Lisée au bon endroit, au bon moment

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« Jean-François Lisée aura toutefois surpris (agréablement) bien du monde au PQ et même dans la population en général. Cette campagne l'a révélé sous un nouveau jour », écrit notre chroniqueur.

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Après avoir élu triomphalement, il y a 18 mois, un chef qui faisait de la réalisation du projet de pays sa priorité absolue, les membres du Parti québécois ont donné les clés de leur parti à un nouveau chef qui repousse ce projet pour au moins six ans et qui fait de la victoire en 2018 son premier objectif.

Jean-François Lisée a fait le pari de dire aux péquistes que leur option est pour le moment un boulet vers le pouvoir et il a gagné son pari. De façon étonnante, il a récolté les appuis qui le séparaient d'une majorité auprès des partisans de Martine Ouellet, la plus pressée des souverainistes au PQ.

On pourrait dire, sans risque de trop se tromper, qu'Alexandre Cloutier a « échappé » cette victoire contre un adversaire qui ne voulait même pas se présenter dans cette course.

En politique, il est toujours plus difficile de se lancer dans une course, surtout si elle est longue comme fut celle du Parti québécois, dans la position de favori, qui devient nécessairement la cible des attaques et qui doit démontrer qu'il peut soutenir les attentes placées en lui. Alexandre Cloutier, malgré ses appuis au sein du caucus et dans sa région natale du Lac-Saint-Jean, a vécu avec angoisse ce phénomène et a finalement perdu. Il a même fait moins bien qu'en 2015 et il sort meurtri de l'exercice. Aura-t-il encore le coeur de continuer ? Ça reste à voir.

Comme tout nouveau chef du parti, Jean-François Lisée devra dès maintenant s'affairer à refaire l'unité du PQ, à commencer par le caucus, déchiré entre son clan et celui d'Alexandre Cloutier.

Une victoire, même serrée, est une victoire. M. Lisée a la légitimité voulue pour prendre la barre de ce parti, mais il va devoir rapidement trouver le ton pour diriger et rassembler ses troupes. Les mois qui s'en viennent ne seront pas reposants, c'est certain. 

Jean-François Lisée aura toutefois surpris (agréablement) bien du monde au PQ et même dans la population en général. Cette campagne l'a révélé sous un nouveau jour. Il sera dorénavant intéressant de suivre son évolution intellectuelle, lui qui change souvent d'idée, notamment sur les questions identitaires.

Le mot d'ordre, hier soir à Lévis, était réconciliation, mais la campagne aura laissé assurément des cicatrices et ce parti, c'est bien connu, est dur envers ses chefs. Très tôt, Jean-François Lisée devra obtenir le ralliement de toute son équipe et présenter publiquement un front uni. Il est d'ailleurs question d'un caucus de « réconciliation » dès la semaine prochaine (c'est relâche parlementaire). Le sort que réservera le nouveau chef aux supporters d'Alexandre Cloutier dans le cabinet fantôme sera déterminant pour la suite.

Jean-François Lisée, gagnant-surprise sur le favori du départ, Alexandre Cloutier, aura besoin de lui, mais il devra aussi s'en méfier.

Ils pourront toutefois se retrouver, ce à quoi tout le monde s'attend, sur une priorité : battre les libéraux en 2018 et repousser à un éventuel second mandat le prochain référendum.

Véronique Hivon, qui a lancé hier un appel à la réconciliation sur sa page Facebook, pourrait aussi jouer les pacificatrices. Une chose est certaine : dès qu'elle aura recouvré la santé (elle a été frappée par une labyrinthite particulièrement débilitante), elle jouera un rôle de premier plan dans l'équipe péquiste.

Elle pourrait aussi reprendre son rôle d'émissaire auprès des autres partis souverainistes (Québec solidaire et Option nationale) dans le but de formaliser un rapprochement. Elle croyait vraiment en ses chances et elle a été dévastée (tout comme ses plus proches supporters) de devoir déclarer forfait. Mme Hivon s'est montrée critique envers son parti, en début de course, avant d'abandonner. Voici ce qu'elle me disait de l'état de l'option, quelques jours avant son abandon : « Moi, j'y crois profondément, à l'indépendance du Québec, mais on n'ira nulle part si les Québécois continuent de nous regarder comme une gang qui se croit entre eux et qui se convainquent entre eux qu'ils veulent faire ça demain matin ! Je pense qu'on est vus comme ça. Il y a des gens qui voient qu'on est bons pour parler entre nous. Mais on ne fait pas ça pour le PQ, il faut que les gens y trouvent un sens. »

Pour la suite des choses, le cas de Martine Ouellet est particulièrement délicat. Elle qui a plaidé pour un référendum à tout prix dès le premier mandat et qui a accusé ses rivaux de nuire à l'option se retrouve plus que jamais isolée au sein du caucus, où aucun de ses collègues ne lui a accordé son soutien.

Ses critiques contre les choix de l'ex-première ministre Pauline Marois en matière d'exploitation pétrolière à Anticosti ont aussi irrité plusieurs de ses collègues.

Des rumeurs envoient Mme Ouellet chez Option nationale ou à la direction du Bloc québécois, qui doit élire un nouveau chef l'an prochain et dont elle est proche.

C'est plus simple pour Paul Saint-Pierre Plamondon qui, à défaut d'être réellement compétitif dans cette course, aura gagné son ticket pour obtenir une circonscription aux prochaines élections (ou avant, dans une partielle).

Le PQ n'a pas vraiment le luxe de se passer d'une recrue comme PSPP, qui a attiré des orphelins politiques dans son sillon et qui a vanté les valeurs, les réalisations et l'histoire du PQ mieux et plus que n'importe lequel de ses rivaux dans cette course.

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