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Évaluer les enseignants?

Jean-François Roberge, enseignant de la Rive-Sud... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Jean-François Roberge, enseignant de la Rive-Sud

Photo: André Pichette, La Presse

Devrait-on évaluer les enseignants du primaire et du secondaire? Devrait-on accorder de meilleurs salaires aux enseignants jugés les plus performants?  Et congédier les plus incompétents?

LES COMMENTAIRES DOIVENT ÊTRE SIGNÉS. MAXIMUM DE 150 MOTS.

Guy Ferland

Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

ÉVALUER OU DÉVALUER L'ENSEIGNEMENT?

Évaluer ou dévaluer l'enseignement? Pour évaluer correctement les enseignants, il faudrait savoir à partir de quels critères on jauge la qualité de l'enseignement et qui sera chargé de définir ces paramètres. La performance des enseignants ne s'évalue pas par le taux de réussite des cours ou la popularité des profs auprès des élèves. Sinon, faire passer tous les élèves avec des notes élevées permettrait facilement d'atteindre ces deux objectifs. En outre, il est bien difficile de mesurer correctement la moyenne d'acquisition de compétences et de connaissances de la part d'élèves issus de milieux différents. D'ailleurs, quels que soient les critères de l'évaluation des enseignants, un fait demeure : les enseignants sont déjà davantage évalués que la plupart des membres des autres professions. Obtenir un diplôme universitaire en enseignement, obtenir un emploi d'enseignant et obtenir une permanence ne se font pas sans évaluations de toutes sortes. Les pommes pourries sont largement écartées du panier des enseignants compétents et dévoués. En proposant l'évaluation continue des enseignants, augmentons-nous la valeur des diplômes ou satisfaisons-nous plutôt le désir inavouable de la population d'avoir la mainmise sur des diplômes acquis sans le savoir? Une évaluation efficace devrait être formative et ne pas laisser place à l'idée préconçue que les enseignants incompétents représentent la norme dans la profession.

Léo Bureau-Blouin

Président de la Fédération étudiante collégiale du Québec

OUI À UNE ÉVALUATION INTELLIGENTE

L'évaluation des enseignants est un débat sensible. D'un côté, tous veulent assurer une éducation de qualité via un corps professoral compétent. De l'autre, la précarisation de la profession enseignante et l'aspect parfois subjectif des évaluations représentent des craintes légitimes. Dans ce contexte, comment assurer une éducation de qualité tout en évitant la précarisation? Une évaluation menant à des mesures disciplinaires radicales telle qu'appliquée aux Etats-Unis ne semble pas rehausser la qualité de l'éducation. Il s'agit d'un exemple à éviter. Il faut plutôt concevoir l'évaluation comme un outil supplémentaire à la disposition des enseignants qui leur permet d'améliorer la transmission des connaissances. En agissant de la sorte, on permet d'améliorer de manière durable les pratiques pédagogiques. Les critères d'une telle évaluation doivent évidemment être élaborés conjointement avec le corps enseignant. Pour éviter de fragéliser la profession, les enseignants éprouvant des difficultés pourraient se voir offrir de la formation continue arrimée à leur besoin plutôt que de se faire montrer la porte. De telles politiques sont déjà en vigueur dans plusieurs cégeps et universités du Québec. Dans ces établissements, les étudiants sont même partie intégrante du processus. En somme, une évaluation intelligente offrant une rétroaction constructive aux enseignants sur leur travail au lieu de bêtement mesurer les notes des élèves pourrait avoir des effets positifs. Il s'agit d'un projet certes complexe, mais néanmoins souhaitable s'il est effectué intelligemment et en concertation.

