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Attentat au «Charlie Hebdo»

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Attentat au «Charlie Hebdo»

Le siège parisien du journal satirique français «Charlie Hebdo» a été la cible d'un attentat terroriste sanglant ayant coûté la vie à au moins 12 personnes dont son directeur de rédaction et dessinateur emblématique Charb et ses trois autres caricaturistes vedettes: Cabu, Wolinski et Tignous. Le pire attentat en sol français depuis au moins 40 ans. »

Yves Boisvert
La Presse

La plume est plus forte que les armes, disait une affiche tenue bravement devant le consulat de France, dans le noir et le froid d'hier soir.

On s'accroche à ce qu'on peut. On cherche un sens devant le cadavre de 10 personnes qui racontaient le monde et deux autres qui risquaient leur vie pour qu'ils puissent le faire. Le faire comme ils le faisaient: avec une liberté iconoclaste, qui ne connaissait aucun tabou.

On cherche un sens, on s'encourage, on dit que leurs idées ne mourront pas avec eux.

Ce qui s'offre à nos yeux pourtant ce matin, c'est un absurde bain de sang. Ce qui est très évident, en ce moment, c'est que deux, trois fous de Dieu bien organisés peuvent faire taire pour de bon un journal. Un journal surveillé par la police depuis des années. Averti, menacé, préparé.

On a beau dire, ce matin, c'est la fragilité de cette liberté qui est évidente. C'est la blessure immense qu'on ne veut pas voir, à coup de slogans.

C'était simple, quand les intégristes islamiques saisissaient la justice française pour dénoncer les «injures religieuses» de Charlie Hebdo. On dénonçait la manoeuvre, on criait à la tentative de censure. Mais le combat s'inscrivait dans les règles bien balisées, bien civilisées de l'État de droit. Il y aurait des arguments pour, des arguments contre, beaucoup de brouhaha, et à la fin un jugement.

Un jugement qui disait, en 2009: «En France, société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions quelles qu'elles soient et avec celle de représenter des sujets ou objets de vénération religieuse».

Magnifique victoire de principe. Vaut-elle plus qu'un bout de papier si, six ans plus tard, des terroristes peuvent imposer leur «justice divine» à coups de mitrailleuse?

La plume plus forte que l'épée? À la longue, sans doute. À la fin, oui. Mais là, tout de suite, cette horreur innommable nous montre une tragique bataille perdue. Une bataille dans une guerre qui dure depuis un bout de temps déjà, et qui n'est pas près de finir. Une guerre entre l'idée de liberté que se fait l'Occident et un obscurantisme qui n'est pas soluble dans la démocratie.

Nous vaincrons? Oui, je le crois vraiment. Mais ce sera long...

Aujourd'hui, demain, on cherchera tous les moyens de vaincre. Il me semble qu'il faut tout de même commencer par ce constat assez terrible de fragilité: hier, l'épée était plus forte que la plume, la haine l'a emporté, la liberté a perdu, nous sommes tous blessés.

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