Ça pue

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En réaction aux révélations selon lesquelles des journalistes québécois auraient été espionnés par des policiers, le gouvernement de Philippe Couillard a annoncé hier la création d'une commission d'enquête publique.

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Des journalistes (et leurs sources) épiés par la police, parfois pendant des années, un ministre de la Sécurité publique qui viole les principes élémentaires de prudence et de gros bon sens en appelant le directeur de la Sûreté du Québec (SQ), des apparences de police politique et, pour clore cette glorieuse semaine, des collecteurs de fonds du Parti libéral (PLQ) qui s'en mettent plein les poches grâce à leurs relations privilégiées avec une société d'État et les fournisseurs de celle-ci. N'en jetez plus, la cour est pleine, et cet amas est franchement gênant pour le Québec.

Le climat actuel me rappelle une boutade de Jacques Parizeau, lancée en 2012, pour décrire le climat délétère sous le gouvernement libéral de Jean Charest : « Y fait chaud, ça pue, pis on est ben ! » Effectivement, ça ne sent pas bon ces jours-ci au Québec.

Chaque fois qu'on a l'impression qu'on a, peut-être, fait un pas ou deux en avant vers l'éthique, vers la transparence, bref, vers la démocratie, un nouvel événement, de nouvelles révélations nous ramènent, encore une fois, à la case départ.

Plus de deux ans après avoir pris le pouvoir, et malgré de grands efforts pour se dissocier de l'ère Charest, le gouvernement Couillard n'a pas réussi à rétablir la confiance des Québécois envers la classe politique. Et ce n'est certainement pas en cet automne lugubre politiquement que les choses vont commencer à s'améliorer.

Comme si la semaine n'avait pas été assez éprouvante, l'émission Enquête nous a appris, hier, que des organisateurs libéraux ont trempé dans une fraude présumée qui leur aurait rapporté près de 2 millions de dollars.

Les quatre protagonistes de cette sombre histoire, tous associés au PLQ (et tous donateurs à ce parti entre 2000 et 2012), auraient profité de leurs liens avec la Société immobilière du Québec pour négocier des baux (pour la location de locaux pour bureaux) beaucoup plus longs que d'habitude, tout en touchant une généreuse contrepartie. On retrouve, dans ce quatuor, deux « vedettes » de la commission Bastarache, deux importants collecteurs de fonds du PLQ, Franco Fava et Charles Rondeau.

Toujours les mêmes noms, encore des affaires louches. Comme quoi on peut changer de chef et adopter de nouvelles lois, il faut du temps pour nettoyer une vieille culture et les relents de pratiques de financement douteuses.

L'UPAC aurait terminé son enquête sur cette affaire, mais aucune accusation n'a été déposée à ce jour.

Et puis, ce n'est peut-être pas tout pour le PLQ. On a appris hier la parution, la semaine prochaine, d'un livre écrit par Lino Zambito, témoin-clé de la commission Charbonneau.

Tenaces, les vieilles odeurs.

UNE ENQUÊTE PUBLIQUE, OUI, MAIS QUELLE ENQUÊTE ?

On l'a constaté au fil des dernières années, le principal problème avec les commissions d'enquête publiques, c'est de préciser les contours de leur mandat. S'il est trop large, on s'éparpille et on dilue la matière ; trop étroit, on passe à côté et on frustre tout le monde en donnant l'impression de chercher à noyer le poisson.

Cela vaut aussi pour cette commission d'enquête (annoncée hier par le gouvernement Couillard) sur la surveillance des journalistes.

Il faut d'abord savoir ce qu'on cherche. Prenons la « surveillance des journalistes », par exemple. On peut bien aborder cette question sous l'angle de la protection des sources journalistiques, mais il faudra aussi, forcément, s'attarder aux méthodes d'enquêtes policières. Or la police, c'est bien connu, n'est jamais très enthousiaste ni pressée de parler publiquement de ses façons de faire. La police est habituée à poser des questions, pas à se retrouver de l'autre côté de la table. Attaquée, la police a une tendance naturelle à se refermer sur elle-même, à serrer les rangs. Elle baisse la tête et elle attend que ça passe, surtout si elle subit au même moment une enquête administrative.

Il y a aussi les inévitables joutes des partis politiques, plus préoccupés de faire mal paraître leurs adversaires que de faire la lumière complète sur les événements scrutés par une commission d'enquête.

Il faudra bien, aussi, aborder la question des liens entre le politique et la police et la façon dont les gouvernements nomment ou démettent les dirigeants des grands corps policiers. Pas seulement à la SQ, mais dans les grandes villes du Québec.

Je continue de m'étonner, d'ailleurs, de la timidité de Denis Coderre (ce n'est pas son genre !), qui semble bien mal à l'aise de réclamer des comptes au chef du SPVM.

Il est par ailleurs beaucoup question, à Québec et à Ottawa, d'une éventuelle loi sur la protection des sources. Là encore, on ne peut être contre la vertu, mais il ne faut pas tomber dans le syndrome de la « législatite aiguë ». Tout ne peut pas, tout le temps, se régler avec une loi.

Il est possible, cela dit, qu'une loi soit nécessaire pour protéger les sources journalistiques, mais les exemples français et belge nous démontrent les limites d'une telle initiative.

C'est une chose de garantir aux journalistes le droit de préserver le secret de leurs sources (ce qui est le cas en France et en Belgique), mais le véritable défi, en cette ère technologique, c'est de les prémunir contre des intrusions clandestines de la police ou des services de renseignement.

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