Adrien Pouliot... - image 4.0

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Adrien Pouliot

Adrien Pouliot

Président de Draco Capital Inc., société d'investissement privée

UN OUTIL DE GESTION DE BASE

L'évaluation du personnel est un outil de gestion de base dans les entreprises privées et on se demande pourquoi on a besoin même d'avoir un tel débat dans le public. On s'étonne qu'il faille débourser 1 milliard $ par année de l'argent des contribuables, selon la proposition de François Legault, pour que l'État puisse exercer un droit de gestion aussi fondamental. D'autant plus que M. Legault octroierait ces hausses faramineuses sans même tenir compte de la performance des professeurs!  Cette solution simpliste ne diminuera pas non plus le décrochage scolaire comme il le souhaite si on se fie aux meilleurs programmes antidécrochage du continent.  Un bon système d'évaluation doit être accompagné de mesures de récompense basées sur le mérite pour les meilleurs performants, d'appui à l'amélioration pour les professeurs qui ne rencontrent pas les attentes et de la menace de congédiement pour la petite minorité qui ne peut pas ou ne veut pas rencontrer ces attentes. Il faut aussi avoir la fortitude comme politicien et gestionnaire public d'affronter les syndicats de la fonction publique qui ont tendance à protéger les incompétents.  Malheureusement, ce courage est une commodité assez rare chez nos politiciens libéraux ou péquistes, passés ou présents.

Marc Simard

Professeur d'histoire au collège François-Xavier-Garneau à Québec

UNE BOÎTE DE PANDORE

Tout le monde s'entend : il faudrait attirer plus d'excellents étudiants vers la profession d'enseignant et se débarrasser du bois mort, des éteignoirs et des profs qui massacrent le français oral comme écrit. Mais comment mesurer la compétence d'un enseignant? À la réussite de ses élèves? C'est une avenue aléatoire qui comporte notamment le risque de la réussite universelle. Par l'évaluation des enseignants? Bien sûr, à condition d'être conscient qu'aucune des méthodes utilisées n'est parfaite, loin de là. L'évaluation par les élèves peut devenir un concours de popularité ou de complaisance. L'évaluation par les pairs un championnat de flatterie ou de jalousie. L'évaluation par la direction une épreuve de «tétage » et de conformisme. L'évaluation par les «super profs» une loterie, sans compter la question de la sélection de ces grands inquisiteurs. Une étude sur les méthodes d'évaluation utilisées partout dans le monde occidental s'impose, pour séparer le bon grain de l'ivraie. Rappelons-nous un instant de nos enseignants, les bons comme les médiocres, et nous constaterons qu'il n'y a pas de modèle universel du bon prof, bien que les fondements de la médiocrité soient plus faciles à identifier. Il ne faudrait surtout pas que l'évaluation devienne une machine à uniformiser selon les voeux des pédagogues de l'université ou du MELS. Quant à la modulation des salaires en vertu de l'excellence, c'est une sacrée boîte de Pandore!

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ENAP

AUX PARENTS D'ÉVALUER

L'idée du salaire au rendement pour les enseignants n'est pas nouvelle. Plusieurs États américains envisagent, eux aussi, la mise en place de modes de rémunération permettant de récompenser les enseignants les plus performants. L'idée pose cependant des difficultés de mise en oeuvre. La principale consiste à définir la performance. Comment, et sur quelle base, évaluera-t-on la performance d'un enseignant? Augmentera-t-on son salaire en fonction de l'amélioration de la performance de ses élèves à des tests standardisés? En fonction d'objectifs annuels prédéfinis par la direction de l'école ou la commission scolaire? Lorsqu'il acquiert de nouvelles compétences? Plus encore, la performance sera-t-elle récompensée par un bonus ou plutôt par une majoration du salaire annuel? À la base, l'introduction du salaire au rendement suppose qu'on saura discriminer le professeur performant du non performant; le professeur compétent de l'incompétent. Si l'évaluation de la performance est liée à des critères flous - reproche que l'on fait souvent aux avancements d'échelon dans la fonction publique - on risque d'augmenter le salaire de tous les enseignants, et ce, indépendamment de leur performance. Aussi, si on désire réellement mesurer la performance de nos enseignants, il serait peut-être bon d'impliquer les parents dans l'évaluation du professeur de leur enfant. Ne sont-ils pas les premiers clients de notre système d'éducation?

