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Que faire contre les tueries?

Douze personnes ont été tuées  et 59 blessées... (Photo AP)

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Douze personnes ont été tuées  et 59 blessées dans la fusillade d'un cinéma de la banlieue de Denver, dans le Colorado.

Photo AP

Cyberpresse

Un an presque jour pour jour après les attentats commis par Anders Breivik, qui avaient fait 77 morts en Norvège, un homme de 24 ans a profité d'une projection de nuit du nouveau Batman, à Denver, au Colorado, pour tirer sur la foule. Une douzaine de personnes sont mortes. Comment réagissez-vous à ce genre de tragédie? Y a-t-il quelque chose à faire pour empêcher ces tueries? Les producteurs de Batman devraient-ils en interrompre la projection?

Gaétan Frigon.... (PHOTO FOURNIE PAR GAÉTAN FRIGON) - image 2.0

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Gaétan Frigon.

PHOTO FOURNIE PAR GAÉTAN FRIGON

Gaétan Frigon

Président exécutif de Publipage Inc, il a été président-directeur général de la Société des alcools du Québec et de Loto-Québec.

Accentuer les campagnes de prévention

Lorsque quelqu'un se fait frapper par un chauffard, il serait illogique d'empêcher les gens de se promener dans les rues, au cas où un autre chauffard viendrait les frapper. La solution vient bien plus avec des campagnes de prévention qui ont effectivement pour résultat de diminuer ce genre de délits graves. Il en va de même pour les tueries. Il serait illogique de pénaliser les gens dans leur vie quotidienne au cas où d'autres tueries surviendraient. D'ailleurs, ce genre de tuerie se produit le plus souvent aux États-Unis, un pays où le port d'armes est protégé par la constitution et où le lobby des armes à feu peut venir à bout de n'importe quel politicien. Il est malheureux de constater qu'il y aura toujours des incidents malheureux comme celui qui vient de se produire à Denver ou comme celui en Norvège l'an dernier. Il est évident qu'on ne peut pénaliser des millions de cinéastes, parce qu'un individu vient de commettre un crime odieux. La résultante serait d'attirer encore plus l'attention sur son geste, ce qui, très souvent, est le désir de celui qui commet le crime.

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Nestor Turcotte

Nestor Turcotte

Philosophe et théologien.

L'acte gratuit

De toute évidence, la publicité faite par les médias autour de fous qui tirent sur le monde, sans aucune raison apparente, continue à faire des ravages. La semaine de la tuerie de Toronto a eu déjà  des effets ailleurs. Et pas très loin de nous. Et la prochaine fois, ce sera sans doute parmi nous. Que faire de ces fous en liberté? Que faire de tous ces gestes déréglés qui traversent nos sociétés? Le premier geste serait de les condamner vertement et de cesser de leur faire de la publicité, du matin au soir, sur tous les réseaux de télé. Si les médias les montrent sans cesse - le cinéma est là pour perpétuer les gestes posés par ces fous - , il n'est pas étonnant que certains, déséquilibrés ou sur le coup d'une émotion passagère, décident d'imiter l'innommable... La question, sur toutes les lèvres des journalistes est la suivante : pourquoi arrive-t-on à poser des gestes aussi inhumains? La réponse se trouve dans le petit roman d'André Gide Les caves du Vatican. Le romancier français y développe la thèse de l'acte gratuit. Voici un jeune homme qui se trouve dans un train, ancien modèle, où les portes s'ouvrent directement sur la voie. L'idée lui prend d'ouvrir la porte et de lancer dans le vide un vieux monsieur qui est dans le même wagon que lui. C'est ce qu'il fait. Lors de son passage devant le juge, ce dernier lui demande pourquoi il a posé ce geste. Réponse : pour rien. Ce fut un acte libre, sans motivation, dépourvu d'intention. Pour le plaisir d'avoir, en un instant, la jouissance d'une liberté absolue. Gide, dans son roman, ne répond pas à ce problème. C'est malheureux, car la liberté absolue n'est qu'un leurre. Et même l'acte gratuit l'est aussi. Car poser un geste sans aucune raison de le poser fait qu'il y a toujours, inconsciemment un motif de le poser : c'est celui de ne pas avoir de raison de le poser qui lui donne une raison que le fauteur n'arrive pas à cerner.

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Jana Havrankova

Jana Havrankova

Médecin endocrinologue.

Cesser d'accorder la publicité aux assassins

Malheureusement, les psychopathes et les sociopathes, qui n'attachent aucune importance aux droits ou à la souffrance d'autrui, ont toujours existé et existeront toujours. Interdire des films ou des sites Internet qui glorifient la brutalité s'avère illusoire dans notre monde bourré d'informations de toute sorte et de toute provenance. Toutefois, il faut s'opposer fermement à toute forme de violence quotidienne : intimidation, harcèlement, méfaits des gangs de rue. Il faut dénoncer des jeux et des films trop violents, qui pourraient perturber certains esprits fragiles. Par ailleurs, les médias pourraient jouer un rôle plus approprié dans le traitement de l'information concernant les crimes très violents, comme les tueries ou les assassinats. Ainsi, après avoir dévoilé l'identité du tueur, ils devraient évacuer son nom et ses photos. Au lieu de répéter le nom du tueur, ils pourraient utiliser le nom de sa victime ou de l'endroit où la tuerie a été perpétrée. Il est insensé que le tueur jouisse d'une publicité soutenue! Savons-nous quelle influence cette notoriété indue exerce sur des esprits tordus? Le dicton : «Parlez de moi en bien ou parlez de moi en mal, mais parlez de moi» pourrait s'appliquer à ces pervers sociaux.

