La «faute» canadienne

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Yves Boisvert
La Presse

D'après le FBI, en 1999, Ahmed Ressam et Samir Aït Mohamed avaient commencé à comploter pour faire exploser un camion-citerne dans un quartier juif de Montréal.

Ressam s'est plutôt dirigé vers l'aéroport de Los Angeles pour aller y installer des explosifs censés éclater dans la nuit du 1er janvier 2000. Ressam a été arrêté à la frontière, a avoué plusieurs crimes et on ne saura jamais jusqu'à quel point ce projet d'attentat montréalais était sérieux.

Ce qu'on sait, c'est que ces discussions ont eu lieu bien avant les attentats du 11 septembre 2001; bien avant la participation du Canada à la mission de combat en Afghanistan; bien avant l'élection du gouvernement le plus aveuglément aligné sur la politique d'Israël que le Canada ait connu.

Et pourtant, déjà, Montréal était une cible parmi d'autres en Occident.

Faire le lien entre la décision du gouvernement Harper d'envoyer des avions de chasse pour participer à la lutte contre l'organisation État islamique et les attentats de cette semaine est donc particulièrement hasardeux...

Quand un homme se rend au musée juif de Bruxelles et assassine au fusil mitrailleur quatre personnes au hasard, ce printemps, est-ce à cause de la politique étrangère belge?

Quand un autre homme, en mars 2012, s'en va tuer trois écoliers juifs à Toulouse, puis trois militaires et un civil, faut-il y voir la conséquence des actions militaires françaises?

La présence militaire canadienne en Afghanistan, et maintenant la participation à des frappes aériennes en Irak - à la demande du gouvernement irakien - rend le Canada plus visible sur le radar islamiste. Depuis plusieurs années, la propagande terroriste a tenté de créer des vocations en prenant pour cible des pays occidentaux.

Mais penser que les attentats terroristes islamistes sont le résultat logique de politiques précises menées par les pays occidentaux, c'est déjà en accepter un peu la justification.

Les attentats à Madrid, en mars 2004, les plus graves de l'histoire du pays, sont-ils la conséquence de la participation du pays à la guerre en Irak? Comme ceux du métro de Londres en 2005?

Mais alors, comment se fait-il que le Canada, qui n'a pas fait partie de la coalition, a été visé en 2006 par un complot majeur? A-t-on oublié les «18 de Toronto» qui voulaient faire sauter la tour du CN, attaquer le parlement, décapiter le premier ministre, etc.? Le complot a pris naissance à un moment où l'administration américaine était très en colère contre le gouvernement Chrétien pour son refus de prendre part à la «coalition» qui a envahi l'Irak.

Ceux qui en ont contre les politiques du gouvernement de Stephen Harper, et qui sont tentés de lire dans les attentats de la semaine dernière une forme de lien de cause à effet, ou même une responsabilité morale, ont manqué quelques épisodes.

L'attentat dans une discothèque de Bali, en 2002, qui a tué 202 personnes, visait «des touristes». D'autres, dans plusieurs pays, ont visé des militaires. Des politiques. Un cinéaste. Des journaux. Etc.

Ils ont visé les mille représentations de l'Occident, de ses idées, de ses symboles, de sa vision de la liberté. Cela s'est fait à travers des complots très structurés ou du fait d'individus isolés, certains avec des fixations ou des délires individuels. Mais tous teintés de la même propagande haineuse générale.

Dans les deux attentats de la semaine dernière, on a affaire à des gens «troublés», peut-être malades. Ont-ils été «inspirés» particulièrement par l'appel de l'organisation État islamique? C'est possible, vu qu'ils ont tenté d'aller combattre en Syrie, apparemment. Vu également qu'ils ont choisi pour cible des militaires.

La propagande djihadiste espère précisément cela: créer des vocations. Qu'elles soient le fruit de convictions politiques ou de la maladie mentale, ou des deux, ça n'a pas d'importance. C'est le résultat qui compte.

Va-t-on pour cela fonder la politique de défense sur la crainte qu'inspire le message d'un groupe despotique?

Admettons que la politique étrangère du Canada a créé de nouveaux ennemis au pays. À quelle partie voulons-nous renoncer pour avoir la paix? Les frappes contre un groupe barbare qui viole, met les femmes en esclavage, égorge? Ce ne sera évidemment pas assez. En fait, ce sont les valeurs mêmes défendues par les pays démocratiques qu'il faudrait mettre en veilleuse, quel que soit le gouvernement en poste à Ottawa.

La «faute» canadienne, c'est de les défendre.

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