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Les États-Unis devraient-ils attaquer la Syrie ?

L'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar... (Photo AP)

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L'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad contre la population syrienne justifie-t-elle une intervention militaire des États-Unis?

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Une intervention militaire des États-Unis s'impose-t-elle en Syrie si le régime Assad a eu recours aux armes chimiques contre son peuple? Que devrait faire le Canada ? Le président Obama a-t-il raison de demander l'appui du Congrès avant de lancer une attaque?

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Stéphane Lévesque

UN DOUTE

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

Sans m'appuyer sur des fondements concrets et scientifiquement vérifiés, j'éprouve un certain scepticisme quant à l'identité des utilisateurs des armes chimiques en Syrie. Il existe un doute persistant dans mon esprit que les rebelles auraient pu utiliser le gaz sarin pour provoquer une réaction de la communauté internationale et particulièrement des États-Unis. Le président Obama s'étant commis en parlant de « la ligne rouge à ne pas dépasser », l'occasion était belle de le prendre au mot et de l'obliger, en quelque sorte, à agir en fonction de ses promesses, sans quoi il perdrait énormément de crédibilité. Je crois donc qu'il faut attendre les rapports des inspecteurs de l'ONU et n'agir militairement qu'en cas de certitude absolue, ce qui n'est pas encore chose faite. On a assisté à une erreur magistrale en Irak alors que les Américains, Bush en tête, étant trop pressés d'agir, ont martelé le pays pour se rendre compte plus tard que les armes de destruction massive étaient introuvables, voire inexistantes. Il ne faudrait pas répéter l'erreur de pilonner un pays pour le mauvais motif. Le Moyen-Orient est une poudrière; le fait d'aller y intervenir devrait être un geste réfléchi et soutenu par de nombreux alliés et non une réaction américaine à saveur politique.

CRIMES ENVERS L'HUMANITÉ?

Guy Ferland

Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

Pour ne pas être complices de crimes envers l'humanité en nous bouchant les yeux trop longtemps, comme certains l'ont été au Rwanda, au Kosovo, au Darfour ou en Allemagne naguère, nous devons intervenir lorsque des actes barbares sont commis dans n'importe quel pays. Mais il faut savoir ce qui se passe réellement sur le terrain d'une intervention prochaine et ce que pourrait entraîner une action militaire même limitée. C'est le dilemme classique du remède qui ne doit pas provoquer des réactions pires que le mal qu'il devait enrayer. Alors, oui, les pays qui le peuvent doivent intervenir lorsqu'ils sont au courant que des crimes envers un peuple sont commis, mais ils doivent essayer de mesurer d'avance les conséquences éventuelles de leurs interventions, même si cela est pratiquement imprévisible à moyen terme. Ainsi, le président des États-Unis doit vraiment consulter tous les experts et s'assurer du plus large consensus avant d'intervenir. Et le Canada ne doit pas être indifférent au sort d'autres êtres humains sur la planète en soutenant toute attaque. Il semble que toutes les conditions soient réunies en Syrie pour qu'une intervention militaire internationale ciblée enraye le pouvoir abusif du régime Assad, qui aurait eu recours aux armes chimiques contre son peuple.

L'ERREUR DE L'IRAK

Pierre Simard

Professeur à l'ÉNAP à Québec et fellow senior de l'Institut Fraser

Le conflit syrien ne menace en rien la sécurité nationale des États-Unis. Pourquoi devraient-ils intervenir en Syrie? Sûrement pas pour renverser Bachar al-Assad afin de mettre en place un régime qui lui serait plus sympathique. Pour dissuader l'utilisation d'armes chimiques contre les rebelles? Je veux bien! Toutefois, si on a pu confirmer que des armes chimiques ont bel et bien été utilisées, les preuves y associant le gouvernement syrien sont plus fragiles. C'est vrai que la France prétend les posséder et que les agences de renseignements américaines estiment que l'implication du régime en place est très probable. Jusqu'ici, cependant, aucune des preuves rendues publiques n'a réussi à convaincre la communauté internationale. Le danger qui guette les États-Unis serait de répéter l'erreur de l'Irak et d'aller mener une guerre sur la foi de ragots. Seule une preuve convaincante que le gouvernement syrien est responsable de ce crime humanitaire ralliera les 188 pays signataires de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques. D'ici là, les tractations politiciennes des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne divertissent peut-être la planète, mais ne légitiment en rien une intervention en Syrie.

