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Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ?

Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools... (photo Archives La Voix de l'Est)

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La Presse

Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools pour dénoncer ses marges bénéficiaires disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. D'après vous, devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence?

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Khalid Adnane

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Khalid Adnane

Économiste à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

UNE QUESTION DE COHÉRENCE

Le débat autour de la privatisation de la SAQ (ou de Loto-Québec) n'est pas nouveau, il est même devenu avec le temps un rendez-vous presque annuel, comme le jour de la marmotte! En effet, combien de fois a-t-on entendu ces lamentations sur les profits de la SAQ? Et quand ce ne sont pas ses profits élevés qui sont dénoncés, ce sont les salaires versés à ses employés ou encore l'éventail des produits offerts en comparaison avec LCBO du côté de l'Ontario (ou des États-Unis). Ces lamentations sont certes légitimes si on les considère d'un point de vue idéologique. Cependant, d'un point de vue économique, il existe une équation implacable, celle des besoins versus les ressources. En ce sens, si on accepte de privatiser la SAQ (et c'est loin d'être une garantie de baisse des prix pour les consommateurs), il faut accepter aussi son corollaire, soit de revoir le panier de services publics. Cela pourrait se traduire par une révision des actes médicaux couverts par l'État, une réduction de l'aide financière aux études, aux familles ou encore à la culture. Parce que sans les dividendes que la SAQ (ainsi que Loto-Québec et Hydro-Québec) verse chaque année, l'exercice budgétaire déjà assez difficile, deviendrait tout simplement intenable pour le  gouvernement du Québec. C'est une simple question de cohérence!

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Adrien Pouliot

Photo d'archives

Adrien Pouliot

Président et chef de direction de Draco Capital 

L'ÉTAT Y GAGNERAIT

Plus personne ne croit aujourd'hui à l'objectif de tempérance qui a justifié la création du monopole étatique en 1921.  Le seul argument sérieux pour le maintien du monopole est à l'effet que sa disparition entraînerait une perte de revenus pour l'État.  C'est faux.  En effet, l'État pourrait retirer les mêmes revenus par l'imposition d'une taxe sur la vente de produits alcoolisés, tout en laissant le commerce d'alcool au secteur privé dans un contexte de concurrence.   L'exemple de l'Alberta - qui a privatisé la vente au détail - prouve qu'il est possible de retirer, toutes proportions gardées, des revenus comparables, voire plus élevés.  Par contre, les arguments contre le monopole sont nombreux.  La SAQ est inefficace, sa bureaucratie syndiquée rend ses coûts de ventes et d'administration hors normes, ses revenus par pied carrés sont piteusement inférieurs à ceux de sa consoeur ontarienne (elle-même loin d'être un modèle d'efficacité) et les salaires qu'elle paie par rapport à ses revenus sont bien au-delà de ceux d'entreprises de ventes au détail comparables.  Il est temps de tourner la page du monopole qui remonte à la prohibition. La plupart des pays européens n'ont pas de monopole d'État sur l'alcool ou, comme les pays nordiques, les ont remis en cause ou abolis en très grande partie depuis la création du marché unique en 1993.  Une telle réforme redonnerait  au Québec la position d'avant-garde en Amérique du Nord qu'il avait au début du siècle dernier à l'égard de la vente d'alcool.

Jean Baillargeon... (Photo) - image 3.0

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Jean Baillargeon

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Jean Baillargeon

Expert-conseil en communication stratégique et en gestion d'enjeux

OUVRIR LA PORTE À LA MAFIA?

