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Évaluer les enseignants?

Jean-François Roberge, enseignant de la Rive-Sud... (Photothèque Le Soleil)

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Jean-François Roberge, enseignant de la Rive-Sud

Photothèque Le Soleil

Devrait-on évaluer les enseignants du primaire et du secondaire? Devrait-on accorder de meilleurs salaires aux enseignants jugés les plus performants?  Et congédier les plus incompétents?

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Guy Ferland

Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

ÉVALUER OU DÉVALUER L'ENSEIGNEMENT?

Évaluer ou dévaluer l'enseignement? Pour évaluer correctement les enseignants, il faudrait savoir à partir de quels critères on jauge la qualité de l'enseignement et qui sera chargé de définir ces paramètres. La performance des enseignants ne s'évalue pas par le taux de réussite des cours ou la popularité des profs auprès des élèves. Sinon, faire passer tous les élèves avec des notes élevées permettrait facilement d'atteindre ces deux objectifs. En outre, il est bien difficile de mesurer correctement la moyenne d'acquisition de compétences et de connaissances de la part d'élèves issus de milieux différents. D'ailleurs, quels que soient les critères de l'évaluation des enseignants, un fait demeure : les enseignants sont déjà davantage évalués que la plupart des membres des autres professions. Obtenir un diplôme universitaire en enseignement, obtenir un emploi d'enseignant et obtenir une permanence ne se font pas sans évaluations de toutes sortes. Les pommes pourries sont largement écartées du panier des enseignants compétents et dévoués. En proposant l'évaluation continue des enseignants, augmentons-nous la valeur des diplômes ou satisfaisons-nous plutôt le désir inavouable de la population d'avoir la mainmise sur des diplômes acquis sans le savoir? Une évaluation efficace devrait être formative et ne pas laisser place à l'idée préconçue que les enseignants incompétents représentent la norme dans la profession.

Léo Bureau-Blouin

Président de la Fédération étudiante collégiale du Québec

OUI À UNE ÉVALUATION INTELLIGENTE

L'évaluation des enseignants est un débat sensible. D'un côté, tous veulent assurer une éducation de qualité via un corps professoral compétent. De l'autre, la précarisation de la profession enseignante et l'aspect parfois subjectif des évaluations représentent des craintes légitimes. Dans ce contexte, comment assurer une éducation de qualité tout en évitant la précarisation? Une évaluation menant à des mesures disciplinaires radicales telle qu'appliquée aux Etats-Unis ne semble pas rehausser la qualité de l'éducation. Il s'agit d'un exemple à éviter. Il faut plutôt concevoir l'évaluation comme un outil supplémentaire à la disposition des enseignants qui leur permet d'améliorer la transmission des connaissances. En agissant de la sorte, on permet d'améliorer de manière durable les pratiques pédagogiques. Les critères d'une telle évaluation doivent évidemment être élaborés conjointement avec le corps enseignant. Pour éviter de fragéliser la profession, les enseignants éprouvant des difficultés pourraient se voir offrir de la formation continue arrimée à leur besoin plutôt que de se faire montrer la porte. De telles politiques sont déjà en vigueur dans plusieurs cégeps et universités du Québec. Dans ces établissements, les étudiants sont même partie intégrante du processus. En somme, une évaluation intelligente offrant une rétroaction constructive aux enseignants sur leur travail au lieu de bêtement mesurer les notes des élèves pourrait avoir des effets positifs. Il s'agit d'un projet certes complexe, mais néanmoins souhaitable s'il est effectué intelligemment et en concertation.

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Adrien Pouliot

Adrien Pouliot

Président de Draco Capital Inc., société d'investissement privée

UN OUTIL DE GESTION DE BASE

L'évaluation du personnel est un outil de gestion de base dans les entreprises privées et on se demande pourquoi on a besoin même d'avoir un tel débat dans le public. On s'étonne qu'il faille débourser 1 milliard $ par année de l'argent des contribuables, selon la proposition de François Legault, pour que l'État puisse exercer un droit de gestion aussi fondamental. D'autant plus que M. Legault octroierait ces hausses faramineuses sans même tenir compte de la performance des professeurs!  Cette solution simpliste ne diminuera pas non plus le décrochage scolaire comme il le souhaite si on se fie aux meilleurs programmes antidécrochage du continent.  Un bon système d'évaluation doit être accompagné de mesures de récompense basées sur le mérite pour les meilleurs performants, d'appui à l'amélioration pour les professeurs qui ne rencontrent pas les attentes et de la menace de congédiement pour la petite minorité qui ne peut pas ou ne veut pas rencontrer ces attentes. Il faut aussi avoir la fortitude comme politicien et gestionnaire public d'affronter les syndicats de la fonction publique qui ont tendance à protéger les incompétents.  Malheureusement, ce courage est une commodité assez rare chez nos politiciens libéraux ou péquistes, passés ou présents.