ATTENTION AUX INTERVENTIONS ISOLÉES

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

La prise de mesures militaires contre les dirigeants de la Syrie pour sanctionner l'utilisation d'armes chimiques contre la population de ce pays  devrait être faite par l'ONU. C'est la meilleure façon d'éviter que de telles mesures dégénèrent en une guerre régionale ou même mondiale. Nous ne sommes pas devant un cas où il y a eu une agression militaire par la Syrie contre un pays souverain. Si la Russie utilise son droit de veto pour empêcher la prise de mesures militaires contre la Syrie, il faut qu'elle soit davantage responsabilisée au plan international pour ce qui se passera en Syrie. Il faut faire en sorte que l'usage de son veto par un pays au Conseil de sécurité de l'ONU ait des conséquences pour ce pays. La Russie doit rendre des comptes sur ce qui se passe sur le territoire de «son protégé». D'un autre côté, je n'apprécie pas beaucoup le fait que des pays décident de façon relativement isolée d'être les gendarmes du monde pour un certain temps, dans certaines circonstances. Dans le passé, nous avons été fort mal servi par un tel système.  Le gouvernement Harper devrait supporter davantage une intervention de l'ONU et réduire son support à une intervention américaine, support qui peut être fortement motivé par d'autres objectifs politiques et économiques propres au Canada.

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Gaëtan Lafrance

LA FESSÉE EST DÉPASSÉE

Gaëtan Lafrance

Professeur honoraire à l'INRS-EMT

Il n'y a pas si longtemps, on utilisait le fouet pour l'expiation de ses péchés. Les boomers ont connu la fessée. Les techniques ont évolué. Pour réprimander l'enfant délinquant, les nouveaux parents haussent le ton et disent d'un commun accord qu'il y aura des « conséquences » si le comportement ne change pas. La privation de dessert ou d'ordinateur fait partie des punitions les plus convaincantes. Pour réprimander le dictateur impénitent, les policiers du monde ont toujours préféré la force brute. Seuls les moyens se sont raffinés, question de réduire le nombre de morts parmi les siens. Pourquoi ne pas moderniser les punitions =? Si la communauté internationale a réussi à mettre fin à l'apartheid, c'est qu'elle a utilisé des moyens plus convaincants que la destruction. Mais alors qu'elle serait la «privation de dessert» pour le régime syrien? L'isolation commerciale est un moyen efficace. Un blocus total de la livraison d'armes en est un autre. Dilemme. Pour qu'une punition fonctionne, il faut que toute la famille affiche la même désapprobation. Comment expliquer ça aux Américains, aux Français et aux Russes? Après l'Irak, la Libye, la Tunisie, l'Égypte, comment peut-on encore croire que les frappes chirurgicales vont changer le monde?

QUI VEUT LA PAIX...

Nelson Turcotte

Enseignant retraité du collégial

Les armes chimiques ont été utilisées lors de la Première Guerre mondiale. L'armée allemande s'en est servi contre les armées russe et française; les Français ont eu recours à des obus au phosgène. On compte plus de 100 000 personnes tuées par les armes chimiques lors du premier conflit mondial. La Deuxième Guerre mondiale n'a pas échappé à l'arme chimique. Depuis la fin des deux guerres mondiales, plusieurs pays ont stocké des armes chimiques. Celles-ci ont été utilisées lors de la guerre du Vietnam, détruisant ainsi les récoltes des paysans. L'Irak, en 1988, a bombardé la ville d'Halabja, tuant 5000 Kurdes. La Syrie vient de poursuivre cette courte nomenclature. Les grandes puissances du monde, possédant encore ce type d'armes, dénoncent  timidement l'utilisation de celles-ci. Elles en produisent et en vendent sans doute aux pays qui les utilisent toujours. L'utilisation de telles armes est interdite selon une convention signée en 1997. Quelques pays n'ont pas encore signé et ratifié une telle entente dont la Corée du Nord, l'Égypte, la Syrie et Israël. Les États-Unis ont détruit, depuis, près de 80 % de leur stock d'armes chimiques. On a sans doute quelque chose de meilleur en remplacement. On pourrait souhaiter le désarmement mondial. Mais qui veut la paix... prépare la guerre !




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