Le BIG n'a pas d'affaire là

Me Denis Gallant, inspecteur général de la Ville de Montréal... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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Me Denis Gallant, inspecteur général de la Ville de Montréal

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Yves Boisvert
La Presse

Pour montrer qu'il prend l'intrusion policière dans le travail journalistique au sérieux, Denis Coderre a annoncé dimanche qu'il nommait l'inspecteur général de la Ville, Denis Gallant, pour enquêter sur le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Me Gallant a bien mérité de la patrie. Il s'est fait remarquer comme procureur à la commission Charbonneau. Et aux dernières nouvelles, le « BIG » est un succès.

Mais il n'a pas d'affaire dans une enquête administrative sur la police.

D'abord, la Loi sur le Bureau de l'inspecteur général prévoit à l'article 57.1.5 que l'« inspecteur général exerce ses fonctions de façon exclusive et à temps plein ».

Or, ses fonctions sont très clairement définies par la loi : « surveiller les processus de passation des contrats et l'exécution de ceux-ci par la Ville » ou par une entreprise. C'est beaucoup, tous les contrats. Mais c'est tout.

Ce poste est une création de Denis Coderre, et c'est tout à son honneur. Denis Gallant a une réputation d'incorruptible et de chasseur de malversations, et c'est parfait ainsi.

Mais on a beau être BIG, on ne peut pas tout faire. Le maire, pour contourner le problème juridique, nous dit qu'il a demandé à MDenis Gallant, « pas l'inspecteur général, mais l'expert en droit criminel ».

Il s'agira d'un « mandat pro bono à part de son mandat d'inspecteur général, dit le maire. On va l'associer à un juge ou un ex-juge à ses côtés pour faire la même enquête administrative [que Québec] au niveau du SPVM ».

« Je vais moins m'approprier de mandats » et « faire cette enquête en parallèle », a dit MGallant, promettant un rapport pour le 31 janvier. Ensuite, hier après-midi, on comprenait qu'il serait uniquement « conseiller juridique » d'un comité de deux membres, juges ou ex-juges.

***

Je ne doute aucunement de la bonne volonté ni de l'honnêteté de MGallant. Mais il n'a tout simplement rien à faire dans cette galère. D'abord, parce que cette enquête vient en double de celle de Québec. Je ne sais pas quel juge voudra aller faire une enquête éclair pendant que Québec installe une commission d'enquête en bonne et due forme, sur le même sujet exactement, et englobant en plus la Sûreté du Québec.

On a beau être choqués, la question n'est quand même pas d'une extraordinaire complexité. Une bonne enquête, rapide et efficace, suffira.

Il y a plus. 

Je suis convaincu que Denis Gallant, qui ne répond qu'au conseil municipal, et pas au maire, et dont le mandat n'est pas renouvelable, serait indépendant, et excellent pour conseiller ou même présider ce genre d'enquête. C'est juste que... c'est pas sa job !

« Prendre moins de mandats », c'est déjà affecter sa fonction principale. La Ville ne manque pas à ce point de juristes compétents pour qu'il faille sortir de son bureau l'inspecteur général... qui est soumis juridiquement à une « exclusivité de fonction » - que ce soit bénévolement (pro bono) ou pas.

Depuis l'annonce de cette enquête administrative sur le SPVM, dimanche, il se trouve qu'on a aussi appris qu'un événement de 2014 implique le maire lui-même. C'est peut-être un événement insignifiant à ses yeux, une peccadille, il n'en reste pas moins qu'une partie de l'enquête portera sur cette question : a-t-on été chercher le relevé téléphonique de Patrick Lagacé parce que le maire s'est plaint au chef de police ?

Me Gallant devrait se prononcer sur ce sujet controversé. Cela pourrait influer sur son apparence d'impartialité pour la fin de son mandat.

Bref, cette enquête elle-même est une fausse bonne idée. On n'a pas besoin de 14 enquêtes. Et, surtout, le BIG ne doit pas y être associé, même si c'est « à titre d'avocat spécialisé en droit criminel » gratis, gratis, et non d'inspecteur que Denis Gallant le ferait.

On a compris l'idée. Le maire veut montrer qu'il est soucieux du respect de la liberté de la presse tout en soutenant le chef de police qui a présidé à une intrusion exceptionnelle dans la vie privée de journalistes. Ça tient du funambulisme, et on lui souhaite bonne chance. Mais même si c'était légal, ce qui est douteux, le BIG a bien assez de travail comme ça et devrait retourner au bureau...

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