Que reste-t-il du nationalisme québécois ?

En cette journée de fête nationale, notre chroniqueur... (Photo François Roy, Archives La Presse)

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En cette journée de fête nationale, notre chroniqueur Vincent Marissal souligne que « les 15 dernières années au Québec ont été politiquement dominées, sauf durant un hiatus de 18 mois, par des gouvernements libéraux très peu portés sur le nationalisme ».

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Le 24 juin, jour de la fête nationale du Québec, est traditionnellement l'occasion de faire un beau gros party comme on sait en faire ici, mais c'est aussi le bon moment de se demander ce qu'il reste de nationalisme québécois, et quelle forme a pris ce nationalisme avec les années.

Lorsque j'étais jeune, il y a de ça, disons, 35 ou 40 ans, on désignait le 24 juin comme la Saint-Jean-Baptiste, début officiel de la belle saison et des fêtes bien arrosées dans les parcs du Québec.

Aujourd'hui, je recevrais assurément des dizaines de courriels plus ou moins polis si j'écrivais Saint-Jean-Baptiste au lieu de fête nationale. Après les années tumultueuses sous le signe d'un nationalisme exacerbé de la décennie 70 (le premier gouvernement péquiste de René Lévesque a été élu en 1976), de la décennie 80 (le premier référendum sur la souveraineté en 1980 et l'accord du lac Meech, sept ans plus tard), de la décennie 90 (échec de Meech, puis de Charlottetown en 1990 et 1992 et deuxième référendum sur la souveraineté en 1995), les années 2000 auront été marquées par une accalmie des relations entre Québec et Ottawa, par un essoufflement du mouvement souverainiste et par l'apathie d'un nationalisme souvent plus préoccupé par les « menaces » extérieures (ah, les fameux accommodements raisonnables) que par son essor propre.

Les 15 dernières années au Québec ont été politiquement dominées, sauf durant un hiatus de 18 mois, par des gouvernements libéraux très peu portés sur le nationalisme, et même parfois d'une docilité servile envers le gouvernement fédéral. Les discussions entre Québec et Ottawa se limitent maintenant le plus souvent à des débats purement comptables, à des calculs actuariels sur les régimes de pension, sur la compensation pour un nouveau programme de bourses aux étudiants ou sur la répartition fiscale de l'aide financière pour la garde d'enfants, notamment. Ou alors, ces discussions prennent la forme de débats théoriques et juridiques sur la pertinence de créer des organismes de surveillance des marchés fédéral et provinciaux ou sur l'utilité d'un registre des armes à feu et la préservation des données.

Ah oui, j'oubliais : il y a aussi ce litige fondamental autour de la possible ingérence grave du gouvernement fédéral qui vient d'imposer par décret la protection de la rainette faux-grillon !

En gros, le gouvernement libéral de Jean Charest, et encore plus celui de Philippe Couillard, ont surtout cherché à ne pas indisposer Ottawa avec de nouvelles demandes ni même avec des rappels à l'ordre à propos des prérogatives du Québec.

Ne pas brasser la cage, bref, comme si les libéraux du Québec, jadis nationalistes, avaient gardé un souvenir désagréable des sursauts des années 80 et 90. À force de répéter que le « fruit n'est pas mûr » (expression préférée de Jean Charest pour repousser à plus tard les revendications constitutionnelles du Québec), l'arbre lui-même s'est desséché et est maintenant en train de pourrir par la racine.

Faut croire, toutefois, que cet éloignement, progressif, mais décidé, de ce qu'on a déjà appelé les « demandes traditionnelles » du Québec ne déplaît pas tant que ça aux Québécois, qui ont élu des gouvernements libéraux quatre fois depuis 13 ans, malgré les odeurs douteuses d'un financement politique acoquiné au monde de la construction et aux firmes de génie, en particulier.

Le rapatriement de 1982, l'exclusion du Québec, la « nuit des longs couteaux », ça commence à dater. Ça fera 35 ans l'an prochain, ce qui veut dire que tous les Québécois de moins de 50 ans n'étaient même pas adultes à l'époque. Chez les moins de 40 ans, on n'en parle même pas, pour eux, c'est de la mythologie.

Il serait intéressant de mesurer ce que les Québécois savent ou ont retenu de cet épisode, mais aussi de Meech, de Charlottetown et même du référendum de 95.

En cette époque de paix constitutionnelle (je crois que l'expression indifférence constitutionnelle est probablement plus appropriée ici), les seuls pourparlers entre Québec et Ottawa, et encore, je dirais les seuls sujets de débat, concernent la construction des pipelines, le partage des dépenses dans les programmes d'infrastructures ou encore dans le financement de grandes entreprises, comme Bombardier.

Les Québécois semblent à l'aise dans cette ère de nationalisme mou. Les libéraux de Justin Trudeau obtiennent plus de 50 % des intentions de vote et son gouvernement jouit d'un taux de satisfaction dépassant les 60 %, malgré des ministres québécois faibles et peu présents, malgré l'absence d'une aile nationaliste et d'une structure distincte pour le Québec.

Même dans nos champs propres de compétence, nous sommes, au Québec, d'une grande timidité. Prenez la Loi sur l'affichage commercial, par exemple, qui a été revue cette session par le gouvernement Couillard. Entre les malheurs de Sam Hamad, les problèmes au ministère des Transports, Uber et Rona, cette histoire est passée pratiquement inaperçue.

Et pourtant, le gouvernement Couillard est passé à côté de son devoir de protéger le français au Québec, en pondant un projet de règlement mollasson qui laisse à des multinationales, visiblement peu sensibles à la langue nationale des pays où elles font affaire, le soin de franciser leur affichage. On ne s'offusque même plus, apparemment, que Costco décore le paysage, le long des grands boulevards et autoroutes du Québec, du mot « Wholesale », qui pourrait facilement être traduit dans la langue majoritaire de sa clientèle.

Simple question de respect. Mais si nous ne nous respectons pas nous-mêmes, on ne peut tout de même pas demander aux entreprises étrangères de le faire à notre place.

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