L'Acadienne qui courait parmi les ours polaires

Geneviève Lalonde s'est qualifiée pour la finale du 3000 m... (PHOTO KAI PFAFFENBACH, REUTERS)

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Geneviève Lalonde s'est qualifiée pour la finale du 3000 m steeple.

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Yves Boisvert
La Presse

(RIO DE JANEIRO) Il y en a qui vont faire des camps d'entraînement sur les hauts plateaux du Kenya. Geneviève Lalonde, elle, préfère passer l'automne à Ulukhaktok, 1000 km au nord de Yellowknife, pour sa maîtrise en géographie.

À voir la progression de la meilleure coureuse qu'ait jamais produite l'Acadie, je ne serais pas surpris de voir les séjours en Arctique devenir tendance.

Samedi, non seulement elle s'est qualifiée pour la finale du 3000 m steeple, mais elle a amélioré son propre record canadien de deux secondes (9 min 30,24 s).

En parlant trois minutes avec elle, on comprend pourquoi la fédération d'athlétisme du Nouveau-Brunswick a vu son nombre d'inscriptions doubler après les Mondiaux juniors, en 2010, où elle avait brillé. On ne trouvera pas beaucoup d'athlètes plus sympathiques ici.

Arrivée quatrième de sa série de qualification, elle venait d'apprendre qu'elle se qualifiait pour la finale quand on l'a croisée dans la zone mixte, encore tout en sueur et en sourire.

« Y en a encore ! », a-t-elle dit. Ce qui signifie que ce record ne survivra pas à la finale, demain. D'autant que, comme par hasard, ça tombe le jour de la fête nationale de l'Acadie. Tintamarre, vous dites ?

« C'était un peu stressant dans la course parce qu'on était le dernier groupe, et on attend dans la chambre d'appel en regardant les temps des autres filles qu'il fallait battre... C'était vite ! »

- Geneviève Lalonde

L'idée était de se tenir parmi les quatre premières, pour se donner une chance. Seules les trois premières se qualifiaient. Elle commençait à se faire distancer. « Mais là je me suis dit : "Hey, mets-toi à fond, c'est les Olympiques !" » Et j'ai l'impression qu'elle est rentrée à la ligne d'arrivée presque aussi vite que la fois où elle a vu un ours polaire, pendant son jogging matinal, l'automne dernier.

C'est de justesse, grâce à son chrono, qu'elle a été repêchée.

« Ouf ! », m'écrit son mentor, l'olympien acadien Joël Bourgeois, qui a été un de ses premiers entraîneurs. « On peut dire qu'elle est en progression. Et pourtant, je dirais plutôt qu'elle arrive finalement à son propre niveau. Ça fait, je sais pas, trois ou quatre ans que je lui dis qu'elle est une fille de 9 min 30 s au steeple, pas là tout de suite, mais quand elle le voudra, quand elle le décidera et quand sa vie s'alignera pour qu'il en soit ainsi. Et voilà, ça fait un bon deux ans que justement tout s'aligne dans la vie de Geneviève, études, relations, bref sa place dans la vie. Maintenant la course n'est qu'une facette de sa vie, un compartiment, dans un ensemble complètement cohérent pour sa personne, et c'est ce qui a fait débloquer son potentiel. Reste à expliquer aux gens que passer un mois ou deux à Ulukhaktok moins d'un an avant les Jeux olympiques, c'est la logique la plus totale pour cette personne. »

On aura compris que Geneviève Lalonde n'est pas une athlète de haut niveau comme les autres. 

Oui, bien sûr, c'est un rêve qui se réalise. Mais sa vie ne tourne pas seulement autour de l'athlétisme - même si un froid polaire ne l'empêchera pas de courir.

Quand même brutal, le steeple, les haies, les flaques d'eau... Cette Éthiopienne qui est tombée, a perdu un soulier, a continué pied nu parce que le remettre prenait trop de temps...

L'Acadienne n'est pas du genre à nous faire un exposé sur la douleur de l'athlète. Le soulier ? « Ça m'est déjà arrivé. C'est ça, le steeplechase. Faut attacher ses souliers ! »

Va donc la contredire.

Mais la course ? C'était dur ? La question a l'air de la surprendre et elle ouvre grand les yeux, qu'elle a très verts.

« Moi, je m'amuse dans des courses comme ça ! » Ai-je dit qu'elle est sympathique ?

« On ne peut faire autrement qu'admirer l'authentique fun noir qu'elle se donne, là on nage vraiment dans la définition fondamentale de "Jeux" », dit Bourgeois.

Et la finale ? « Elle a dit qu'elle fera... n'importe quoi ! J'ai mon interprétation très claire sur ce que ça veut dire et ce que je pense que ça donnera, mais je garde ça pour moi », conclut le mentor. Il nous confie tout de même ceci : « On se retrouvera, Geneviève et moi, dans quelques semaines, pour aller courir, bouffer du chocolat et escalader une montagne quelque part. »

De Caraquet à Moncton, pas tellement de doute, on entonnera l'hymne national de l'Acadie et on hissera le drapeau pour elle, quel que soit le résultat.

Ave Maris Stella...

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