La commissaire Charbonneau doit s'expliquer

L'organisation de la preuve et son découpage soulèvent... (Image tirée d'une vidéo, La Presse)

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L'organisation de la preuve et son découpage soulèvent des questions. La présidente de la Commission, France Charbonneau, doit nous expliquer ce qui se passe.

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Yves Boisvert
La Presse

Quoi? On nous laisse pour la pause des Fêtes avec ça?

Ça n'a pas de sens.

Il est sans doute pertinent de faire l'étalage des liens personnels qui unissent tout ce beau petit monde de la construction mafieuse, du génie-conseil et de la politique.

Mais amener un témoin à la barre pour lui faire dresser une liste de suspects (c'est vraiment de ça qu'il s'agit) et suspendre les audiences pour deux mois, ça n'a pas de sens.

L'enquêteur Erick Roy, de la Sûreté du Québec, était là pour aider à faire des «liens entre les entrepreneurs en construction, les firmes de génie-conseil, le financement des partis politiques», a dit le procureur Denis Gallant.

Très pertinent, en effet, de savoir que Paolo Catania ou Joe Borsellino avaient des rencontres répétées avec des gens du génie-conseil et des élus.

Sur les neuf personnes accusées de fraude dans l'affaire des terrains vendus trop bon marché au Faubourg Contrecoeur, sept se sont fréquentées dans la période critique, entre 2005 et 2007.

Mais tous les autres? Être nommé dans cette liste contenant plusieurs personnes accusées au criminel est évidemment très dommageable. Avoir l'honneur de sa petite fiche, avec photo du genre poste de police, l'est tout autant. Mais les élus ont-ils tous le même niveau de responsabilité? Entre Frank Zampino et Line Beauchamp, il y a une marge, j'imagine... Laquelle?

Je ne dis pas que la preuve n'est pas valable. Je dis qu'on ne peut pas laisser tout le monde en plan sans aucune explication ni possibilité de se défendre pendant deux mois.

Que se sont-ils dit?

Elio Pagliarulo a dit avoir fait des versements de 300 000$ en pots-de-vin à Frank Zampino au 357c.

Mais à part ça? Qu'ont-ils fait? Y a-t-on récolté de l'argent pour du financement politique? Pour des rénovations de cuisine?

Pierre Bibeau y fait son apparition avec son ex-conjointe Line Beauchamp, qui est allée rencontrer deux fois le dirigeant de Dessau, Rosaire Sauriol, en 2007.

Pourquoi?

Interrogé par l'avocat du Parti libéral du Québec, l'enquêteur Erick Roy a reconnu qu'il n'a aucune preuve qu'il y a été question de financement.

Encore une fois, je reconnais la pertinence de cette preuve circonstancielle. Mais si on ne peut pas mettre de la chair autour de cet os maintenant, pourquoi présenter cette preuve maintenant, pourquoi terminer ce premier acte ainsi?

Entre-temps, les noms flottent dans une sorte de marécage.

On n'appelle pas ça finir avec force.

***

Quand on ajoute la suspension des audiences trois semaines plus tôt que prévu, on est obligé de s'interroger sur l'orientation et l'état de la Commission.

Peut-être avait-on mal mesuré l'impact du départ des numéros un et deux de l'équipe des procureurs. Peut-être aussi les enquêtes policières en cours forcent-elles la Commission à repousser certaines preuves. Ne nous avait-on pas promis des preuves concernant des «élus» de Laval? On n'a rien entendu, ou presque.

Le plan de match a été réécrit, de toute évidence. On ne s'attend pas à ce qu'une commission d'enquête planifie tout à la perfection et sache au premier jour comment se dérouleront les audiences. Ça voudrait dire qu'elle n'a pas trouvé grand-chose de nouveau.

On sait être patient aussi. C'est ici l'organisation de la preuve et son découpage qui soulèvent des questions.

Aussi, ce matin, plusieurs questions se posent et la présidente de la Commission doit nous expliquer ce qui se passe.

On accepte bien entendu que la Commission égratigne des réputations. Cela fait partie des dommages collatéraux inévitables de ce genre d'exercice nécessaire pour l'entretien démocratique.

La Commission a cependant l'obligation de minimiser les dommages, de donner l'occasion aux personnes visées de se défendre adéquatement et de fournir des preuves pour nous convaincre qu'elle détient plus que des soupçons.

La tournure des événements ces derniers jours est décevante. Surtout après un départ pétaradant qui a démontré hors de tout doute 1) la collusion, 2) la corruption dans l'attribution et la gestion des contrats aux Travaux publics de la Ville de Montréal.

Pour le reste, c'est-à-dire le politique, on y arrive à peine.

Il ne faudrait pas que la Commission prête flanc à tous ceux qui n'attendent qu'un faux pas pour la faire dérailler, ou l'entraver par un recours devant la Cour supérieure.

On a besoin de sentir qu'il y a un plan. Et qu'on n'avance pas à tâtons.

Explications, S.V.P.

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