L'alcool, comme les billets de loterie, sont des revenus indispensables pour l'État québécois afin de financer les services publics que nous avons choisis collectivement de nous donner. Contrairement au trafic de cigarettes qui remplissent les poches du crime organisé et de certaines communautés autochtones, voulons-nous permettre aux mafiosos d'accaparer un marché lucratif qui jusqu'à maintenant semble leur échapper? Voulons-nous retourner en arrière et permettre l'alcool de contrebande frelaté? Par ailleurs, y a-t-il des abus dans la gestion de la Société des alcools du Québec? Les salaires et les primes sont-ils abusifs pour les cadres ou les employés? Je l'ignore, mais si la SAQ dégage des profits de plus de 1 milliard par année, comme Loto-Québec, et que ces deux sociétés d'État contribuent au financement de nos services publics ou au paiement de notre dette publique, je ne vois aucun inconvénient à payer un peu plus cher une bouteille de vin. Après tout, la modération a bien meilleur goût. Rappelons-nous que plusieurs tentatives de privatisation de la SAQ ont déjà échoué et que le coût bénéfice d'une telle opération n'était pas évident. Pour ce qui est de la concurrence, je ne désire pas ouvrir une autre porte au crime organisé au Québec, qui est déjà assez prospère dans le domaine de la construction.

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Gaétan Frigon.

PHOTO FOURNIE PAR GAÉTAN FRIGON

Gaétan Frigon

Président exécutif de Publipage inc, ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec

DES TAXES POUR DES SERVICES PUBLICS

Il arrive encore assez souvent que quelqu'un me dise qu'il achète ses vins et autres produits alcoolisés dans un État américain parce que c'est moins cher qu'au Québec. Ma réponse est toujours la même : «Si jamais tu tombes malade, j'espère que tu vas aller te faire soigner aux États-Unis.» La question de la privatisation potentielle de la SAQ revient sur le tapis à intervalles régulières, mais c'est la première fois que quelqu'un essaie d'en arriver là par un recours collectif. Les marges bénéficiaires de la SAQ sont peut-être disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. Mais les marges en question sont des taxes qui servent à payer notamment les frais de santé et d'éducation. Si jamais un juge acquiesçait à une telle demande de recours collectif, il devrait passer un alcootest ou dire que les gouvernements n'ont plus le pouvoir de taxation. En passant, les marges bénéficiaires de la SAQ sont, en général, équivalentes à la moyenne des autres provinces canadiennes.

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ÉNAP, à Québec

LES RAISINS

En protégeant le monopole de la Société des alcools et en interdisant toute concurrence, le gouvernement prend les consommateurs pour des raisins. Et en matière de pressage du raisin, avouons-le, notre monopole public excelle : les dividendes de la SAQ sont toujours de grands millésimes. En 2011-2012, malgré de généreux bonis à ses gestionnaires et à ses employés, notre société d'État a réussi à verser près d'un milliard de dollars au Trésor public, sans compter évidemment les 470 millions de TVQ prélevés par le gouvernement. Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence? C'est trop évident! La concurrence favoriserait une meilleure efficacité dans la distribution des produits et une baisse des prix. Par contre, j'ai l'étrange sentiment que chaque gain d'efficacité et chaque cent que pourra gagner le consommateur d'une telle opération seront récupérés d'une façon ou d'une autre par notre gouvernement. Au Québec, il est toujours dans l'intérêt public de saigner les consommateurs et les contribuables. C'est triste à dire, mais nous sommes des raisins.

Jean-Pierre Aubry

Économiste et fellow associé au CIRANO

CETTE CHÈRE RENTE MONOPOLISTIQUE

Je serais beaucoup plus enclin à pousser pour une privatisation de la SAQ si on me disait que les coûts d'opération sont présentement exorbitants par rapport à ceux qui prévaudraient dans le secteur privé.  La situation est fort différente si nous faisons face au cas où les marges bénéficiaires seraient très élevés, reflétant ainsi le désir du gouvernement du Québec de tirer une plus grande rente du monopole qu'il opère via la SAQ.  Le gouvernement pourrait tirer les mêmes revenus additionnels en demandant à la SAQ de réduire sa la marge bénéficiaire et en haussant de son côté ses taux de taxation sur l'alcool. En passant, je préfère cette situation, car elle est plus transparente; la hausse direct du taux de taxe est plus visible que celle qui est faite de façon indirecte par le biais de la hausse des marges bénéficiaires. D'un autre côté, n'oublions pas que même si la privatisation permettait de réduire les coûts de distribution et la marge bénéficiaire de l'ensemble du réseau de distribution, le gouvernement pourrait décider alors de hausser sa taxe sur l'alcool pour compenser la perte de revenus provenant des dividendes de la SAQ.

