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Et si Romney était élu président?

Le candidat républicain Mitt Romney à bord de... (Photo Jewel Samad, AFP)

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Le candidat républicain Mitt Romney à bord de son avion de campagne. Selon plusieurs analystes, il a été solide lors du premier débat, qui s'est déroulé à l'Université de Denver.

Photo Jewel Samad, AFP

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La Presse

À la suite de sa solide performance au premier débat présidentiel mercredi, le candidat républicain Mitt Romney pourrait réduire l'écart qui le sépare du président Obama dans les sondages. Comment entrevoyez-vous la possibilité que M. Romney puisse déloger M. Obama de la Maison-Blanche? Serait-ce souhaitable pour les États-Unis? Pour le Canada?

Karine Prémont... - image 2.0

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Karine Prémont

Karine Prémont

Professeure au collège André-Grasset et chercheure associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

TROP TARD POUR SE REFAIRE UNE BEAUTÉ?

La bonne performance de Mitt Romney constitue assurément une bonne occasion pour lui de prendre l'avantage sur Obama. Mais le temps presse et il aura besoin de plus qu'une bonne prestation pour accéder à la Maison-Blanche : le décompte des Grands électeurs donne encore une avance confortable à Obama (269 pour le démocrate et 181 pour le républicain avant répartition des indécis, alors qu'il en faut 270 pour être élu président) et plusieurs États-pivots penchent plutôt du côté démocrate. Il faut également souligner le fait qu'il reste deux autres débats à venir et ceux-ci seront plus difficiles pour Romney. Advenant une victoire du républicain, lors de l'élection du 6 novembre, rien ne garantit toutefois que les États-Unis se porteront mieux - ou moins bien - que maintenant : tout dépendra des élections au Congrès. En effet, une majorité démocrate au Congrès (bien que peu probable) ou même un Tea Party revivifié par la victoire républicaine pourraient ralentir l'élan de Romney. Pour le Canada, le parti politique du président importe peu. Ce qui compte, ce sont surtout les gouverneurs des États voisins : les liens commerciaux entre les deux pays, colossaux, l'emportent bien souvent sur les logiques partisanes. Romney doit donc absolument miser sur sa victoire d'hier pour aller chercher les votes qui lui font défaut jusqu'à maintenant.

Louis Bernard

Consultant et ancien haut fonctionnaire au gouvernement du Québec.

UN DÉBAT DE MAUVAIS AUGURE

Il est difficile de dire quel effet aura le débat de mercredi sur le résultat des élections américaines. Mais il n'y a pas de doute dans mon esprit que Mitt Romney a dominé les échanges et est apparu comme étant celui qui était le plus à l'aise. Sur le fond des choses, son discours était truffé de slogans et ses promesses étaient des voeux pieux. Mais, dans la forme, il a touché toutes les cordes sensibles de l'électorat américain: «enfants de Dieu», champions de l'entreprise privée, les meilleurs en tout, etc. Tandis que le président était prisonnier de son bilan et des contraintes pratiques de l'exercice du pouvoir. Dans un sens, c'était le renversement du discours de 2008: c'était au tour du républicain de dire «Yes, we can», sans pour autant dire comment il s'y prendrait pour réussir. Et Barack Obama, qui en a déçu plusieurs durant son mandat, ne semblait pas avoir d'autres choses à dire que: ce n'est pas si facile à faire qu'à dire. Il reste que l'élection de Romney serait une catastrophe pour les États-Unis qui s'enfoncerait dans une politique rétrograde qui relève plus du 19e que du 21e siècle. La financiarisation de l'économie se poursuivrait, les pouvoirs d'argent gagneraient encore en puissance et l'écart de revenus entre les ultrariches et les autres irait en augmentant. L'isolement des USA sur la scène internationale suivrait son cours et l'anti-américanisme se propagerait encore davantage. Heureusement, le Canada serait largement épargné en raison de ses échanges étroits avec son voisin du Sud. Souhaitons quand même que, lors des prochains débats, le président sache mieux faire valoir le bien-fondé de ses politiques.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires.

