| Commenter Commentaires (35)

Accurso: c'est... tout?

Yves Boisvert
La Presse

Cinq jours plus tard, que sait-on de plus sur le «système Accurso» ?

Pas énormément de choses. Essentiellement des détails sur des affaires connues.

On sort de cet exercice avec l'impression que les enquêteurs de la commission Charbonneau n'ont à peu près rien trouvé de nouveau à son sujet. L'impression aussi qu'on a laissé pendre plein de fils. Comment se fait-il qu'il ait fallu l'avocate du PQ, Estelle Tremblay, pour pousser l'interrogatoire au sujet du quart de million «donné» à Jacques Duchesneau?

Les procès pour fraude et corruption de Laval et Mascouche que le témoin doit subir limitaient la commission dans son interrogatoire. Mais Montréal? Transport Québec?

Il y a deux ans, le témoin Lino Zambito a décrit le système de cartel à Montréal: les contrats sont réservés à un club sélect, qui doit payer une commission, un pizzo, à l'arbitre du système, la mafia sicilienne des Rizzuto. On a vu des entrepreneurs aller payer le parrain dans une vidéo de police... Mais pas Tony Accurso. Ni ses employés.

Il est vrai qu'hier, pour la première fois, on a senti le témoin mal à l'aise quand il a été question de ses liens avec les Rizzuto. On voit qu'il a eu plusieurs rencontres avec Nick, le fils du parrain Vito. Mais il a pu esquiver le sujet, la commission n'ayant pas de preuve du contenu de ces rencontres.

Il a admis la rencontre avec Vito et Lino Zambito: oui, c'était au sujet de l'échangeur l'Acadie, un des plus gros projets jamais faits à Montréal. On comprend que selon Accurso, Zambito n'avait pas d'affaire à soumissionner pour ce projet, lui qui n'est «même pas capable de faire un driveway».

Cette manière agressive de décrire le conflit donne d'ailleurs du poids à la version de Zambito, selon qui Rizzuto a été appelé par Accurso pour convaincre Zambito que ce n'était pas pour lui. Accurso nous décrit une rencontre fortuite à son restaurant, pas une séance d'arbitrage. Pas très convaincant.

Mais ce que la preuve montre jusqu'ici, c'est aussi un homme qui ne voulait pas faire d'affaires avec les gens identifiés au crime organisé. Même si le parrain se tenait à son restaurant, même s'il était convoqué à des réunions avec son fils ou un lieutenant et s'empressait d'y aller.

Y a-t-il un lien financier entre le roi de la construction et celui que tout le monde a décrit comme l'arbitre de ce cartel criminel? Si Zambito dit vrai, Accurso devait payer sa part. Mais on n'en a aucune preuve. Rien.

La mafia sicilienne rôde autour de Tony Accurso, il embrasse même le parrain à l'occasion: moeurs italiennes obligent! Mais ceux qu'on voit partout, dans le bateau, dans ses sorties, au téléphone, ce sont ses amis des syndicats-clés de la construction. Plus quelques personnages municipaux influents.

Accurso admet être un proche de «Monsieur 3%», Bernard Trépanier, le collecteur de fonds et organisateur de l'ancien parti de l'ex-maire de Montréal. Accurso l'a même invité sur son bateau. Mais lui a-t-il versé de l'argent? Aucune preuve.

Oui, il a versé de l'argent au parti au pouvoir à Québec. Mais ni les collecteurs du PLQ ni ceux du PQ ne lui ont promis quoi que ce soit, ou fait quelque menace que ce soit.

Il admet avoir fait du financement illégal à grande échelle pour ne pas être exclu des contrats publics, mais quant à ses liens personnels avec le monde politique de Québec, on reste sur notre appétit.

On sait qu'il était proche des libéraux, on sait que Marc Bibeau le sollicitait pour des sommes importantes pour le Parti libéral du Québec (on se demande pourquoi il ne témoigne pas). Mais la preuve des ficelles qu'il tirait à Québec ou au ministère des Transports? Nulle.

Au total, on en reste donc largement avec le portrait qu'on avait: un homme d'affaires qui a patiemment construit son empire, qui a grandi avec le Fonds de solidarité.

Oui, ses liens «amicaux» avec le monde syndical, dont il dépendait à plusieurs égards, ont des airs incestueux. Ses liens avec des personnages louches du crime organisé, ces petits maires qu'il menait en bateau: tout ça sent très mauvais. Ce n'est pas pour rien qu'il a trois procès criminels sur le dos, et des enquêtes en cours.

Mais toute cette part d'ombre du personnage, ces mécanismes pour contourner la concurrence illégalement, gonfler les prix, s'emparer des contrats, frauder le fisc, toute la tricherie organisée, bref ce pour quoi il y a une commission d'enquête depuis trois ans, tout cela n'a pas été bien éclairé.

yves.boisvert@lapresse.ca




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer