Le droit d'être traité comme un cheval

Ça fait désordre de traiter aussi mal des... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Ça fait désordre de traiter aussi mal des cochers au nom du droit des animaux... Qu'on les traite au moins comme des chevaux, qu'on ne leur enlève pas la paille sans avertissement !, écrit notre chroniqueur.

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Yves Boisvert
La Presse

Dans le combat entre Denis Coderre et les chevaux, il n'y avait plus tellement de doute : les montures allaient gagner. S'il y a une chose que les juges ont en horreur, ce sont les décisions des administrations qui ont l'air purement arbitraires, précipitées ou capricieuses.

Hier, dans la victoire temporaire qu'il a accordée aux caléchiers, le juge Kirkland Casgrain a dit que le comité exécutif n'a même pas le pouvoir d'abolir les calèches : le « Règlement sur les voitures hippomobiles » permet de les contingenter, pas de les faire disparaître.

Ça semble un peu gros. Mais même s'il avait ce pouvoir, le maire ne pouvait pas l'exercer de manière aussi intempestive. Depuis longtemps déjà, les tribunaux ont développé l'obligation pour les administrations d'agir « équitablement ».

C'est une sorte de droit « naturel » des administrés d'être traités avec un minimum de formes (d'humanité, au fond) quand leurs droits importants sont touchés par la décision d'un fonctionnaire ou d'un décideur. Or, voir annuler le permis avec lequel vous gagnez votre vie à une semaine d'avis, ça n'a pas de sens.

Ce n'est pas au nom d'une quelconque nostalgie ou d'un amour particulier du cheval et des cochers que je dis ça. Quiconque travaille dans le Vieux-Montréal abandonne assez rapidement toute vision romantique, et pas seulement parce que les calèches ralentissent le trafic. On se demande quelle sorte de cours d'histoire est en train de se donner là-dedans, clopin-clopant.

Simplement, quand on a investi dans l'entretien de son animal, quand on n'a nulle part où aller faire faire des balades aux touristes, on a droit à un minimum de délai avant de se faire donner un permis tout fraîchement délivré par la Ville... On a deviné que les cochers ne roulent pas sur l'or.

Il serait absurde que la Ville ne puisse pas abolir les calèches, ou changer éventuellement en profondeur la façon de faire. L'idée du maire Coderre est très défendable. Mais procéder aussi brutalement avait quelque chose d'injuste et de manifestement illégal.

Ça fait désordre de traiter aussi mal des cochers au nom du droit des animaux... Qu'on les traite au moins comme des chevaux, qu'on ne leur enlève pas la paille sans avertissement !

Après la victoire temporaire d'hier, la Ville courait à l'équarrissage judiciaire, tous les juristes de Montréal pouvaient voir ça.

Il aurait fallu la preuve d'une urgence manifeste pour justifier une décision aussi radicale, sans préavis. Cette preuve, à part quelques problèmes bien connus, de toute évidence n'existe pas. Certains ne se conforment pas ? Ce n'est pas parce qu'il y a des délinquants qu'on peut annuler tous les permis de restaurant d'un quartier.

Le maire Coderre a un avantage sur une calèche : il est capable de reculer quand c'est nécessaire. Tant mieux, il l'a fait rapidement. Ça n'a pas traîné. Faisons maintenant l'exercice de la « refonte » de « l'industrie » de la calèche calmement, rationnellement.

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