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La Corée du Nord provoquera-t-elle une guerre?

Un défilé militaire à Pyongyang en avril 2012.... (Photo Ng Han Guan, Associated Press)

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Un défilé militaire à Pyongyang en avril 2012.

Photo Ng Han Guan, Associated Press

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Y a-t-il lieu de s'inquiéter des gestes répétés de provocation de la Corée du Nord à l'endroit de la Corée du Sud et des États-Unis? Craignez-vous que l'escalade dégénère et se transforme en guerre nucléaire?

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

UNE ÉTINCELLE SUFFIT

La probabilité d'une guerre est faible, mais elle est non négligeable.  De plus, à cause de la possibilité de l'utilisation d'armes nucléaires, les effets de cette guerre en perte de vies humaines et de bien-être des populations, ainsi qu'en pertes matérielles, pourraient être énormes. Le fait que la Corée du Nord soit dirigée depuis plusieurs décennies par un très petit nombre de personnes et le fait que ces dirigeants ont très mal gérés ce pays augmente la probabilité de faire face à un conflit majeur. Une étincelle peut suffire pour que ce qui nous semble totalement irrationnel devienne une réalité.  On a créé une situation où plus les dirigeants de ce pays menacent le reste du monde, plus ils reçoivent des biens, sous la forme de nourriture et de pétrole, leur permettant ainsi de se maintenir au pouvoir et indirectement de poursuivre leur capacité de faire des frappes nucléaires. Cette dynamique, où la provocation devient un stratagème pour recevoir de l'aide internationale, peut engendrer des escarmouches qui peuvent dégénérer en un conflit mondial.  Il faut sortir de cette dynamique. La Chine, qui a trop supporté son allié délinquant pour son propre avantage, doit enfin agir comme un leader mondial et jouer un rôle de premier plan pour arrêter, une fois pour toutes, cette répétition de crises.

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Yolande Cohen

Yolande Cohen

Historienne à l'UQAM

FANFARONNADES ET ROULEMENTS DE TAMBOUR!

Si la guerre froide est bel et bien terminée dans le reste du monde, trop préoccupé par les rééquilibrages de pouvoir entre les grands empires économiques, il semble que ce ne soit pas le cas en Corée. Le divorce politique qui sépare depuis des décennies la Corée en deux pays distincts, se double d'une fracture économique interne encore plus décisive dans le contexte de la mondialisation. Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser aux grands moments de la guerre froide dans l'escalade de ces derniers jours, avec l'annonce d'essais nucléaires par la Corée du Nord. Le réflexe de recourir à l'arme nucléaire comme outil de dissuasion date aussi de cette époque où la menace maximale était utilisée pour faire la paix, mais aussi pour montrer son pouvoir, politique et économique. Aujourd'hui, pour le régime de Pyongyang, qui semble tout droit sorti de l'ère glaciaire, c'est une façon de se remettre dans le jeu de la diplomatie mondiale. Pour les Sud-Coréens, cela ne change pas grand-chose au conflit qu'ils continuent de vivre avec leurs voisins du Nord. Pour les grandes puissances économiques mondiales, cela représente un facteur de risque supplémentaire, dont elles n'ont pas vraiment besoin. La Chine vient d'ailleurs de signifier son opposition à tout essai nucléaire. Quant à Washington, qui est directement visé, sa réaction musclée, fait partie pour l'instant de l'inévitable joute verbale et diplomatique. Dans l'histoire, on a déjà vu de telles fanfaronnades et roulements de tambours; certaines ont malheureusement conduit à de grandes catastrophes au XXe siècle. On espère tous que cela en restera là!

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ÉNAP, à Québec

RESTONS AUX AGUETS

D'un Kim Jong à l'autre, on semble maîtriser l'art de la provocation. Même si la Corée du Nord renvoie l'image d'un chihuahua qui jappe devant un pitbull, il y a toujours quelque chose d'inquiétant à voir un pays brandir l'arme nucléaire. Généralement, on estime que la course à l'armement nucléaire fait partie d'une stratégie de dissuasion : on s'en équipe non pas pour l'utiliser, mais pour dissuader l'adversaire de nous attaquer. L'idée étant qu'aucun pays ne l'utilisera au risque de s'exposer, à sont tour, à une réplique qui l'anéantira. En somme, la théorie de la dissuasion repose sur l'idée que les chefs des États détenteurs de l'arme nucléaire sont suffisamment intelligents et rationnels pour ne pas s'autodétruire. Pour l'instant, la Corée du Nord semble vouloir s'en tenir à cette guerre froide. Malgré des déclarations à l'emporte-pièce, ses dirigeants ont toujours évité d'outrepasser les limites de l'acceptable. Par contre, il faut toujours être aux aguets, comme le disait Kant, «le pouvoir corrompt inévitablement la raison».

Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux

UNE STRATÉGIE DE FAIBLESSE

La seule façon pour le régime nord-coréen de maintenir son emprise sur son peuple est de déclarer l'état d'urgence face à une prétendue menace extérieure. C'est une stratégie de faiblesse du nouveau dirigeant, descendant d'une lignée de dictateurs sans scrupules. Dans un tel contexte, s'ensuit une guerre psychologique dirigée davantage contre les populations nord-coréenne et sud-coréenne que contre les États-Unis. Qui ne se souvient pas de l'écroulement du mur de Berlin en 1989 et de l'ensemble des pays d'Europe de l'Est sous la férule de l'ex-URSS? La Chine, seul soutien du régime nord-coréen et grand exportateur de biens aux États-Unis, ne permettra jamais une guerre nucléaire près de ses frontières;  l'enjeu économique est trop important. L'escalade actuelle fondée sur la vieille paranoïa de l'idéologie marxiste permettra peut-être à terme un renversement du régime actuel et l'ouverture au monde extérieur, comme a si bien su le faire la Chine communiste devenue un paradis capitaliste. Après tout, nous n'en sommes pas à une contradiction près dans le merveilleux monde des régimes totalitaires fondés sur le culte de la personnalité d'un grand timonier, au prix de millions de morts dus à la famine et aux privations de toutes sortes. Espérons que le grand frère chinois mettra fin, plus tôt que tard, à ce régime décadent.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

LES GRANDS PERDANTS

Pyongyang aurait un ou des missiles capables d'atteindre l'île américaine de Guam et peut-être même Hawai. Pour arriver à ses fins, le gouvernement de la Corée du Nord aurait même réactivé la centrale nucléaire de Yongbyon. Visiblement, la Corée du Nord ne se soucie guère du bien-être de ses concitoyens. Le pouvoir ultime de décider d'attaquer ou non la plus grande puissance mondiale semble être sa priorité, au détriment de la santé et même de la vie de ses citoyens. Toutes les dictatures ayant osé attaquer les États-Unis dans le passé en paient toujours le prix des dizaines d'années plus tard. La Corée du Nord, si elle met ses menaces a exécution, ne sera pas différente des autres. Elle devra payer le prix d'avoir commis cette grave erreur. Mais en fin de compte, les membres de ce gouvernement auront sacrifié combien de vies d'honnêtes citoyens afin d'assouvir leur guerre qui est perdue d'avance? Comment ces dirigeants peuvent-ils croire que les Américains n'agiront pas avant de recevoir chez eux les missiles de la Corée du Nord?

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

SUICIDAIRE

Le régime nord-coréen me fait penser à un jeune débutant qui se présente à une table de poker professionnelle et qui bluffe sans avoir de jeu avec dix dollars dans ses poches. On a rarement vu une armée si « démunie » se croire capable d'affronter un adversaire aussi démesurément supérieur comme le sont les États-Unis. En fait, un des seuls atouts dans la manche des nord-coréens est leur proximité de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon. Ils pourraient, bien que ce soit une éventualité peu plausible selon moi, provoquer des dommages considérables s'ils passaient de la parole aux actes. Cependant, ce serait suicidaire ; la réplique serait instantanée et fulgurante. Le pays n'a plus vraiment d'allié sûr ni la sympathie de qui que ce soit, ce qui fait qu'il ne leur reste plus vraiment d'autre option que de gonfler les plumes en espérant que l'adversaire aura vraiment peur. La Corée du Nord est extrêmement pauvre et on y vit dans des conditions plus souvent qu'autrement inhumaines selon les standards d'aujourd'hui. Or, le fait que le dictateur en place ait recours à ce type de menace absurde qui pourrait mener son pays dans un conflit potentiellement fatal démontre à quel point le désespoir teinte ses décisions.

Jana Havrankova... (Photo fournie par Jana Havrankova) - image 7.0

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Jana Havrankova

Photo fournie par Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue

QUE VEUT KIM JONG-UN ?

Si nous connaissions les motifs derrière les roulements de tambour guerriers de la Corée du Nord, nous serions plus en mesure d'évaluer la menace réelle. Mais le pays et son dictateur demeurent cachés en arrière d'un épais rideau de fer.  De prime abord, il serait tentant de déclarer que Kim Jong-un est fou et que la petite Corée du Nord ne peut pas vraiment attaquer la première puissance militaire au monde. Toutefois, il faut de se méfier des dictateurs souffrant de mégalomanie et de la paranoïa : ils sont capables de tout et du pire encore, comme Hitler, Staline ou Pol Pot. Il est possible que Kim Jong-un et ses militaires veulent démontrer au peuple nord-coréen leur pouvoir.  À ce jour, ils ont remporté un certain succès. D'abord, en mettant les États-Unis sur le pied de guerre. Déjà, le Pentagone a envoyé une batterie de missiles sur l'île de Guam et plusieurs types de bombardiers se promènent au-dessus du Pacifique. Puis, les manoeuvres militaires nord-coréennes inquiètent la Russie.  Kim Jong-un, veut-il simplement que le monde se préoccupe de la Corée du Nord? Ne connaissant pas ce qui le motive, il est difficile de savoir ce qu'il convient de faire.




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