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

DIFFICILE À APPLIQUER

Certes, les enseignants occupent un emploi fort important dans notre société. Ce sont eux et les parents qui forment et décident en quelque sorte de l'avenir de nos enfants. François Legault propose de les évaluer, de récompenser les meilleurs et de congédier les moins performants.  Le système actuel permet pourtant de faire tout cela. Pourquoi les cadres, très nombreux dans nos réseaux publics, ne font-ils pas ce pourquoi ils sont grassement payés? Lorsqu'un nouvel enseignant est embauché, il est soumis à une période de probation et il est évalué par un supérieur. Une fois cette période terminée, l'employé n'est plus évalué. Or il n'y a rien qui empêche de vérifier les compétences de l'enseignant une fois sa permanence acquise tout en sévissant si le rendement est moindre. Certains diront que les conventions collectives sont blindées et protègent les «pommes pourries». Un employeur consciencieux du bien-être des élevés pourra, s'il fait bien son travail, monter un dossier disciplinaire contre l'enseignant fautif et le suspendre ou même, à la limite le congédier. Avec un dossier bien étoffé, le syndicat sera tenté de régler hors cour ou pourra même conseiller son membre l'abandon pur et simple du grief.  Mais une telle démarche exige des heures d'enquête et de préparation qui sont souvent découragées par des horaires de fonctionnaire et des réunions de planification et de réorganisation ainsi que de trop nombreux formulaires à remplir. Non, les cadres, plutôt que de suivre ces démarches, demandant beaucoup de temps, suggéreront fortement aux autres enseignants de dénoncer le fautif, créant du même coup, en plus des autres problèmes, une ambiance de travail invivable pour les uns et pour les autres. Selon moi, la proposition de M. Legault est donc inutile et difficilement applicable. D'autant plus qu'elle va créer deux classes de salariés en récompensant les plus performants. Ne serions pas en droit de nous attendre que chaque enseignant soit à la hauteur?

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Jean Gouin

Jean Gouin

Directeur général de la Fédération des médecins résidents du Québec

PRIMORDIAL

Il m'est difficile d'imaginer que des employés, voire même des professionnels, ne puissent être évalués sur le rendement de leur travail. C'est pourtant la situation pour les enseignants au primaire et au secondaire. Il est également inconcevable que les commissions scolaires ne prennent pas le taureau par les cornes pour mettre en place un processus d'évaluation des enseignants qui soit harmonisé au territoire qu'elles couvrent. Cela étant, je ne suis pas d'accord que l'on accorde de meilleurs salaires aux enseignants performants et que l'on renvoie ceux que l'on aura considérés comme étant incompétents. Ce n'est pas la façon de régler le problème de la constance dans l'enseignement. Une évaluation sert à noter les forces et les faiblesses d'un individu. Ainsi, les commissions scolaires pourraient davantage jouer leur rôle en mettant sur pied des programmes pour aider les enseignants qui éprouvent certains problèmes. La société a le devoir de faire les efforts nécessaires pour corriger une situation problématique en aidant les individus qui ont des faiblesses. On demande bien aux enseignants de le faire avec des élèves en difficulté. Alors, pourquoi ne pas le faire pour les enseignants qui éprouvent des difficultés? L'enseignant est rémunéré pour son travail d'enseignant et on est en droit de s'attendre à ce que son travail soit de bonne qualité. Si ce n'est pas le cas, alors aidons-les à devenir plus performants.

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Mélanie Dugré

Mélanie Dugré

Avocate

REDIRIGER LES BREBIS ÉGARÉES

D'emblée, j'ai envie de répondre que oui, nous devrions évaluer la performance des enseignants. C'est à eux que nous confions en partie la tâche de former les adultes de demain et de transmettre savoir et connaissances à nos enfants. Compte tenu de l'importance et du sérieux de ce rôle, nous serions bien avisés de nous assurer que le travail est bien fait. Cependant, il y a, dans ce beau projet, un certain nombre de pièges dans lesquels il faudrait éviter de mettre les pieds. En effet, je doute que les outils classiques d'évaluation soit adéquats aux fins de mesurer la qualité du travail des enseignants. Ces derniers ne jonglent pas avec des mots ou des chiffres mais bien avec de jeunes êtres humains qui amènent souvent avec eux un bagage de défis et de difficultés. Que le succès d'un enseignant soit tributaire de la réussite de ses élèves m'apparaît être un tant soit peu risqué, voire injuste. Il serait plutôt de bonne augure de rediriger les brebis égarées en offrant un meilleur encadrement aux étudiants en enseignement et en vérifiant dès le stage leurs aptitudes et leurs motivations afin de s'assurer que ceux qui ont choisi cette vocation l'ont fait pour les bonnes raisons.