POLITIQUES RÉTROGRADES

Les sondages donnent Mitt Romney comme vainqueur du face à face avec le président sortant Barack Obama. M. Obama, en poste depuis quatre ans, était sur la défensive durant ce débat. Normal, car Romney l'a attaqué sur tous les fronts et a tenté de vendre ses politiques qui, à mon humble avis, sont rétrogrades et semblent sortir tout droit des cartons de l'administration de George Bush, fils. Obama avec, entre autres, sa réforme de l'assurance santé, détient et maintiendra sans doute l'appui de la grande majorité des électeurs issus de la classe moyenne, ainsi que des Afro-Américains, riches et pauvres. L'économie américaine aura souffert certes sous Barack Obama, mais n'est-il pas aussi permis de croire que la situation mondiale économiquement instable est aussi responsable de cette débâcle financière? Quant au Canada, qui est déjà aux prises avec Stephen Harper, qui semble prôner certaines valeurs républicaines, la réélection de Barack Obama ne pourra qu'être bénéfique surtout pour vous et moi, grands payeurs d'impôts, qui finançons la grande majorité des programmes gouvernementaux. La gauche ou la droite? L'Américain aura a se prononcer bientôt. Je souhaite qu'il pense à long terme avant de faire son choix.

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Commentaires (3)
    • Romney, Obama... Le combat qui se présente à nous n'est pas celui de deux parties similaires, mais bien d'une vision paradoxale de ce que devraient être les États-Unis. D'un côté, l'augmentation de l'administration fédérale et de l'autre, une diminution qui se rapproche grandement à l'éradication du fédéral dans les affaires étatiques.
      Je concède à monsieur Prud'homme que sous les républicains, les décisions économiques ont été sur le premier plan des Républicains, de Reagan à Bush fils, mais ces lois économiques ont favorisé la classe nantis ou la classe moyenne. Présentement, les politiques républicaines tendent, petit-à-petit, de ramener la libre entreprise à ce qu'elle était durant le capitalisme sauvage du 19e siècle. Les grandes entreprises ont les mains de plus en plus libre et c'est faux de croit que la libre entreprise fera émerger de nouvelles compagnies puisque les grandes mangeront les petites.
      Bref, sur la forme, Romney a gagné ce premier débat, mais qu'a-t-il apporté de nouveau? Rien. Il disait: je vais faire ceci et cela! Mais la bonne question à se poser c'est comment va-t-il les faire ses choses? En coupant les subventions du fédéral en éducation, dans l'économie et dans l'aide sociale? L'économie ne s'est pas bien portée pour la classe moyenne durant l'ère Bush et l'ère Reagan. L'ALENA et la ZLÉA n'ont pas empêché les États-Unis d'entrer dans la plus grande récession depuis le Crash de 1929. Malheureusement, j'ai l'infime conviction que Romney travaillera dans le même sens que ces prédécesseurs républicains. Donnons une chance à Obama de changer la vision des États-Unis à l'étranger.

    • Il a peut-ètre gagné le 1er débat mais il est toujours Mr.1%
      Je ne peux croire que le peuple US en soit dupé.
      Il reste 2 autre débats à venir et j'espère et crois en une remontée du Président.

    • Si l'effet du débat se manifeste dans quelques États clés comme l'Ohio et la Floride, Romney a bel et bien des chances de l'emporter. Romney est parvenu à se distancer des éléments plus radicaux de son parti (les conservateurs sociaux), et nous avons donc droit à une campagne entre deux candidats crédibles, et d'autant plus intéressante.
      Pour le Canada, le parti au pouvoir à la Maison Blanche peut faire une différence sur le plan économique. Je fus le premier surpris d'entendre Romney évoquer le Canada durant le débat d'hier, débat qui portait sur la politique domestique par surcroît. J'ai beaucoup apprécié cette marque d'ouverture.
      Le projet du pipeline Keystone XL Canada-USA pourrait générer 632 milliards en production au Canada sur 25 ans (selon le Canadian Energy Research Institute), et près de 4 milliards de redevances annuelles pour l'Alberta. Le permis requis a été stoppé par l'administration Obama, alors que Romney appuie ouvertement le projet (qui générerait aussi des milliers d'emplois aux États-Unis).
      Souvenons-nous que la présidence démocrate avait aussi adopté la loi protectionniste Buy American (2009), qui empêchait les contracteurs canadiens de soumissionner auprès des gouvernements américains. Une concession nous fut finalement accordée, mais dans l'ensemble, les Républicains demeurent plus favorables au libre-échange avec le Canada (Bush père était Président à l'origine des négociations sur l'ALÉNA).

      Bref, entre l'"économie patriotique" d'Obama et l'"autonomie énergétique nord-américaine" de Romney (qui inclut le Canada), la seconde option est plus rassurante pour l'économie canadienne.
      Antonin Lafrance-Prudhomme

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