Les Japonaises ne sont plus cute

Yves Boisvert
La Presse

(Sotchi) Elles sont mignonnes, elles ne font peur à personne, elles sourient tout le temps. Tout le monde adore les joueuses de hockey japonaises.

Pour un peu, on en ferait les mascottes du tournoi.

«C'est le groupe d'êtres humains le plus souriant que j'aie jamais rencontré», me confiait hier leur entraîneuse-adjointe, l'ex-joueuse canadienne Carla MacLeod.

Aussi, sa première tâche fut de leur apprendre à être un peu moins fines sur la patinoire.

«Elles étaient rapides, habiles: je leur ai appris l'agressivité.»

La femme de 31 ans, tout en muscles et en enthousiasme, les a aussi emmenées se faire des muscles. On n'est pas là pour être cute, les filles!

Au tournoi de qualification olympique l'an dernier, en Slovaquie, elles ont remonté les Norvégiennes 0-3 pour l'emporter 4-3 et elles ont battu les Danoises 5-0. Elles ont eu leur billet pour Sotchi.

Une belle neige était tombée le jour du match décisif et MacLeod a organisé une bataille de boules de neige. «Je leur ai dit, après: «C'est ça que vous devez faire. Amusez-vous, mais bagarrez-vous!» C'est moi qui ai gagné, en passant...»

La seule autre participation olympique des Japonaises était au premier tournoi, en 1998 à Nagano: on donne une place au pays hôte. Elles avaient fini sixièmes... sur six.

***

Hier, elles ont perdu contre les Allemandes 4-0. Je suis allé les voir dans la zone mixte, ce corridor où les journalistes peuvent parler aux athlètes après les compétitions.

Il y avait un groupe de journalistes japonais qui les confessait l'une après l'autre. Les discussions d'après défaite sont toujours sur le mode compassionnel, mais ici, tout se doublait d'une infinie délicatesse des sentiments.

Les entrevues se faisaient presque en chuchotant. Au bout de quelques questions, les filles se mettaient toutes à pleurer.

Pourquoi, elle, pleure-t-elle?

«Elle s'en veut de ne pas avoir compté de but», me dit un collègue nippon.

Juste à côté, des Allemandes savouraient la victoire.

«Zone mixte», c'est aussi parce que le triomphe vient se frotter les coudes à la défaite.

***

MacLeod a remporté deux médailles d'or olympiques avec l'équipe canadienne, dont une dans son propre pays à Vancouver, en 2010.

Son plus beau moment olympique, c'est pourtant ici, à Sotchi, qu'elle l'a vécu. Quand ces filles que personne n'attendait sont entrées dans le stade avec elle, ce fut sa plus grande émotion olympique «et de loin».

L'ancienne défenseure de 31 ans est assistante-entraîneuse de l'équipe nippone depuis deux ans. Les entraîneurs, tous des hommes, sont d'anciens professionnels de ligues asiatiques. L'un d'eux lui sert d'interprète. Pour le reste, elle se contente, pour communiquer, de regarder les joueuses «irrévérencieusement», dit-elle en souriant.

«Avouez donc que c'est vous l'entraîneuse pour vrai...»

«Nous sommes une équipe», dit-elle. Sauf que derrière le banc, c'est elle qui se promène, c'est elle qui crie «up! up! up!».

***

MacLeod espère encore la première victoire olympique de son équipe, mais n'allez pas les prendre en pitié. Ces filles-là ont perdu 2-1 contre les Russes d'Alexeï Yashin et 1-0 contre les Suédoises. Elles peuvent encore atteindre le cinquième rang.

Pas si «cute» que ça, hein!

(Un peu, quand même...)




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