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Paul-Daniel Muller

Paul Daniel Muller

Économiste

C'PAS DE MA FAUTE!

Quel parent ne s'est pas déjà fait répondre ainsi par son ado? Quel travailleur n'a pas déjà ainsi réagi devant un problème organisationnel? C'est un grand défi personnel que d'assumer la responsabilité d'un résultat négatif, du moins partiellement. Et aussi un grand défi collectif que de nous distancer de la culture du « c'pas de ma faute ».  Dans l'enseignement, quand les résultats scolaires déçoivent, quand le décrochage persiste, qu'entendons-nous? Que c'est la faute des classes surpeuplées, des budgets rognés, des troubles de comportement ou d'apprentissage des élèves, des parents insuffisamment intéressés, de la bureaucratie accaparante, etc. Mais de la performance l'enseignant? Jamais! Il y a des ouvriers productifs et des improductifs, de bons médecins et des poches; idem dans tous les métiers et professions. Mais dans l'enseignement primaire et secondaire, il n'y a que des circonstances! Bien sûr qu'il faut évaluer les enseignants, récompenser le mérite et sanctionner le manquement. Mais pour ce faire, il faut d'abord publier les résultats scolaires des élèves par enseignant, ouvrir la porte à l'analyse fine de ces données, et ainsi amener les enseignants à assumer une petite part de responsabilité dans les résultats scolaires de leurs élèves.

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Commentaires (16)
    • J'aimerais bien connaître la formule magique qui permettra de départager la part de l'enseignant dans la réussite de l'élève, en tenant compte du milieu socio-économique des élèves, de la difficulté de la matière, de l'intégration d'élèves handicapés ou présentant divers troubles, de la collaboration des parents, etc.

      Sans oublier qu'en définitive, c'est l'enseignant lui-même qui juge de la réussite et des progrès de ses élèves.... Il faudrait une armée de spécialistes pour mener des évaluations objectives et éviter les dérives à l'américaine, où on gonfle les résultats et où on se bat pour avoir les meilleurs groupes.

      L. Martin

    • Évaluer les enseignants? Oui mais comment? Comment seront-ils évalués? Par qui? Sur quoi? De toute façon, il est étonnant que l'incompétence ne soit pas vue avant que l'enseigant n'ait sa permanence puisque ils doivent finir 4 ans d'université, faire des stages sous la supervision des directeurs et des responsables de stages nommés par les universités puis obtenir un emploi à temps plein et cela, pendant 2 ans. 6 ans pour trouver les problèmes des professeurs! Une part du problème vient de la sélection des enseigants. Il devrait y avoir une amélioration à la sélection initiale et une évaluation pour savoir si l'enseignant maintien une qualité de cours considérable.
      Philip Simard, 17 ans

    • Il faut définir ce que l'on doit évaluer. Un enseignant doit être évalué sur une base d'obligations de moyens et non sur une base d'obligations de résultat.

      Car les résultats dépendent de l'enseignant, de l'étudiant, des parents de l'étudiant (surtout au primaire), etc... Donc l'enseignant ne peut pas être responsable à lui seul du résultat. Ce que malheureusement trop de gens pensent.

      Une évaluation implique une réflexion sur ce que l'on fait avec ceux qui sont évalués non acceptable. Si l'on veut vraiment valoriser le métier d'enseignant, on ne peut pas les envoyer à la "scrap" comme des pièces d'automobile usées.

      Dans le cas de jeunes enseignants, on peut leur donner un coup de main pour qu'ils changent de métier sans trop d'impact financier. Dans le cas d'enseignant en milieu de carrière ou de fin de carrière qui sont usés par les difficultés d'enseigner on fait quoi. Il est évident qu'il faut les aider à redevenir compétant ou à les retirer de l'enseignement car ils mettent en danger l'avenir de dizaines d'enfants mais comment. Le diable est toujours dans les détails.