Marc Simard

Professeur d'histoire au collège François-Xavier-Garneau à Québec

UNE BOÎTE DE PANDORE

Tout le monde s'entend : il faudrait attirer plus d'excellents étudiants vers la profession d'enseignant et se débarrasser du bois mort, des éteignoirs et des profs qui massacrent le français oral comme écrit. Mais comment mesurer la compétence d'un enseignant? À la réussite de ses élèves? C'est une avenue aléatoire qui comporte notamment le risque de la réussite universelle. Par l'évaluation des enseignants? Bien sûr, à condition d'être conscient qu'aucune des méthodes utilisées n'est parfaite, loin de là. L'évaluation par les élèves peut devenir un concours de popularité ou de complaisance. L'évaluation par les pairs un championnat de flatterie ou de jalousie. L'évaluation par la direction une épreuve de «tétage » et de conformisme. L'évaluation par les «super profs» une loterie, sans compter la question de la sélection de ces grands inquisiteurs. Une étude sur les méthodes d'évaluation utilisées partout dans le monde occidental s'impose, pour séparer le bon grain de l'ivraie. Rappelons-nous un instant de nos enseignants, les bons comme les médiocres, et nous constaterons qu'il n'y a pas de modèle universel du bon prof, bien que les fondements de la médiocrité soient plus faciles à identifier. Il ne faudrait surtout pas que l'évaluation devienne une machine à uniformiser selon les voeux des pédagogues de l'université ou du MELS. Quant à la modulation des salaires en vertu de l'excellence, c'est une sacrée boîte de Pandore!

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'ENAP

AUX PARENTS D'ÉVALUER

L'idée du salaire au rendement pour les enseignants n'est pas nouvelle. Plusieurs États américains envisagent, eux aussi, la mise en place de modes de rémunération permettant de récompenser les enseignants les plus performants. L'idée pose cependant des difficultés de mise en oeuvre. La principale consiste à définir la performance. Comment, et sur quelle base, évaluera-t-on la performance d'un enseignant? Augmentera-t-on son salaire en fonction de l'amélioration de la performance de ses élèves à des tests standardisés? En fonction d'objectifs annuels prédéfinis par la direction de l'école ou la commission scolaire? Lorsqu'il acquiert de nouvelles compétences? Plus encore, la performance sera-t-elle récompensée par un bonus ou plutôt par une majoration du salaire annuel? À la base, l'introduction du salaire au rendement suppose qu'on saura discriminer le professeur performant du non performant; le professeur compétent de l'incompétent. Si l'évaluation de la performance est liée à des critères flous - reproche que l'on fait souvent aux avancements d'échelon dans la fonction publique - on risque d'augmenter le salaire de tous les enseignants, et ce, indépendamment de leur performance. Aussi, si on désire réellement mesurer la performance de nos enseignants, il serait peut-être bon d'impliquer les parents dans l'évaluation du professeur de leur enfant. Ne sont-ils pas les premiers clients de notre système d'éducation?

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

DIFFICILE À APPLIQUER

Certes, les enseignants occupent un emploi fort important dans notre société. Ce sont eux et les parents qui forment et décident en quelque sorte de l'avenir de nos enfants. François Legault propose de les évaluer, de récompenser les meilleurs et de congédier les moins performants.  Le système actuel permet pourtant de faire tout cela. Pourquoi les cadres, très nombreux dans nos réseaux publics, ne font-ils pas ce pourquoi ils sont grassement payés? Lorsqu'un nouvel enseignant est embauché, il est soumis à une période de probation et il est évalué par un supérieur. Une fois cette période terminée, l'employé n'est plus évalué. Or il n'y a rien qui empêche de vérifier les compétences de l'enseignant une fois sa permanence acquise tout en sévissant si le rendement est moindre. Certains diront que les conventions collectives sont blindées et protègent les «pommes pourries». Un employeur consciencieux du bien-être des élevés pourra, s'il fait bien son travail, monter un dossier disciplinaire contre l'enseignant fautif et le suspendre ou même, à la limite le congédier. Avec un dossier bien étoffé, le syndicat sera tenté de régler hors cour ou pourra même conseiller son membre l'abandon pur et simple du grief.  Mais une telle démarche exige des heures d'enquête et de préparation qui sont souvent découragées par des horaires de fonctionnaire et des réunions de planification et de réorganisation ainsi que de trop nombreux formulaires à remplir. Non, les cadres, plutôt que de suivre ces démarches, demandant beaucoup de temps, suggéreront fortement aux autres enseignants de dénoncer le fautif, créant du même coup, en plus des autres problèmes, une ambiance de travail invivable pour les uns et pour les autres. Selon moi, la proposition de M. Legault est donc inutile et difficilement applicable. D'autant plus qu'elle va créer deux classes de salariés en récompensant les plus performants. Ne serions pas en droit de nous attendre que chaque enseignant soit à la hauteur?

