connaître sa position le 26 août. Nous avons présenté une position pondérée et responsable qui servirait les intérêts du Québec et des Québécois. Nous préconisons l'adoption d'une Charte de la laïcité qui reconnaîtrait la neutralité religieuse de l'État québécois dans le respect du passé judéo-chrétien du Québec. Nous pensons qu'aucune demande d'accommodement religieux ne devrait être acceptée si elle est incompatible avec le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes.  Nous avançons que tous les employés de l'État doivent servir la population à visage découvert et que tout citoyen qui reçoit un service du gouvernement doit le faire aussi à visage découvert pour des raisons d'identification et de sécurité. Nous pensons qu'il serait possible et utile de s'entendre sur ces questions.

Notre position en est une de compromis. Un compromis qui repose sur quelques propositions sur lesquelles il serait possible de s'entendre. Nous pensons donc, qu'à part ces figures d'autorité, tous les autres employés de l'État devraient pouvoir exprimer librement leurs convictions religieuses.

Notre position est, nous semble-t-il, profondément québécoise. Nous espérons que le gouvernement donnera suite à la main que nous lui tendons.

LA TYRANNIE DE LA MAJORITÉ

Adrien Pouliot

Chef du Parti conservateur du Québec.

Ce n'est pas parce qu'il y a «consensus» qu'on devient autorisé à violer les droits et libertés fondamentaux des minorités. Au contraire, les chartes des droits existent justement pour prévenir la tyrannie de la majorité. La prohibition des signes religieux viole sans justification la liberté de religion et devrait être carrément abandonnée. Les autres dispositions de la charte sont redondantes (égalité homme-femme déjà énoncée dans deux chartes... ça en prend une troisième?) ou superflues parce que déjà établies en droit (neutralité et laïcité de l'État), ou elles pourraient tout simplement se retrouver dans un code vestimentaire (servir le client à visage découvert), une politique de relations avec la clientèle (pas de prosélytisme) ou un guide à l'intention des cadres de l'État (comment accorder des accommodements raisonnables). Concentrons-nous plutôt sur le vrai problème que représentent nos politiques québécoises d'immigration défaillantes et les critères de sélection des immigrants qui ont donné jusqu'à maintenant des résultats peu enviables: taux de chômage élevé chez les nouveaux arrivants; proportions épidémiques d'immigrants qui quittent le Québec après cinq ans; et manque de diversité dans le recrutement à cause d'une emphase démesurée sur la langue et trop faible sur les besoins de main-d'oeuvre du Québec.

Raymond Gravel... (Photothèque Le Soleil) - image 12.0

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Raymond Gravel

Photothèque Le Soleil

JE VAIS SORTIR MA SOUTANE...

Raymond Gravel

Prêtre dans le diocèse de Joliette

Si le gouvernement Marois veut présenter une charte des valeurs québécoises, il doit abandonner l'interdiction de porter des signes religieux pour les employés de l'État. Personnellement, je suis souverainiste et péquiste et je n'accepterai jamais qu'on me dicte ce que je peux porter à mon travail ou dans mes loisirs. J'ai entendu le ministre Lisée dire que c'était l'État qui avait forcé les prêtres et les religieux(ses) du Québec à abandonner leur costume religieux. C'est complètement faux! C'est à la suite du Concile Vatican II que ces changements se sont faits graduellement et c'est en toute liberté que certains costumes religieux ont été enlevés ou modifiés pour une plus grande proximité avec les gens. Jamais, nous n'avons vu au Québec l'État dicter aux gens comment ils devaient s'habiller pour travailler. Si jamais le gouvernement ne modifie pas sa loi et qu'elle est adoptée tel quel, il y aura de la provocation et de l'exagération, car nombreux sont ceux qui refusent de se plier à une telle dictature. Dans ce  cas, je serai le premier à sortir ma soutane des boules à mites pour la porter dans mes fonctions d'aumônier des policiers et des pompiers...  




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