La très incroyable affaire Duffy

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L'ancien directeur de la gestion des enjeux au cabinet du premier ministre Stephen Harper a été appelé à la barre, hier, au procès du sénateur Mike Duffy (notre photo) qui se tient à Ottawa.

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Yves Boisvert
La Presse

Il se passe de drôles de choses au Bureau du premier ministre, mesdames et messieurs. Tout le monde se parle, mais personne n'écoute.

C'est ce qu'ils nous racontent depuis deux semaines au procès du sénateur Mike Duffy, en tout cas.

Hier, on a atteint un nouveau degré de comique. Le « Directeur des enjeux » de Stephen Harper, Chris Woodcock, a dit sous serment que lui non plus ne savait pas. Il ne savait pas que son boss Nigel Wright, le chef de cabinet du premier ministre, allait payer de sa poche 90 000 $ pour que le sénateur conservateur rembourse ses frais d'hébergement perçus illégalement - et qu'on n'en parle plus.

Oui, mais M. Woodcock... n'avez-vous pas lu ce courriel de Nigel Wright qui dit très clairement : « Pour toi seulement, j'ai personnellement couvert les 90 000 $ de Duffy » ?

Oui, oui a répondu le témoin, mais pas cette ligne-là !

Voici donc un employé de haut niveau du cabinet du premier ministre du Canada, qui rencontre Stephen Harper chaque jour pour l'informer des « enjeux » politiques et de tout ce qui devrait le préoccuper... et qui ne se rend même pas à la fin d'un courriel touchant une crise politique majeure !

Je reçois 700 à 1000 courriels par jour, a dit le témoin sur un ton suffisant.

Oui, sans doute... Mais un courriel du chef de cabinet en personne ? Sur la crise politique et médiatique de l'heure ? Et on arrête de le lire à moitié ? Des gens si précis dans le contrôle du discours ?

Ces gens-là sont des blagueurs, des menteurs ou des amateurs.

***

Il y a deux semaines, le Parti conservateur a affirmé que le numéro deux du cabinet, Ray Novak, n'était pas au courant lui non plus. Certes, il a reçu le courriel de Wright qui dévoilait tout... mais il ne l'a même pas lu ! Woodcock, lui, n'a pas « vu la ligne ». Il a fait un petit effort. Novak ? Pas lu.

Cette version absolument bizarre est contredite par l'ancien avocat du cabinet du premier ministre, Ben Perrin. L'avocat a dit à la cour avoir assisté à deux réunions avec Novak où le plan de remboursement était discuté.

Perrin était convaincu, d'ailleurs, que le premier ministre avait approuvé ce plan.

Comprenez que ce Perrin était le seul conseiller juridique au Bureau du premier ministre.

***

Je ne suis pas convaincu que ce débat sur le nombre de personnes au bureau de Stephen Harper qui savaient ou ne savaient pas aidera beaucoup Mike Duffy. Ou bien cet argent a été reçu illégalement, et alors peu importe si une personne ou 71 savaient. Duffy, en effet, fait face pour ce « don » à une accusation d'avoir reçu un pot-de-vin à cause de sa position de sénateur. Disons que dans les 31 accusations qui pèsent sur lui, celle-là n'est pas la plus solide. Il fait face aussi à des accusations de fraude pour la façon dont il aurait abusé des fonds publics par divers stratagèmes - notamment en employant un faux employé, apparemment.

***

En attendant de voir ce que le juge trouvera de pertinent là-dedans, il devient de plus en plus difficile de croire que Stephen Harper lui-même ne savait pas comment on avait réglé le cas Duffy.

Le chef de cabinet écrit : « We are good to go from the PM » fin février 2013. À ce moment-là, on pense que les dépenses se limitent à 32 000 $ et que le parti les assumera - le parti recule rapidement en voyant les vrais chiffres.

Alors, si Stephen Harper a approuvé le premier plan, pourquoi n'aurait-il pas approuvé le second ?

Le hic, c'est que Stephen Harper a déclaré à la Chambre que Duffy lui-même avait remboursé ses dépenses ; ça faisait désordre, j'imagine, de dire : « C'est Nigel qui a payé pour qu'on arrête de nous écoeurer avec les dépenses de Duffy. »

Enfin bref, le premier ministre dit qu'il n'a appris que des mois plus tard la manoeuvre de Wright - qui a été congédié aussitôt.

Il devient donc très important, pour protéger cette version officielle, que ses plus proches collaborateurs de l'époque plaident l'ignorance. Ils ne pouvaient pas le lui dire, ils ne le savaient pas !

On voit qu'en plus, des contacts ont été tentés avec les gens de la firme Deloitte qui faisaient une enquête indépendante, pour voir si on ne pourrait pas retirer le dossier Duffy de leur étude, vu qu'il avait payé...

Ça n'a pas fonctionné, heureusement, et l'opération camouflage a foiré magistralement.

Ils ne savaient pas ?

Ils ne sont pas sérieux.

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