Michel Kelly-Gagnon

Président de l'Institut économique de Montréal, il signe ce texte à titre personnel.

UNE PRIVATISATION SOUHAITABLE

Il est absurde de maintenir un monopole anachronique, dont l'origine remonte à l'époque de la Prohibition des années 20. L'exemple de l'Alberta, qui a libéralisé le commerce d'alcool en 1993, est riche d'enseignement quant à ce que pourraient offrir une multitude d'entreprises privées dans des conditions de concurrence. Avant la privatisation, la province comptait un peu plus de 200 succursales et ce nombre a grimpé à 1300 depuis. En proportion de la population, on retrouve en Alberta trois fois plus de magasins et un éventail de produits beaucoup plus étendu qu'au Québec. En 2011, on dénombrait pas moins de 18 000 produits variés dans les commerces privés en Alberta, contre 11 000 dans les succursales de la SAQ au Québec.  Contrairement à certaines craintes, la libéralisation de ce secteur en Alberta n'a pas provoqué de hausse débridée de la consommation d'alcool. Pourquoi les abus d'alcool disparaîtraient-ils simplement parce que les consommateurs s'approvisionnent dans des magasins qui appartiennent à l'État plutôt qu'à des entrepreneurs privés? La SAQ continue de garder les consommateurs captifs et se prend par ailleurs une indécente marge de profit de 40 à 135% sur ses produits. L'État n'a rien à faire dans ce secteur.

Stéphane Lévesque

Enseignant en français au secondaire à L'Assomption

PAS UN BIEN ESSENTIEL

Je crois qu'il est nécessaire de départager les biens et services offerts par les sociétés paragouvernementales. Quand on parle de l'énergie que nous fournit Hydro-Québec, c'est un bien essentiel de première nécessité. C'est la même chose pour les permis de conduire que nous devons payer à la Société de l'assurance automobile. Par contre, quand on parle de l'alcool fourni par la SAQ ou des billets de loterie offerts par Loto-Québec, ce sont des produits de luxe dont on peut se passer sans aucun problème. Pour ces produits qui relèvent donc du domaine du loisir, je considère qu'il est parfaitement justifié de dégager, sur la vente de ceux-ci, des marges bénéficiaires élevées puisque les gens qui les consomment le font sans y être forcés. Par contre, dans la même logique, je trouve scandaleux que l'augmentation des tarifs d'électricité ou du coût du permis de conduire dépasse le taux d'inflation. C'est une atteinte directe au pouvoir d'achat des contribuables et, en fait, c'est le nouveau moyen (pas très subtil) que prennent les gouvernements pour ne pas trop augmenter les impôts, ce qui représenterait une cause évidente de grogne sociale. Ceux qui ont assez d'argent pour engager des poursuites contre le gouvernement afin de payer leur alcool moins cher devraient se demander qui il est préférable d'enrichir. Le gouvernement ou les firmes d'avocat ? De deux maux, il faut choisir le moindre...

Jean Bottari 

Préposé aux bénéficiaires

CONTRE LA PRIVATISATION

C'est l'appétit du gouvernement du Québec pour de nouveaux revenus qui est responsable de la hausse des prix à la SAQ. Toutes les sociétés d'État rentables reçoivent, année après année, tous partis confondus, des demandes de dividendes de plus en plus élevées. Les organismes augmentent donc les prix aux consommateurs afin de grossir ses coffres. La privatisation de la SAQ est un argument pour certains qui en vantent les mérites en affirmant que plusieurs centaines de millions seraient obtenus. Certes, ces millions seraient bienvenus. Par contre, les revenus générés et les actifs prévisibles et à long terme fonderaient comme neige au soleil. La libre concurrence du privé ferait baisser les prix certes, mais en fin de compte, nous en serions tous perdants car ses revenus récurrents devront éventuellement être remplacés. Qui croyez-vous sera sollicité? Le contribuable, dites-vous? Oui, encore une fois!




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