      Daniel Legault

    • J'entends souvent qu'on devrait évaluer les enseignants mais jamais comment on doit s'y prendre. Ou plutôt jamais rien d'intelligent comment le faire. On devrait analyser les résultats comme M. L'économiste le propose semble être la réponse la plus populaire. Quelle merveilleuse idée. Qui voudra enseigner dans des milieux difficiles où il s'en trouvera tout de suite pénalisé? Si les élèves n'aiment pas un enseignant, qui les empêche liguer pour faire quitter l'enseignant qu'ils trouvent trop exigeant?

      Ma conjointe est enseignante et croyez moi que lorsqu'une enseignante est incompétente, ça se sait et les directions agissent contrairement à ce qu'on dit. En 8 ans, ma conjointe a été confronté à seulement 2 fautives dans 6 écoles différentes. L'une a été écartée, l'autre, on ne le sait pas parce qu'elle n'est plus dans cette école. C'est loin d'être un drame. Qu'on passe donc du temps à simplifier la tâche des enseignants en diminuant les groupes, leur offrant des ressources en bon nombre ainsi que des directions solidaires et le système ira mieux plutôt que d'ajouter encore plus de pression sur ceux qui sont la base de notre société.

      Christian Jarry

    • Je crois sincèrement que les enseignantEs sont évaluées régulièrement pendant leur carrière, tout au long de leur BAC et durant toutes ces années passées dans leurs C.S. par les directions qui passeront les unes après les autres. Pour moi si l'on évalue aussi souvent les enseignantEs, il faudrait aussi prévoir un mécaniste d'évaluation de nos évaluateurs ( nos directions d'écoles) et pourquoi cela ne se ferait justement par un comité d'enseignantEs. J'aimerais bien qu'on se penche aussi sur : C'est quoi une direction performante ? Qu'est-ce que l'on fait avec une moins performante? Devons-nous demander son congédiement?
      Pierre Croteau

    • On peut noter par les commentaires qui précèdent le bon sens de la mesure dans l'appréciation de ce problème. Ce qui prouve que ce problème n'est pas simple. Sur le principe, on s'entend tous! Il est évident que les compétences quel que soit le métier ou la profession doivent faire l'objet d'un processus d'évaluation avant et durant la pratique. Dans la tradition des ordres professionnels, l'évaluation passe par des concours administrés par les membres réunis en corporation. Ici, depuis déjà plusieurs années, ceux des enseignants qui ont voulu voir naître une telle pratique ont connu un échec. La Presse fait état dans ces pages des exemples de la CB et de l'Ontario qui connaissent ce genre d'organisations professionnelles avec des résultats différents. Il ne fait pas de doute qu'ici comme en CB un tel organisme professionnel serait en guerre perpétuel avec les syndicats. Par ailleurs, et c'est le seul point que je veux soulever ici (il y en aurait bien d'autres), comment évaluer les enseignants dans une société qui ne se met pas d'accord sur les objectifs de l'école et qui laisse à ses planificateurs sociaux, et ce dans le cadre d'une mission ministérielle (étatique), le choix de le faire et de les imposer par la loi ( dans le secteur privé comme dans le secteur public). Compte tenu de cette absence de consensus sur les besoins de base en matière d'éducation scolaire et à quoi s'ajoute le bas niveau d'intérêt de la population d'ici pour cette affaire (les sondages donne des chiffes d'un niveau affolant), dans les termes actuels, la question de l'évaluation des enseignants est une question bien mal posée. Avec un certain cynisme, je pourrais conclure qu'en effet le grand remède serait de mettre de l'argent, beaucoup d'argent dans les salaires. Cela pour se plier à l'esprit du jour où la réussite professionnelle se mesure à grosseur du portefeuille. Claude Poulin

    • Il me semble évident que les enseignants doivent être évalués. Pourquoi devrait-on tolérer des incompétents en éducation? L'éducation est une chose beaucoup trop importante pour que l'évaluation de la compétence des enseignants soit prise à la légère. L'évaluation doit cependant se faire de façon rigoureuse pour être efficace. Il faut se doter d'instruments d'évaluation qui évaluent réellement la compétence de l'enseignant et non pas sa popularité ou sa capacité de séduction auprès des élèves. Je crois aussi qu'il faut proscrire l'évaluation par les pairs afin d'éviter le copinage et les conflits d'intérêts. Voilà pourquoi je pense qu'il faut absolument qu'un ordre professionnel des enseignants soit créé. Les enseignants, comme tous les professionnels, devraient être membres d'un ordre qui assure la protection du public. Si la qualité des soins de santé doit être assurée par un ordre professionnel, je ne vois pas pourquoi la qualité de l'éducation ne devrait pas l'être.

