| Commenter Commentaires (11)

Le directeur au bois dormant

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Yves Boisvert
La Presse

Il était une fois, au royaume du Québec, un Directeur général des élections à qui les fées de la loi avaient donné tous les plus beaux pouvoirs: enquête, perquisition, accusation, etc.

La fée de la vieille politique, malheureusement, lui jeta un sort: le Directeur général des élections tomba endormi profondément pendant 100 ans.

Quand il se réveilla, il apprit que les partis politiques faisaient du financement illégal.

-QUOI?! Du financement politique illégal au Québec? Vite! Un cheval!

-Il n'y a plus de chevaux, monsieur le Directeur général des élections. Veuillez monter dans votre voiture.

Le Directeur général des élections roula de village en village pour alerter les citoyens: oyez, oyez! Les bureaux d'ingénieurs et d'avocats violent la Loi sur le financement des partis politiques! Je m'en occupe!

Et les citoyens de répondre:

-Euh... Vous venez de découvrir ça? Vous êtes bien le dernier citoyen du royaume à l'avoir appris... Où étiez-vous donc depuis 1913, monsieur le Directeur général des élections?

-J'étais dans un lit, au fond d'une forêt profonde, endormi profondément...

L'important, c'est qu'il se réveille, pas vrai? Il semble que ce soit le baiser de Jacques Duchesneau qui ait ramené à la vie le DGE.

«Dans la foulée du rapport de l'Unité anticollusion», le DGE nous a dit hier avoir mis en commun des informations avec Revenu Québec.

C'est ainsi qu'on a ciblé des dons politiques suspects de 12,8 millions entre 2006 et 2011. C'est moi qui utilise le mot suspect: le communiqué du DGE parle de financement sectoriel. Ce qui signifie des dons massifs venant de certaines firmes de professionnels - génie, construction, avocats, comptables.

Des professionnels donnent librement et personnellement à des partis politiques. Mais d'autres, comme chacun sait maintenant, font semblant de faire des dons personnels qui sont en fait versés par leur firme. C'est gênant d'écrire cette évidence pour la 147 883e fois, veuillez accepter mes excuses.

Comment n'a-t-on pas fait enquête avant?

Combien de fois a-t-on lu ça dans les médias?

Le 12 juin 2006, le rapport Moisan concluait «qu'il est relativement facile de camoufler les contributions corporatives et que c'est une pratique courante».

Ici même, dans cette chronique, en 2005, je citais une cause impliquant un ingénieur de Tecsult (maintenant propriété d'Aecom). Revenu Québec lui réclamait de l'impôt sur des gains de 5000$ versés par son employeur. L'homme a expliqué à la cour qu'en vérité, cet argent a été dirigé vers le Parti québécois (3000$) et le Parti libéral (2000$). Ce n'était pas vraiment un revenu.

Pour sa défense, il avait même convoqué à la barre le président de la firme, Guy Fournier. Voici ce qu'il avait déclaré: «Je déterminais, là, à mon bureau, le nombre de personnes, des cadres principalement autour de moi, à qui je pourrais demander de faire des contributions politiques pour maintenir notre bonne réputation vis-à-vis les donneurs d'ouvrage et aussi, principalement, pour être considérés dans les contrats futurs.»

C'était dit sous serment à la cour. Écrit dans le journal. Récrit en 2007, quand la Cour d'appel a donné raison à l'ingénieur. Etc.

Mais les partis politiques disaient n'avoir jamais entendu parler de ces stratagèmes. Et le Directeur général des élections n'avait «aucune preuve».

Je blâme moins les individus du DGE que le sort politique qu'on a jeté à l'institution: le DGE avait beau disposer de pouvoirs policiers, il ne fallait surtout pas déranger. On a voulu un DGE le plus conciliant et le plus insignifiant possible. On l'a eu. Avec de maigres moyens, il allait s'en prendre aux pauvres idiots qui ne savent pas tricher comme du monde. Pour le reste, que voulez-vous, la preuve venait toujours à manquer, il était trop tard, etc.

Et voilà que par enchantement, à la suite du rapport Duchesneau, on trouve 13 millions de dons potentiellement illégaux. À qui? Au PLQ, au PQ, au parti de Gilles Vaillancourt, à celui de Gérald Tremblay...

Ce n'est évidemment que la surface des choses, puisque le comptant n'apparaît pas ici. Les 70% de financement illégal dont parlait l'ancien chef de police n'étaient peut-être pas si délirants...

Voyons voir maintenant si cette «avancée significative» va se traduire en (rares) accusations sérieuses.

En attendant, braves gens, réjouissons-nous: le Directeur général des élections est réveillé!

yboisvert@lapresse.ca




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer