Trudeau plane, les provinces grognent

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La journée d'hier marquait le premier anniversaire de l'élection de Justin Trudeau à la tête d'un gouvernement majoritaire, le 19 octobre 2015.

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61 %. Je ne me souviens pas d'avoir vu un parti, fédéral ou provincial, atteindre un tel score dans les intentions de vote. Un an après son arrivée au pouvoir, Justin Trudeau continue à planer dans la stratosphère.

Sans grande surprise, Justin Trudeau prend d'ailleurs ses aises, bien assis dans son fauteuil de premier ministre, et il recule doucement sur un engagement phare de sa campagne électorale : réformer le mode de scrutin.

Dans une entrevue-bilan de l'an 1 au Devoir, il explique que les électeurs sont satisfaits de son gouvernement et que, de fait, ils ont moins d'appétit pour une telle réforme. Il ajoute qu'il faudra un très fort appui de la population pour aller de l'avant.

Le programme libéral est pourtant très clair sur la réforme du mode de scrutin : « Nous sommes déterminés à faire en sorte que l'élection de 2015 soit la dernière élection fédérale organisée selon un scrutin majoritaire uninominal à un tour », peut-on y lire.

Un autre engagement a été mis à mal cette semaine, soit celui de rétablir avec les provinces une relation respectueuse et constructive. Comme tous les chefs libéraux avant lui, Justin Trudeau ne peut s'empêcher de chercher à dicter des normes nationales pour les soins de santé, un champ pourtant exclusif aux provinces. Sa ministre de la Santé, Jane Philpott, a même dû s'excuser après avoir dit que les provinces dépensaient mal l'argent destiné à la santé.

Le fédéral a la responsabilité, dans le domaine de la santé, des autochtones et des anciens combattants, et vu les échecs flagrants auprès de ces deux groupes, il devrait s'en occuper avant de donner des leçons de gestion de salle d'urgences aux provinces.

Le fédéral veille aussi au respect de la Loi canadienne sur la santé, le veau d'or canadien, encore plus important, je dirais, que la Constitution elle-même.

Ottawa a une autre obligation : transférer aux provinces des fonds réservés à la santé (de l'argent de nos impôts, en passant, et non pas l'argent du gouvernement fédéral comme on l'entend trop souvent) afin que celles-ci puissent maintenir un réseau de qualité.

Depuis 25 ans, Jean Chrétien, puis Paul Martin, puis Stephen Harper et, maintenant, Justin Trudeau se sont inquiétés de la voracité des provinces.

Jean Chrétien avait réglé la question, tard un soir, à Ottawa, après une longue journée de pourparlers avec les premiers ministres des provinces, rejetant leur demande et retournant chez lui en disant aux journalistes que les provinces en veulent toujours plus. Ce que M. Chrétien ne disait pas, toutefois, c'est que lui et son ministre des Finances, Paul Martin, avaient effacé le déficit en grande partie grâce à la diminution des transferts en santé. Ottawa s'était donc retrouvé en situation de surplus budgétaire et les provinces, naturellement, voulaient récupérer ce qu'elles considéraient être leur dû. En plus, le fédéral cherchait encore une fois à imposer des « standards nationaux », notamment pour le coût de médicaments et pour les soins à domicile.

Le regretté premier ministre albertain Ralph Klein, maître de la formule lapidaire, avait lancé ceci en guise de réponse à Jean Chrétien : « Quelqu'un qui paye aussi peu pour un voyage ne peut imposer l'itinéraire. »

Une fois au pouvoir, quelques années plus tard, Paul Martin avait convoqué ses homologues provinciaux à Ottawa pour un grand sommet sur le financement de la santé. Pas une bonne idée, pour quelqu'un qui a du mal à trancher entre deux simples options, que d'essayer de forger un consensus à partir des demandes et des doléances de 10 premiers ministres et de trois chefs de territoire.

La discussion s'était envenimée, à un moment, au point où Paul Martin et Gary Doer, alors premier ministre du Manitoba, en étaient presque venus aux mains. Jean Charest et Bernard Lord (ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick) étaient intervenus pour calmer les esprits.

Les provinces avaient toutefois gagné, cette fois-là, repartant d'Ottawa avec un engagement de hausse des transferts de 6 % par année.

Stephen Harper, qui avait pris des notes en observant ses prédécesseurs, a tranché, lui, de façon draconienne, la délicate question du financement de la santé pour les provinces. En 2011, son ministre des Finances, feu Jim Flaherty, leur a tout simplement envoyé une lettre, le 19 décembre, les informant que ces transferts passeraient de 6 % à 3 % en 2017.

Ce qui nous amène aux négociations actuelles. Il est embarrassant pour Justin Trudeau de reconduire une décision aussi impopulaire de son prédécesseur conservateur, mais avec un déficit anticipé de près de 30 milliards (peut-être même plus), Ottawa va devoir diminuer ses dépenses.

Avec un tel niveau d'appui dans l'électorat (61 %, je répète), comment penser que le gouvernement Trudeau pourrait souffrir au Québec des aléas des négociations du très technique dossier du financement de la santé et des transferts fédéraux ?

C'est douteux, en effet, d'autant que le gouvernement Couillard s'est placé dans une position délicate en donnant lui-même un coup de frein dans les dépenses en santé. Le ministre Barrette affirme que ses mesures budgétaires n'ont aucun effet négatif sur les soins, mais que la diminution des transferts d'Ottawa, elle, pénaliserait les patients.

Par ailleurs, Philippe Couillard répète depuis des années que le problème du réseau de santé n'est pas son sous-financement, mais la difficulté de le réorganiser pour améliorer l'accès aux soins.

Il tenait déjà ce discours en 2008, comme ministre dans le gouvernement Charest. « À partir du moment où vous donnez au réseau le signal qu'il y a de l'argent, la pression pour une transformation ne sera pas là. Tous les groupes du système viendront à la porte pour réclamer leur part de l'argent qui a été identifié », avait déclaré M. Couillard en entrevue à La Presse.

Tiens, tiens, exactement ce que disent les premiers ministres fédéraux à propos des provinces...

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