Lucien Bouchard et Jean Charest

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Yves Boisvert
La Presse

Lucien Bouchard a blâmé amèrement son ancien parti publiquement. Au départ, on y a vu une sorte d'accolade au gouvernement de Jean Charest. Un coup de main, du moins. Quoi de mieux, en effet, pour les libéraux qu'une bonne vieille chicane de péquistes pour partir la session?

Mais si les chantiers urgents du Québec sont l'éducation, la santé, les finances publiques et autres sujets graves, n'est-ce pas l'impuissance du gouvernement Charest à s'y attaquer qui est en cause?

 

Ce blâme adressé aux péquistes en cache en vérité un autre, que M. Bouchard n'a pas formulé: le gouvernement libéral n'a pas l'excuse de l'obsession indépendantiste. Mais il est incapable de s'attaquer avec un peu de courage aux problèmes du Québec.

L'exemple parfait de cela est le dossier des finances publiques. Il y a deux ans, un groupe de travail dirigé par l'économiste Claude Montmarquette a passé en revue rigoureusement toute la politique de tarifs du gouvernement québécois.

La conclusion était que les Québécois s'offrent des programmes qu'ils ne paient pas au juste prix; que les tarifs d'à peu près tous les services ici sont moins chers qu'ailleurs au Canada; et que, malgré ce qu'on en pense, les tarifs augmentent moins vite que l'inflation.

Tout ça est compensé par des impôts plus élevés, un déficit et une dette qui semblent devenir impossibles à maîtriser.

Qu'a-t-on fait du rapport Montmarquette? Vite écarté. Il y avait pourtant là les bases d'une réforme intelligente, équitable et efficace des tarifs au Québec.

Ce ne sont pas les vilains péquistes qui l'ont mis de côté - il y avait même l'ancien ministre péquiste Joseph Facal parmi les trois signataires du rapport.

Il y a bien sûr des péquistes pour nous dire qu'un énorme butin est caché à Ottawa, et qu'en le rapatriant, on réglerait tous les problèmes. Mais laissons-les un instant: ils sont dans l'opposition depuis 2003. C'est un gouvernement fédéraliste libéral qui est en poste à Québec depuis bientôt sept ans. Qu'a-t-il fait?

Ce gouvernement fait de plus en plus penser à celui de Robert Bourassa, deuxième manière. Il a une réputation de droite. Il commande des études-chocs sur l'état de la situation. Mais il a trouvé la clé du succès dans l'inaction.

Quelle misère d'entendre un homme aussi intelligent que le ministre des Finances, Raymond Bachand, essayer de finasser sur la comptabilité de la dette du Québec. Rien de nouveau, remarquez bien: péquistes comme libéraux, au pouvoir, se font dire par le vérificateur général qu'ils sous-estiment la dette du Québec.

Ce n'est jamais de bonne politique de dire la vérité trop brutalement, comme vous savez.

On gaspille l'électricité parce qu'elle n'est pas assez chère. Nos universités sont en faillite parce qu'il ne faut surtout pas traumatiser les étudiants - même ceux qu'on fera millionnaires - en indexant un tant soit peu les droits de scolarité. Les pauvres parents ont un droit fondamental inaliénable éternel à ne payer que 7$ par jour pour des services de garde. Personne ne veut payer pour les routes, mais tout le monde en dénonce le mauvais état. On gaspille l'eau aussi, vu qu'on ne la paie pas au volume, etc.

Il n'y a pourtant pas de magie fiscale. «Tout service public insuffisamment tarifé devra être d'une façon ou d'une autre payé au moyen des impôts», note le rapport.

Mais comme nous vivons dans une culture de la gratuité des services publics, on préfère apparemment ne pas voir le coût des services, en pensant qu'on ne les paiera pas. Tant et si bien que les impôts, nous dit le rapport Montmarquette, sont ici des tarifs qui n'osent pas dire leur nom. Si l'assurance médicament est mal financée, c'est du côté des impôts (ou du déficit) qu'on comblera le trou de centaines de millions.

Le système, au total, subventionne des gens qui n'en ont absolument pas besoin, sans se concentrer sur les plus démunis.

Voilà une partie du gâchis des finances publiques du Québec. Certainement un des chantiers urgents auxquels faisait référence Lucien Bouchard en faisant des reproches au PQ, vu qu'il en a fait une priorité pendant ses années de pouvoir. Nul doute qu'il déteste son ancien parti par bien des côtés, pour avoir vécu si passionnément avec lui. Mais au moins, le PQ est digne d'un blâme public...

Ça ne veut surtout pas dire qu'il admire le gouvernement Charest. Simplement, le mépris n'inspire pas les mêmes colères.

Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@ lapresse.ca

 

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