L'incohérence pétrolière

La science économique dit que la façon la... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, archives LA PRESSE)

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La science économique dit que la façon la plus efficace de réduire la consommation de pétrole, c'est d'imposer une taxe dissuasive, explique notre chroniqueur.

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Depuis le temps qu'on en parle, aura-t-on, enfin, une véritable discussion politique nationale et des mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques et pour réduire notre dépendance au pétrole ?

La table est mise, en tout cas, avec la volonté ferme du gouvernement Trudeau d'imposer une taxe sur le carbone à travers le pays. Cela passerait, vraisemblablement, par une taxe sur l'essence à la pompe, ce qui ne manquera pas de provoquer cris et grincements de dents au pays. Une fois qu'on sait ça, peut-on aller de l'avant ? Surtout qu'une masse critique de provinces (la Colombie-Britannique, l'Ontario, le Québec et même - ça, c'est un nouvel élément qui change la donne - l'Alberta) sont prêtes à emboîter le pas ou ont même déjà bougé en ce sens. Reste à voir si Ottawa aura la sagesse de s'arrimer aux provinces qui ont déjà bougé en ce sens plutôt que de tenter de leur rentrer sa décision dans la gorge.

Cela n'empêchera pas Brad Wall, premier ministre de la Saskatchewan, et l'opposition conservatrice à Ottawa de crier leur indignation, mais la rencontre des premiers ministres fédéral et provinciaux, qui doit avoir lieu plus tard à l'automne, doit se commettre, une fois pour toutes.

Nous avons maintenant, à Ottawa, un gouvernement qui dit croire à la science. Or, la science de l'environnement a fait la preuve que le climat est déréglé et continuera de se dérégler si nous ne faisons rien. La science économique, elle, dit que la façon la plus efficace de réduire la consommation de pétrole, c'est d'imposer une taxe dissuasive.

Tout cela est cohérent. Ce qui l'est moins, par contre, c'est l'attitude paradoxale de nos gouvernements par rapport au pétrole, eux qui disent constamment une chose et son contraire sur le sujet.

À Ottawa comme à Québec, on pourfend l'usage du pétrole le matin et on soutient des projets de pipelines ou de forage l'après-midi.

On peut comprendre que Justin Trudeau ne veuille pas se mettre l'Ouest à dos en s'opposant fermement aux projets de pipelines, mais il ne peut pas ignorer la grogne de la population et des nations autochtones partout au pays, et même aux États-Unis.

Au Québec, l'incohérence du gouvernement Couillard en matière d'or noir est encore plus troublante. Le premier ministre vante partout sur la planète l'hydroélectricité propre et l'électrification des transports et il affirme que l'« avenir du Québec ne repose pas sur les hydrocarbures », mais le gouvernement continue d'engloutir d'importantes sommes dans des projets d'exploitation. Plus encore, Québec veut inclure des droits aux promoteurs pétroliers dans son projet de loi de mise en oeuvre de la politique énergétique 2030. Avancez par en arrière, comme on disait dans les bus de Montréal.

Les libéraux ne sont pas les seuls à improviser sans cohérence dans cette filière. Martine Ouellet, candidate à la direction du Parti québécois et ex-ministre des Ressources naturelles, l'a admis, récemment, en parlant d'Anticosti. « Il y avait un manque de connaissance dans l'ensemble de l'appareil gouvernemental, qui comparait ça aux mines. Il y avait méconnaissance, et c'est ça qui faisait l'objet de discussions au Conseil des ministres. »

À la décharge des gouvernements, il faut bien dire, cependant, que nous sommes nous aussi accros au pétrole.

Nous avons collectivement, envers le pétrole, la même attitude, les mêmes malaises et hésitations qu'ont les fumeurs envers la cigarette. 

(Je sais de quoi je parle, j'ai abandonné naguère mes chères gauloises après un long débat avec moi-même.)

D'abord, le fumeur nie les effets néfastes du tabagisme. C'est pas si pire que ça, se dit-il. Y'a plein de monde sur Terre qui fume, et ils n'ont pas tous le cancer du poumon. Regarde ma vieille tante Huguette : elle a fumé toute sa vie et elle est morte d'une mauvaise chute à 92 ans alors qu'elle était en pleine forme.

Et s'il n'arrive pas vraiment à se convaincre lui-même, le fumeur peut toujours sombrer dans le fatalisme avec des formules comme : il faut bien mourir de quelque chose !

On entendait beaucoup ces choses dans les années 70 et 80, mais il ne reste plus grand monde pour défendre l'usage du tabac ou pour minimiser ses risques pour la santé.

De même, il reste, et restera toujours, quelques climatosceptiques, mais la très grande majorité d'entre nous reconnaissent aujourd'hui que la consommation d'hydrocarbures contribue de façon importante aux émissions de gaz à effet de serre et, de facto, aux changements climatiques. Nous ne sommes plus, donc, dans la phase primaire de négation.

Mais comme le futur ex-fumeur, on résiste et on s'accroche à sa pompe comme lui à sa clope. Après tout, se dit-on, les voitures ne roulent pas au jus de betterave, pas le choix d'utiliser du pétrole.

On se sent tout de même un peu coupable, alors on se dit qu'on va diminuer sa consommation. On fume seulement trois ou quatre cigarettes par jour (bon, OK, OK, peut-être plutôt 10, mais pas plus !), on ne grille que des « légères » et on ne fume que lorsqu'on prend un verre (bon, oui, avec un café aussi parfois, et des fois à la pause aussi...) et puis on passe à la vapoteuse, qui est finalement à la cigarette ce que les premiers modèles de voitures hybrides étaient à l'industrie automobile : plus efficace pour soigner sa bonne conscience que pour épargner l'environnement.

Les sevrages sont toujours difficiles et exigent nécessairement des gestes de privation draconiens. La taxe sur le carbone en est un.

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