      François Doyon, enseignant en philosophie au cégep de Saint-Jérôme

    • Les étudiants au BAC en enseignement sont évalués PLUSIEURS FOIS pendant leur parcours. Ils doivent effectuer 4 stages et participer aux séminaires de ces stages avec un enseignant universitaire les guidant dans leur pratique. Ils sont évalués par un enseignant du personnel universitaire, par l'enseignant qui les accueille dans sa classe et par la direction de l'école où ils effectuent leur stage. De plus, lorsqu'ils terminent leur quatrième stage, ces étudiants ne SONT PAS AUTOMATIQUEMENT engagés dans une école car ils doivent également être évalués (encore) par la commission scolaire de leur municipalité. Une fois cette évaluation terminée, ils obtiennent un contrat à temps plein SEULEMENT s'ils ont obtenu la note de A. Vous trouvez qu'une fois rendu sur le marché du travail, un enseignant n'est pas assez compétent?? C'est un peu comme dire que toutes les personnes l'ayant évalué au préalable sont également incompétentes!!!
      C.Perreault, enseignante

    • J'ai enseigné au collégial pendant 35 ans. J'étais et je suis toujours en faveur d'une évaluation des enseignants de la part de la direction. Mais avant tout, il faut revoir la formation universitaire des enseignants et les avenues de perfectionnement proposées. N'oublions pas que près de 30% des enseignants délaissent la profession pendant les 5 premières années d'enseignement.. Il est impossible de tenir quand tu as 30 juges qui a tous les jours évaluent ta performance et manifestent leur accord ou désaccord.

      Quant à modifier la rémunération ni pensez-pas! C'est impossible à appliquer, amènerait des injustices, pourrirait le climat de travail et favoriserait le copinage.

      Payer davantage les enseignants? Une bonne façon d'abolir la paix sociale au Québec... Il faudrait aussi augmenter le salaire des infirmières.... des juges... des médecins (ouf! non eux ils ont un traitement spécial).

      Jean-Yves Morin

    • Je suis enseignante depuis 6 ans et l'évaluation de mes compétences me semble aller de soi, car elle me permet de remettre en question mes approches pédagogiques, de réfléchir sur la profession... D'ailleurs, je dois avouer humblement que, lors de ma 1re année d'enseignement, si on m'avait évaluée de façon sommative (et peut-être cela a été fait sans que je le sache), on m'aurait possiblement retourné chez moi... Les 1res années d'enseignement sont cruciales dans notre développement et un encadrement est primordial. Chose que je n'ai pas eu dès le début. Un manque flagrant dans le milieu. Nous sortons de l'université. Oui, nous sommes évalués, mais jamais comme enseignant.
      Oui à l'évaluation formative tout au long de notre carrière. Pour nous raviver, pour nous faire réfléchir, pour nous guider. Évaluer par les élèves et par la direction.
      Enfin, la discussion ne tient pas qu'à 150 mots...
      Cynthia Ouellette, ens. en français au secondaire

    • Au risque de sombrer dans un vieux cliché éculé, je dirai qu'il faut à tout prix évaluer l'enseignement et non pas les enseignants.

      J'ai enseigné la sociologie au collégial pendant presque 40 ans (collèges classiques et cégeps) et je n'évaluais pas les étudiants. Ce que j'évaluais, c'était leur rendement, leurs connaissances, leurs progrès, leur compréhension de la matière et des textes dont la lecture était obligatoire.

      Évaluer l'enseignement peut, malgré tout, déboucher sur la découverte que tel professeur ne dispense pas un enseignement adéquat, que tel professeur semble blasé et dépressif, que tel professeur pas très compétent a quand même obtenu sa permanence, ce qui arrive parfois. Au risque de passer pour un corporatiste impénitent, je dirais que j'ai connu une majorité de professeurs dont la compétence était indéniable. Mais tout enseignant, même le meilleur, est guetté par l'usure, la fatigue, la lassitude, le burn-out, le vieillissement.

      Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias

    • Je suis tout à fait d'accord avec une politique d'évaluation des enseignants. Bien sûr, il faut des balises, établir un processus honnête. L'absence d'évaluation donne une sécurité à des gens qui devraient s'améliorer ou même quitter. Souvent dans le milieu scolaire ces personnes qui font mal leur travail sont connues. Mais on ferme les yeux. Et les étudiants en souffrent. Il faut permettre à la direction d'évaluer son personnel.
      Albert Champagne

    • L'Évaluation des employés n'est pas une tâche facile, peu importe le domaine. Ce qui ne justifie pas pour autant le laisser-aller. Oui il serait souhaitable que des évaluations de rendement et d'attitudes générales puissent être mises en pratique à l'école. Cependant, tenter l'évaluation des enseignants syndiqués, c'est tout comme tenter de faire la quadrature du cercle. Les descriptions de tâches conventionnelles sur lesquelles porte l'évaluation efficace sont incompatibles avec les conventions collectives restrictives. Lesquelles limitent à coup sûr le droit de gérance, pourtant reconnu dans le Code du travail.
      D'évidence, le syndicalisme tel que pratiqué au Québec, basé sur l'ancienneté et la restriction dans l'élaboration des tâches est un boulet dont il faudra, tôt ou tard, s'affranchir peu importe le domaine. En ce sens le Code du travail doit être revu et corrigé en profondeur.
      Par ailleurs, les solutions simplistes du « rien qu'à » que l'on nous propose présentement, tel que l'abolition des commissions scolaires ou des primes accordées aux enseignants performants ne sont que balivernes, au mieux et à terme, des économies de bouts de chandelles.

      Fernand Lavigne

    • Évaluer les évaluateurs ? Bien entendu. Enseigner est une tâche archi complexe qui nécessite des mises à jour constantes, particulièrement en ce qui concerne«les bonnes vieilles recettes confortables». Comment faire? Par la formation continue (et obligatoire, parce que ce n'est pas le cas présentement) de tous les enseignants. Par le soutien et le suivi d'expériences pédagogiques et d'apprentissage signifiantes et stimulantes qui tiennent compte du large spectre des styles d'apprentissage, des difficultés comme de l'aisance à apprendre des élèves. Par l'octroi de temps consacré dans la tâche pour y arriver. Ceux qui réussissent à bonifier leur pratique,malgré les contraintes, se voient récompensés, permanents ou pas. Ceux qui échouent: une chance, deux chances, trois chances: bingo! Et on évalue à tous les cinq ans. Les enseignants comme les directions. Parce que l'effet école sur la réussite des élèves, ça existe aussi.

      Qui veut la job maintenant?

      Marc Landry, enseignant

    • L'évaluation des enseignants devrait avoir comme objectif l'amélioration du niveau de performance: si elle est faite avec des intentions de punir, congédier, ou donner des primes... alors là, on ajoute une pression inutile à une carrière qui a un lot de stress passablement élevé...
      Beaucoup de gens jalousent les enseignants à cause de l'horaire et des congés, alors on peut s'attendre à des jugements stupides...
      Beaucoup de parents ont de la difficulté à endurer leurs propres enfants pendant les congés, mais ils sont très enclins à lapider un enseignant qui a un groupe entre 21 et 29 étudiants... ''Ma puce n'a pas fait ça, le prof lui en veut!!!''
      Alors si on veut évaluer les enseignants, il faut mettre en place un système qui permettra d'améliorer et non pas créer des injustices sociales: voudriez-vous d'un système qui récompenserait juste les meilleurs étudiants?
      F Vézina

    • Mais bien sûr qu'il faut évaluer les enseignants! Des bonis au rendement, ça incite les gens à se surpasser. Doit-on congédier les incompétents? Les plus crasses, certainement. Mais il y a certainement aussi des récupérables dans le tas, des personnes qui pourraient exceller si elles étaients bien guidées, si elles rafraîchissaient leur formation.
      J. Lincourt

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