Francine Laplante

Femme d'affaires et mère de cinq enfants.

Quel drame épouvantable!

On ne peut s'habituer à de telles tragédies. Notre société est tellement malade. La violence est omniprésente dans les médias, dans notre quotidien, dans notre façon d'agir et de communiquer. Nous pourrions élaborer des théories, appliquer une panoplie de règles, mais je suis persuadée que nous n'arriverons jamais à empêcher de tels drames d'arriver. Je me suis toujours demandé quelle était l'utilité des armes à feu dans notre société. Une arme à feu sert à tuer, point à la ligne. Et la plupart du temps, à tuer d'innocentes victimes! L'utopie totale serait de rêver du jour où les armes seraient interdites partout dans le monde. On peut toujours rêver, on sait tous que ça n'arrivera jamais. Une chose est certaine, ce n'est pas en retirant le film Batman des écrans que nous allons régler le problème! Sur ce point de comparaison, la très grande majorité des films ne devrait pas être diffusée, puisqu'ils sont bourrés de violence gratuite! Ce qui m'inquiète encore davantage, c'est que nous ne sommes pas à l'abri d'une telle tragédie ici dans notre Québec tranquille. Je vous parie qu'il faut moins de 24 heures à un fou pour se procurer le plus puissant semi-automatique, ici même, à Montréal. Ne dit-on pas que l'occasion fait le larron?

Jean Gouin... - image 6.0

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Jean Gouin

Jean Gouin

Directeur général, Fédération des médecins résidents du Québec.

Où sont nos repères?

Non, les producteurs n'ont pas à interrompre la projection du film Batman parce qu'un illuminé a décidé d'ouvrir le feu dans une salle de cinéma. À Columbine, on n'a pas fermé l'école. Allons-nous fermer les grandes surfaces si quelqu'un décidait, pour je ne sais quelle raison, d'enlever la vie à certains de ses concitoyens. Aucun de ces tueurs n'évoque le même mobile. Certains agissent par vengeance, alors que d'autres en veulent à la société en général. La santé mentale de certains y est pour quelque chose également. Mais il y a plus grave encore, notre société a perdu ses repères. La société change rapidement, mondialisation oblige, et nous devons pratiquer une certaine ouverture puisque le changement nous confronte à d'autres valeurs, à d'autres cultures, et bouscule nos politiques sociétales. Ce genre d'événement est tragique et triste à la fois. Les qualificatifs me manquent pour décrire ce que je ressens. Je suis comme la majorité d'entre nous, choqué par toute forme de tuerie gratuite, mais je le suis davantage par notre gouvernement fédéral qui avait une chance en or de contrôler un tant soit peu ce genre d'incident en imposant un contrôle strict des armes à feu. C'était le premier pas à faire. Ça, c'est frustrant.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires.

Impossible à prévenir

Encore une fois, un tireur fou aurait tué 12 personnes et en aurait blessé 38 autres. James Holmes, 24 ans, ne visait aucun groupe en particulier. Selon certains témoins, il tirait de façon aléatoire avec, entre autres armes, un AK-47.  Une jeune femme qui était présente lors de la fusillade au Centre Eaton, il y a six semaines, n'aura pas échappé à son destin cette fois-ci. Holmes l'a visée et tuée. Il est difficile d'empêcher de tels drames. Souvent solitaires et antisociaux, ces psychopathes agissant à titre personnel ne se confient que très rarement avant de poser des gestes tragiques. La Constitution américaine permet à nos voisins du sud d'acquérir et de posséder des armes à feu. Le lobby en faveur du port d'arme de l'American Rifle Association est très puissant et aucun président n'a été en mesure de contrer ou de faire taire ses porte-parole. Mais une personne dérangée et décidée comme Holmes, aurait commis ce geste, peu importe les mesures de contrôle. S'il n'avait pas eu accès à une arme d'assaut, il aurait sans doute élaboré un autre plan afin de tuer le plus grand nombre de personnes possible. James Holmes n'a pas opposé de résistance lors de son arrestation. Il nourrissait probablement le désir d'être arrêté et de parader devant les médias et voulait être reconnu comme celui ayant commis ce geste horrible. Ce solitaire inconnu devient donc en quelques minutes une vedette internationale et cette visibilité le gratifie probablement plus que tout ce qu'il a accompli dans sa courte vie. Il est désolant pour toute société de vivre de tels drames. Mais il est encore plus désolant de constater que nous ne pouvons pratiquement pas prévenir ces tueries insensées, barbares et injustifiées. La projection du film Batman n'a probablement rien à voir avec cette fusillade. Holmes ne recherchait qu'un endroit ou il y avait une grande densité de victimes potentiellement ''faciles''. J'espère, bien naïvement, que ne surviendront plus d'autres drames du même genre. Malheureusement l'humain étant ce qu'il est, force m'est d'admettre que des émules de Lépine, Fabrikant et Holmes sont de ce monde et font d'eux des héros. C'est désolant, mais nous n'y pouvons rien!