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Jean Gouin

Jean Gouin

Directeur général de la Fédération des médecins résidents du Québec

PRIMORDIAL

Il m'est difficile d'imaginer que des employés, voire même des professionnels, ne puissent être évalués sur le rendement de leur travail. C'est pourtant la situation pour les enseignants au primaire et au secondaire. Il est également inconcevable que les commissions scolaires ne prennent pas le taureau par les cornes pour mettre en place un processus d'évaluation des enseignants qui soit harmonisé au territoire qu'elles couvrent. Cela étant, je ne suis pas d'accord que l'on accorde de meilleurs salaires aux enseignants performants et que l'on renvoie ceux que l'on aura considérés comme étant incompétents. Ce n'est pas la façon de régler le problème de la constance dans l'enseignement. Une évaluation sert à noter les forces et les faiblesses d'un individu. Ainsi, les commissions scolaires pourraient davantage jouer leur rôle en mettant sur pied des programmes pour aider les enseignants qui éprouvent certains problèmes. La société a le devoir de faire les efforts nécessaires pour corriger une situation problématique en aidant les individus qui ont des faiblesses. On demande bien aux enseignants de le faire avec des élèves en difficulté. Alors, pourquoi ne pas le faire pour les enseignants qui éprouvent des difficultés? L'enseignant est rémunéré pour son travail d'enseignant et on est en droit de s'attendre à ce que son travail soit de bonne qualité. Si ce n'est pas le cas, alors aidons-les à devenir plus performants.

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Mélanie Dugré

Mélanie Dugré

Avocate

REDIRIGER LES BREBIS ÉGARÉES

D'emblée, j'ai envie de répondre que oui, nous devrions évaluer la performance des enseignants. C'est à eux que nous confions en partie la tâche de former les adultes de demain et de transmettre savoir et connaissances à nos enfants. Compte tenu de l'importance et du sérieux de ce rôle, nous serions bien avisés de nous assurer que le travail est bien fait. Cependant, il y a, dans ce beau projet, un certain nombre de pièges dans lesquels il faudrait éviter de mettre les pieds. En effet, je doute que les outils classiques d'évaluation soit adéquats aux fins de mesurer la qualité du travail des enseignants. Ces derniers ne jonglent pas avec des mots ou des chiffres mais bien avec de jeunes êtres humains qui amènent souvent avec eux un bagage de défis et de difficultés. Que le succès d'un enseignant soit tributaire de la réussite de ses élèves m'apparaît être un tant soit peu risqué, voire injuste. Il serait plutôt de bonne augure de rediriger les brebis égarées en offrant un meilleur encadrement aux étudiants en enseignement et en vérifiant dès le stage leurs aptitudes et leurs motivations afin de s'assurer que ceux qui ont choisi cette vocation l'ont fait pour les bonnes raisons.

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Paul-Daniel Muller

Paul Daniel Muller

Économiste

C'PAS DE MA FAUTE!

Quel parent ne s'est pas déjà fait répondre ainsi par son ado? Quel travailleur n'a pas déjà ainsi réagi devant un problème organisationnel? C'est un grand défi personnel que d'assumer la responsabilité d'un résultat négatif, du moins partiellement. Et aussi un grand défi collectif que de nous distancer de la culture du « c'pas de ma faute ».  Dans l'enseignement, quand les résultats scolaires déçoivent, quand le décrochage persiste, qu'entendons-nous? Que c'est la faute des classes surpeuplées, des budgets rognés, des troubles de comportement ou d'apprentissage des élèves, des parents insuffisamment intéressés, de la bureaucratie accaparante, etc. Mais de la performance l'enseignant? Jamais! Il y a des ouvriers productifs et des improductifs, de bons médecins et des poches; idem dans tous les métiers et professions. Mais dans l'enseignement primaire et secondaire, il n'y a que des circonstances! Bien sûr qu'il faut évaluer les enseignants, récompenser le mérite et sanctionner le manquement. Mais pour ce faire, il faut d'abord publier les résultats scolaires des élèves par enseignant, ouvrir la porte à l'analyse fine de ces données, et ainsi amener les enseignants à assumer une petite part de responsabilité dans les résultats scolaires de leurs élèves.




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