Commission Charbonneau: les conséquences d'un départ canon

Partager

Yves Boisvert
La Presse

Le temps passe si vite. Il y a tout juste un an, le PDG de la plus grande firme de génie-conseil du Canada, Pierre Duhaime, répondait aux journalistes après une allocution sur les 100 ans de SNC-Lavalin, au Cercle canadien.

Nul besoin d'une commission d'enquête pour faire le ménage dans l'industrie de la construction, disait-il. «Je ne vois pas ce qu'une enquête pourrait apporter de plus.»

Et puis, en passant, «chez SNC-Lavalin, ça n'existe pas».

Mercredi, il est sorti de Parthenais la tête dans son manteau après un long interrogatoire policier.

L'ex-président de la multinationale du génie-conseil est devant la justice criminelle précisément pour ça: des actes de corruption pour l'obtention de contrats, ici comme ailleurs.

L'ironie est exquise et Jacques Duchesneau, méprisé par M. Duhaime pour un rapport «peu étoffé», n'a pas boudé son plaisir, hier.

«Je ne pavoiserais pas en disant: "Je suis innocent"», conseillait-il aux ennemis de la Commission. «Prenez Pierre Duhaime: il a été accusé et il était le premier à dénigrer mon rapport.»

***

L'establishment montréalais, plutôt froid sinon carrément hostile à ce genre d'exercice de lavage de sales pratiques en public, n'ose plus remettre en question le bien-fondé de la commission Charbonneau.

Dès les premières minutes du témoignage de Lino Zambito, la Commission a assis sa pertinence avec un grand bang.

C'est peut-être le principal problème de la Commission, d'ailleurs. Après quelques témoins théoriques, quel départ fulgurant elle a eu! Zambito, Surprenant, Leclerc, bang, bang, bang...

Quand on est rendu blasé d'entendre des entrepreneurs venir dire qu'ils se sont fait menacer de mort ou incendier leur équipement, c'est que le début était trop dense.

Il est tout de même rare de voir des gens s'amener à la barre et s'incriminer aussi largement que Gilles Surprenant et Luc Leclerc.

On a critiqué certains témoignages plus faibles, où des fonctionnaires admettaient uniquement avoir reçu quelques milliers de dollars en cadeaux - billets de hockey, vin, resto.

On a peut-être oublié qu'ils avaient été nommés comme complices du système. Et qu'ils n'ont peut-être pas tous dit la vérité, certains étant encore employés de la Ville, et n'ayant pas terminé leur processus de réflexion, souvent aidé par le souffle chaud d'une haleine de policier dans le cou...

Bref, 1) ça ne peut pas être un feu d'artifice perpétuel et 2) les témoins ne collaborent pas tous, évidemment.

Pensez-vous que Bernard Trépanier, monsieur 3%, bien installé cet automne sous un palmier en Floride, appelle chaque matin à la Commission pour demander son tour de parole?

Tout ça pour dire que quand le débat autour de la Commission porte sur le «comment», c'est qu'on ne doute plus du pourquoi.

La Commission a démontré hors de tout doute que la corruption était érigée en système à la Ville de Montréal; qu'un système de collusion fermait totalement le marché montréalais à la concurrence, avec comme conséquence une hausse des prix de 30%; que la mafia arbitrait ce système et collectait sa part.

C'est énorme.

La partie politique est encore un peu faible, mais, déjà, on voit frayer ensemble les collecteurs de fonds et les truqueurs d'appels d'offres.

***

Ce qui reste à illustrer plus précisément, c'est le système de financement, déjà esquissé par Martin Dumont. C'est aussi le rôle pivot de certaines firmes de génie-conseil et de certains avocats.

Mais déjà, Martin Dumont nous a parlé d'un défilé de professionnels qui s'en allaient passer quelques minutes à tour de rôle dans le bureau de monsieur 3%, portes et stores fermés. Ce n'était pas pour faire du yoga en cachette.

On en attendait plus pour l'aspect politique, qui est l'étage supérieur du système: le financement et l'implication des élus - à part Frank Zampino, tout de même no 2, mais déjà accusé au criminel.

Il n'en reste pas moins que, en deux mois, la Commission a donc illustré de manière magistrale les deux premiers étages du cartel mafieux décrit dans le rapport Duchesneau pour ce qui concerne Montréal: collusion et corruption.

La fin des audiences est franchement décevante, c'est vrai, et on se demande encore pourquoi on a choisi de prendre une pause de deux mois en lançant une série de noms sans faire toutes les mises en contexte qui s'imposent. On ne met pas dans le même paquet des gens accusés de fraude et soupçonnés de corruption gigantesque et des gens qui ont assisté à une ou deux réunions au même endroit.

Ce faux pas ne doit pas faire oublier l'essentiel: cette commission remplit jusqu'ici très bien son mandat, qui est de montrer exactement ça: la pourriture de tout un milieu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer