C'est le fanatisme, pas la religion

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Yves Boisvert
La Presse

Ce n'est pas seulement une impression: le terrorisme international est en progression et il est surtout d'inspiration islamiste.

Certains pensent donc avoir trouvé la Grande Cause de la terreur moderne: la religion. «Combinée aux armements modernes, la religion, une forme médiévale de la déraison, devient une vraie menace pour notre liberté», disait mercredi Salman Rushdie.

L'écrivain britannique est bien placé pour parler du prix de la liberté d'expression, lui qui est sous protection policière depuis 25 ans, sa tête étant mise à prix pour avoir offensé certains musulmans dans Les versets sataniques.

Quand des assassins crient «Allah est grand» en tirant sur des innocents, à Paris ou dans une base militaire du Texas, on ne nous dira pas que ce terrorisme n'a «rien à voir» avec l'islam. Il en est une perversion, une dérive, une utilisation criminelle tant qu'on voudra. Il n'en reste pas moins qu'en Afrique, au Pakistan, en Irak, enfin là où le terrorisme a fait le plus de morts, les auteurs l'ont fait au nom d'Allah.

De là à décréter que «la religion» ou l'islam en général poussent au crime et menacent la liberté, il n'y a qu'un pas que plusieurs ont franchi rageusement.

La thèse a l'avantage d'être simple et claire. Elle semble en plus se confirmer à chaque nouvel attentat islamiste.

Ça ne la rend pas plus vraie.

Staline et Mao, peut-être les plus grands assassins du XXe siècle, étaient fanatiquement athées - les victimes religieuses de ces régimes se comptent d'ailleurs par milliers.

Ce qui tue, c'est le fanatisme. Il prend toutes sortes de visages. Notamment celui de l'islamisme.

Bref, si ce fanatisme est une maladie de l'islam contemporain, il ne résume pas l'islam ni la religion.

***

Jusqu'en 2000, la plupart des actes terroristes dans le monde se réclamaient d'un mouvement politique, souvent nationaliste ou de «libération nationale». Ce terrorisme «classique» est encore bien présent dans plusieurs pays. Il varie selon l'évolution des conflits politiques. Il est la source d'un nombre à peu près stable d'attentats dans le monde depuis 15 ans.

Si le nombre d'actes terroristes et de morts a été multiplié par 5 depuis 15 ans, c'est dû à un phénomène: la montée du terrorisme djihadiste.

Les groupes les plus meurtriers ont des noms maintenant connus: Al-Qaïda, talibans, Boko Haram, groupe État islamique. Ils ont tous en commun de se réclamer de l'islam pour mobiliser et pour tuer.

Ils tuent surtout au Moyen-Orient et en Afrique. Mais songez que le terrorisme a fait des morts dans 60 pays au dernier compte du Global Terrorism Index. Un record absolu.

Les recrues occidentales de ces groupes l'ont dit: une fois attirés pour livrer combat pour la liberté et la justice, ils reviennent de Syrie ou d'ailleurs avec un mandat très précis: commettre des attentats terroristes dans leur pays. On les fanatise et on les forme de manière experte.

Rien ne permet de croire que la tache sanglante du terrorisme ne s'étendra pas encore. Près de 100 Canadiens sont sous surveillance des services de renseignement. La police de Montréal à elle seule a l'oeil sur des dizaines de complots possibles.

***

Le terrorisme politique, qui dénonce une situation, un régime, ou qui réclame l'indépendance nationale, est lié à une «cause». Les États négocient rarement, mais les revendications sont connues. Un changement de gouvernement et des actions policières peuvent finir par l'éradiquer, le pacifier.

Mais le terrorisme islamiste dans les pays occidentaux ne revendique rien de précis. Il se réclame d'un Dieu vengeur, mais au fond il est nihiliste. Il vise à détruire. Des gens. Des symboles. Quand ce n'est pas l'armée ou la police, c'est une institution juive, un journal, un parlement...

Chaque fois, on cherche une explication, une faute qui expliquerait un massacre. C'est à cause de la politique étrangère, c'est à cause du gouvernement, c'est à cause de la provocation, c'est à cause de l'exclusion...

On n'a pas d'autre choix que de s'interroger sur les causes de ce qu'on veut combattre. Mais on glisse insensiblement. Il y a subtilement la tentation de faire porter aux victimes un peu du poids d'assassinats insensés. De leur trouver une logique, comme si on avait pu les éviter. Il y a risque d'internaliser la mécanique terroriste, de les croire sur parole.

Rien ne justifie de tuer un policier de faction, la cliente d'une épicerie juive ou un caricaturiste. Point.

Ce qui est visé, ce n'est pas la politique de Harper ou d'Obama ou des socialistes français - un des seuls pays occidentaux à avoir soutenu les démarches de l'Autorité palestinienne, par exemple. Ce qui est visé, c'est tout ce qui distingue les démocraties constitutionnelles. C'est la liberté elle-même. C'est tout ce qui n'est pas négociable.

Aussi bien se le dire, la lutte sera longue et personne ne sait vraiment comment gagner.

Hier, le chef du Hezbollah a dit que les attaques des extrémistes insultaient l'islam bien plus que les caricatures.

S'il faut s'en remettre au chef du Hezbollah pour lutter contre le terrorisme, ça n'annonce rien de bon.

Mais sans doute sa voix porte-t-elle là où ça compte plus que celle de tous les présidents occidentaux.

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