Contre le profilage fromager

Les services frontaliers du pays ont refusé José... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Les services frontaliers du pays ont refusé José Bové parce qu'il a été condamné par un système judiciaire reconnu par le Canada pour des crimes qui existent ici, explique Yves Boisvert.

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Yves Boisvert
La Presse

José Bové a bien raison : il y a eu une intervention politique tout à fait exceptionnelle dans son dossier. Mais c'était pour le faire entrer au Canada, pas pour l'empêcher d'y mettre le pied.

Épargnez vos chemises, je vous en prie, il n'y a pas de complot pour faire taire les altermondialistes. Pas plus qu'il n'y en a pour empêcher les comiques antisémites de venir faire des blagues sur notre territoire.

Il s'est passé avec le sympathique éleveur de brebis ce qui s'est passé avec Dieudonné au printemps, et ce qui se passe chaque jour à l'aéroport et aux autres points d'entrée au pays. Il a été refusé parce qu'il a été condamné par un système judiciaire reconnu par le Canada pour des crimes qui existent ici. En l'occurrence des dommages à un restaurant McDonald's et d'autres méfaits à saveur politique.

Est-ce que ça veut dire que pour le restant de ses jours, il lui est impossible de séjourner au Canada ?

Pas du tout. Il n'a qu'à faire comme tout Français avec un casier judiciaire. Il se présente à l'ambassade du Canada pour demander un permis de séjour temporaire (PST). Il l'aurait sans aucun doute obtenu. La preuve : l'intervention politique d'hier a consisté précisément à lui délivrer un « PST » de sept jours.

On est tous très contents.

C'est vrai, un agent des services frontaliers jouit d'une certaine discrétion. Il peut décider de délivrer lui-même un PST dans des cas exceptionnels. Il devra cependant s'en expliquer par la suite à ses supérieurs.

Mais avant de blâmer le douanier, blâmez plutôt Bové et surtout ceux qui l'ont invité, qui n'ont pas fait leurs devoirs. 

Bové pouvait penser qu'il n'y aurait pas de problème, puisqu'il est venu au Canada depuis le saccage du McDo. On devine qu'il ne s'informe pas au quotidien des modifications à la Loi sur l'immigration. Mais les organisateurs ?

***

Par ailleurs, en tant que citoyen français, ce député européen circule librement dans tous les pays membres de l'Union, où les frontières ont été abolies entre pays membres. Cet « espace Schengen » ne comporte pas de contrôle douanier ce qui est remis en question depuis les multiples attentats des deux dernières années.

Le statut de député ne confère pas de laissez-passer automatique pour le reste de la planète. Mais de toute évidence, c'est un argument de poids pour obtenir un « PST ». Encore faut-il en faire la demande.

***

Je le répète : tant mieux si Bové a finalement pu entrer. Simplement, le refus d'entrée n'est pas le fait d'un zèle déplacé, c'est la simple et banale application de la loi.

Une loi qui a été resserrée pour des raisons évidentes de sécurité nationale.

Rien de plus facile que de rigoler du douanier qui confond Bové avec un terroriste. Rien de plus malhonnête aussi.

Le filtrage des visiteurs ayant un casier judiciaire n'est qu'une des mesures de sécurité. Mais il ne peut pas se faire à la bouille du client. Ce valeureux militant qui vendait son lait de brebis aux producteurs de Roquefort ? Oui. Cet autre criminel de droit commun ? Non.

Le profilage fromager n'est pas mieux que le profilage racial.

Cela donne parfois des résultats aberrants, comme le refus d'entrer de Mourad Benchellali, ex-prisonnier de Guantánamo qui fait des discours antiradicalisation. Il a en plus été détenu, contrairement à Bové, qui a pu se rendre à l'hôtel.

Mais de un, ces interdictions ne sont pas insurmontables, pour peu qu'on se donne la peine de suivre les formalités.

Et de deux, imaginez ce qu'on dirait de cet agent qui a laissé passer un « criminel », ou un terroriste, qui n'avait pas respecté toutes les formalités... On dirait, comme on dit souvent, qu'on est terriblement mal protégés par une bande d'incompétents.

Pour que les frontières soient bien protégées, il faut des normes claires et strictes et un pouvoir discrétionnaire limité. Dans tout système, on sait qu'il y aura des ratés. On a tracé une ligne ces dernières années pour se tromper un peu moins du côté de la sécurité et, conséquemment, un peu plus du côté de la liberté de circuler.

Ça donne ce genre de résultat objectivement embêtant, parfois franchement désolant de temps en temps. C'est ce qu'on appelle un inconvénient prévisible. Pas un scandale politique.

La beauté de l'affaire, c'est que José Bové aura des tribunes comme à ses plus beaux jours. Et on lui souhaite un excellent séjour.

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