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Manger moins de viande?

Un étalage de biftecks dans un supermarché de... (Photo J. Scott Applewhite, Associated Press)

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Un étalage de biftecks dans un supermarché de Vancouver.

Photo J. Scott Applewhite, Associated Press

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Bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques chez le poulet, le boeuf et le porc. Pièces de boeuf contaminées par des traces de médicament toxique pour l'humain. Ces informations sont-elles de nature à vous inciter à manger moins de viande?

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

RECHERCHER LA QUALITÉ

Absolument pas! Je suis un vrai carnivore. Les repas végétariens, pour moi, doivent demeurer exceptionnels. Le problème, ce n'est pas de manger de la viande. Ce qui augmente les risques de maladies et de contamination, c'est de manger de la viande « cheap ». Le boeuf haché rose à un dollar la livre et les filets de porc gros comme des pains tranchés, c'est ça le problème. Il faut accepter que la viande, c'est cher. Il faut arrêter de magasiner la viande au poids et chercher la qualité. On doit choisir les produits les plus frais, biologiques autant que possible et, surtout, les produits offerts par les petits producteurs locaux. Si vous voulez de l'agneau, trouvez-vous une bergerie si vous en êtes capables et vous goûterez la différence. Si vous voulez du porc, encouragez un producteur de votre région qui vend des coupes de qualité en petites quantités. On parle ici de la viande, mais c'est tout à fait la même chose pour les fruits et les légumes. Si on veut minimiser les risques, il faut acheter moins, mais mieux : un petit melon bio au lieu d'un mastodonte gonflé de 20 livres, un casseau de fraises locales au lieu d'une caisse de fraises dopées de la Floride. N'importe quel chef vous le dira, un plat délicieux exige que les ingrédients de base soient de qualité. Or, quand le rendement est la prémisse de départ pour les producteurs, c'est tout le reste qui en souffre, en commençant par la sécurité et le goût des aliments.

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Yolande Cohen

Yolande Cohen

Historienne à l'UQAM

EN BAISSE AU CANADA

Les maladies des animaux que nous mangeons peuvent être létales pour l'humain, comme pour les animaux eux-mêmes. Les grands scandales de la vache folle et des aliments contaminés ne font que confirmer les risques que font peser les élevages industriels sur notre santé. Nous savons depuis plusieurs décennies maintenant que ces modes de production de masse induisent une série plus importante de risques pour la santé humaine, sans parler du traitement inapproprié des animaux parqués dans des usines et abattus mécaniquement par centaines de milliers sans autre égard à leur endroit. Qu'avons-nous fait depuis? Si l'Union européenne s'est dotée de règlements très stricts, malgré l'influence démesurée des lobbys agricoles, au Canada, on hésite encore à intervenir de façon drastique pour imposer des réglementations plus corsées et contraignantes. Les consommateurs que nous sommes ont déjà pris l'initiative de manger moins de viande, comme en témoigne la baisse marquée de la consommation de viande au Canada ces dernières années. Pour ma part, cela fait quelques années que je mange moins de viande, et quand j'en mange, j'aime savoir où et comment la bête a été traitée, soignée et abattue. Et la plupart du temps, ces informations étant rarement disponibles (sauf dans nos petits marchés bio où les producteurs se font un plaisir de tout nous raconter sur leurs trésors), je me contente de protéines végétales, de légumes et de poissons...

Guy Ferland

Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

VIANDE À CHIEN!

On est ce que l'on mange. Ces jours-ci, on a la désagréable impression d'être un mélange toxique de produits chimiques, d'antibiotiques et d'hormones de croissance, sans compter les OGM en quantité de moins en moins négligeable provenant de certaines céréales dont se nourrissent certains animaux de ferme. Et l'on ne parle même pas encore des pesticides et engrains chimiques aspergés dans les champs et les terres arables qui aident à la croissance ou à la protection des légumes et des fruits! On est ce que l'on mange. Heureusement, de plus en plus de consommateurs soucieux de leur santé s'alimentent de produits biologiques ou vont directement s'approvisionner chez les cultivateurs et les fermiers en qui ils ont confiance. Par contre, l'industrie alimentaire vise le profit avant tout, comme toute autre entreprise, sans véritable égard pour les consommateurs. Les très gros producteurs d'aliments vont toujours tenter de maximiser leur marge de profit en augmentant leurs rendements et en minimisant leurs pertes. Cette façon de penser va entraîner l'utilisation de raccourcis afin que la nature produise davantage. Poulets aux antibiotiques, boeufs contaminés, moulée animale pour nourrir des bestiaux végétariens, etc. Tout est permis quand on pense comme Séraphin. Viande à chien!

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ÉNAP à Québec et fellow senior de l'Institut Fraser

HYSTÉRIE ALIMENTAIRE

Les alertes alimentaires se succèdent à un rythme affolant. Aujourd'hui, ce sont les poulets, les porcs et les boeufs qui seraient contaminés par des traces de médicament toxique pour l'humain. Le mois dernier, c'était les beurres de noix et d'arachide ainsi que le sucre qui étaient contaminés par la salmonelle. Le mois d'avant, c'était la bactérie E. coli qui faisait des ravages. Décidément, se nourrir est un sport extrême. D'autant plus que pour me prémunir contre l'obésité, je devrais éviter les frites, les boissons gazeuses, les desserts, les collations riches en matières grasses et tous les aliments dont le premier ingrédient est le sucre ou l'équivalent. Je devrais également vérifier si l'aliment que je m'apprête à consommer est exempt de lait cru, de colorant, d'agent de conservation, d'arôme artificiel ou autre produit au nom douteux. Enfin, avant de prendre une bouchée, je devrais m'assurer qu'il s'agit d'un produit équitable, c'est-à-dire que les travailleurs ont été rémunérés convenablement pour le produire. C'est l'hystérie alimentaire! Non, ces nouvelles informations ne vont pas m'inciter à manger moins de viande. Je suis convaincu qu'il faut manger pour vivre.