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Commentaires (5)
    • Rien.
      Il n'y a rien à faire. Ni aux USA. Ni au Canada tant que Harper va être là. Il applique des non-solutions de GBS (les deux sens sont synonymes) de style JdM/radio poubelle qui ont prouvé aux USA qu'elles ne fonctionnent pas tout en coûtant des milliards. Même Newt Gingrich le dit.
      Mais le but de Harper n'est pas de réprimer le crime. Il a coupé le budget de la GRC. Son but c'est de donner des contrats à ses amis et de satisfaire les fanatiques qui l'ont «élu».
      L'approche québécoise fonctionne mais n'est pas assez répressive au goût de Harper (et de Charest avec sa loi 12 ancienne 78).
      Les causes et les solutions (partielles mais nombreuses) sont connues depuis longtemps. Mais pour des raisons idéologiques les gouvernements ne veulent pas les appliquer et les citoyens réagissent en empirant le problème.

    • Pub Pub Pub...Faire de la prévention, de la prévention contre la violence. Dépister d'avantage les jeunes ayant des problèmes de santé mentale dans les écoles, référer et offrir du soutien aux familles. D'autre part, Si les armes aux États Unis étaient moins accessibles cela contribueraient également à diminuer les tueries...
      L'époque du Western est révolue, changer de stratégies et de mentalités n'est pas un MUST pour sauver des vies!
      Katherine, maman et T.s

    • Éducation en amont du contrôle des armes à feu.

    • Pour faire une tuerie, ça prend deux choses:
      - un fou d'un type particulier qui se prépare et murit son plan;
      - l'accès à de l'armement performant.
      La position de la National Rifle Association est que ce sont les gens qui tuent et non les armes. Mais une personne sans arme performante ne peut pas tuer beaucoup de gens avant de se faire arrêter.
      Est-ce qu'on peut raisonnablement penser que l'on va détecter tous les gens qui peuvent disjoncter? Pour le faire, il faudrait mettre énormément de ressources que nous n'avons pas, changer des lois pour obliger les gens à se faire soigner (ce qui pourrait être une entrave à la charte des droits). La majorité des gens vivent de mauvaises périodes dans leur vie et la majorité de ces gens passent à travers sans tuer personnes.
      L'autre élément pouvant être contrôlé est de restreindre l'accès aux armes performantes qui sont des versions civiles d'armes militaires. Ces armes sont conçus uniquement pour tuer les gens, beaucoup de gens. Elles ne sont pas précises mais tirent des centaines de balles par minutes. Lors du débarquement de Normandie, un soldat allemand a tué et blessé des centaines de soldats américains qui pourtant étaient armés. Un de ces jours, un de ces fous va avoir un meilleur plan que les autres, sera mieux préparé et il va tuer des centaines de personnes. Au Colorado, les gens ont été chanceux, le fusil d'assaut s'est enrayé, ce qui a probablement réduit le nombre de mort et de blessés.
      Ces armes ne peuvent pas être utilisées pour la chasse et ne peuvent pas être utilisées pour faire du tir de précision. Dans la vie civile, elles n'ont aucune utilité.
      Aux États-Unis, l'option de contrôler les armes d'assaut est déjà écartée. mais on discute si la peine de mort devrait être appliquée au tueur.
      Au Canada, il faut s'assurer que dans sa frénésie d'éliminer le registre des armes à feu que le gouvernement n'a pas éliminé des lois qui contrôlaient ce type d'arme. Et il faudrait resserrer davantage l'accès à ces armes. Le tueur de Dawson a acquis légalement un fusil d'assaut parce qu'il était dans un club de tir. L'accès aux armes d'assaut devrait interdit aux civils tout simplement. De cette façon, il y aura encore des fous mais les dommages qu'ils causeront seront limités. Pour réduire l'offre d'armes illégales qui proviennent des États-Unis, il faudrait renforcer le contrôle de notre frontière commune avec les États-Unis.
      Daniel Legault

    • Il faut repérer les jeunes qui sont solitaires et bien installés dans une tour d'ivoire. Il faut alors que les parents ou d'autres personnes liées à ces jeunes soient vigilantes sans pour autant devenir des BIG BROTHER(S) et des espions.
      Tâche difficile! Mais si l'amour (parental ou autre) existe vraiment, il faut protéger ces jeunes.
      Ma suggestion est modeste et évanescente. Il vaut mieux intervenir avant qu'après.
      Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias
      JSB

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