Jana Havrankova... (Photo fournie par Jana Havrankova) - image 6.0

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Jana Havrankova

Photo fournie par Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue

MONDE INSOUTENABLE DES CARNIVORES

Avec raison, personne ne veut consommer des médicaments à son insu. Mais ce n'est pas seulement la crainte de la présence des produits indésirables dans la viande qui devrait nous motiver à modérer nos penchants carnivores. Un rééquilibrage de notre alimentation vers davantage de produits d'origine animale renouvelables (lait, fromage, oeufs), ainsi qu'une consommation plus importante d'aliments d'origine végétale s'impose. Au plan environnemental, la production actuelle de viande est insoutenable. L'élevage des animaux constitue la deuxième cause des gaz à effet de serre au monde. L'extension des surfaces dédiées à la production des céréales pour des animaux conduit à la déforestation, aux monocultures et à l'utilisation accrue des OGM.  Par ailleurs, la consommation de la viande rouge est associée à certains cancers, de la prostate et du côlon notamment. Bien entendu, les produits d'origine végétale connaissent aussi leurs problèmes à l'occasion : listéria dans les fromages, salmonelle dans les oeufs, E. Coli dans les légumes. Un verre d'eau à la place? On y trouve des antibiotiques, des hormones et d'autres médicaments. Solutions? Au plan individuel, diversifier son alimentation et manger moins de viande. Au plan collectif, exiger une surveillance rigoureuse des procédés de fabrication et d'élevage, y compris l'utilisation de médicaments.

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

FAIRE DE BONS CHOIX AVEC DE LA BONNE INFORMATION

De telles nouvelles poussent le consommateur à consommer moins de viande. Certains consommateurs réagissent plus que d'autres.  Par contre, des rapports sur la nocivité d'autres aliments (légumes, fruits, poissons, noix... ) poussent les consommateurs à moins manger de ces aliments-là et même à revenir vers les viandes.  En somme, c'est à chacun de faire ses choix compte tenu de l'information disponible. Tous ces risques pour notre santé nous portent de plus en plus à valoriser les aliments qui ont été produits avec de hauts standards de qualité et qui ont été soumis à un système indépendant et compétent  d'inspection.  Le modèle de gestion qui pousse nos gouvernements à compter de plus en plus sur l'auto-inspection des entreprises productrices et distributrices de nourriture et de moins en moins sur ses propres inspections et laboratoires va être rejeté à long terme par les consommateurs/électeurs. L'auto-inspection est souhaitable, mais non suffisante. La dernière crise financière illustre très bien l'insuffisance de l'autorégulation dans le secteur financier et du besoin d'un système de surveillance fait par les entités gouvernementales compétentes et indépendantes. C'est la même chose pour le secteur alimentaire.  L'épisode du rappel de la production de l'abattoir XL Foods illustre bien ce point.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

INQUIÉTANT

Les animaux qui font partie de la chaîne alimentaire reçoivent, dans plusieurs cas, des doses considérables d'antibiotiques afin de prévenir les maladies qui pourraient avoir comme effet de nuire à la production. Il est inquiétant de savoir que la viande se retrouvant dans nos assiettes a subi de telles transformations ayant pour but principal d'accroître les profits. J'oeuvre au sein du réseau de la santé depuis 30 ans. À mes débuts, il n'y avait aucune bactérie résistante aux antibiotiques. Aujourd'hui, nous et nos patients devons composer avec ces bactéries résistantes engendrant des maladies telles que l'ERV, le SARM et le C difficile, pour ne nommer que celles-là. Impossible à traiter, car résistantes aux antibiotiques, ces maladies « nouveau genre » coûtent une fortune à notre société sans compter qu'elles peuvent aussi, dans certains cas, mener à la mort du patient. Les personnes infectées se retrouvent isolées des mois durant et sont soumises au jugement des autres patients qui craignent d'être infectés à leur tour. Il est d'autant plus inquiétant de savoir que de nouvelles bactéries encore plus résistantes sont en mutation et affectent présentement des personnes aux États-Unis. Ce n'est donc qu'une question de temps avant que ces supermicrobes traversent la frontière. Il nous faut donc agir maintenant, sans quoi la science et la médecine ne pourront plus rien pour nous.

Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux

UN PROBLÈME DE TRAÇABILITÉ

Les grands supermarchés devraient exiger de la part de leur fournisseur de viande un système de traçabilité fiable qui permettrait de retracer l'origine de la viande et les traitements que l'on a faits à l'animal. Le consommateur saurait alors si sa viande est d'origine biologique ou traitée aux hormones artificielles. Un tel système existe pour les oeufs et nous pouvons savoir ainsi la date de péremption et l'origine du produit. En tant que consommateur averti, je suis prêt à payer plus chère ma nourriture, si j'en connais la provenance et la qualité. Qui ne se souvient pas du scandale de la viande avariée dans les années 70, mis à jour par la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO)?  Des carcasses d'animaux morts étaient transformées en produits de consommation sans qu'aucun contrôle ne soit effectué. Il est étonnant que les gouvernements coupent des postes sur l'inspection des aliments, comme l'a fait dernièrement le gouvernement fédéral, d'où le scandale de la bactérie E-coli au sein de la plus grande entreprise albertaine de traitement de la viande de bovins. Heureusement, ce sont les autorités américaines qui ont détecté la bactérie et en ont averti les autorités canadiennes, qui ont mis plusieurs jours à intervenir. De toute façon, dans la consommation de la viande, comme du poisson, la modération a bien meilleur goût.

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