Le «moment» Hivon?

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Le Parti québécois serait-il tenté de vivre son « moment Hivon » ? Chose certaine, la cote de Véronique Hivon, qui avait déjà une bonne valeur sous Pierre Karl Péladeau et Pauline Marois, monte en flèche depuis deux jours, au point où certains de ses collègues voient en elle la chef idéale.

À une époque où l'on cherche des visages jeunes et frais et où l'on reproche aux élus leur partisanerie malsaine qui contribue au climat délétère dans nos parlements, Mme Hivon possède au moins deux avantages : une image de renouveau ainsi qu'une attitude ouverte et des aptitudes éprouvées pour la collaboration. Contrairement à PKP, c'est une « naturelle » et son « moment » devrait remettre le PQ sur les rails pour de bon.

C'est à elle qu'on attribue la maternité de la loi sur l'aide médicale à mourir, née de la coopération de tous les partis à l'Assemblée nationale. C'est aussi à elle que Pierre Karl Péladeau avait confié la tâche d'amorcer un rapprochement entre le PQ et les autres partis souverainistes.

À la tête d'un ministère relativement mineur sous le très éphémère gouvernement de Pauline Marois, elle a réussi à s'imposer comme une pièce maîtresse au Parti québécois.

La montée en flèche de sa valeur aux yeux de plusieurs péquistes tient aussi au fait que ceux-ci n'ont pas du tout envie de vivre une nouvelle course à la direction de leur parti, un an à peine après avoir traversé cet exercice toujours difficile pour un parti politique. 

Mme Hivon est, aux yeux de ses partisans, la seule capable de créer le consensus qui permettrait aux péquistes de choisir rapidement leur nouveau chef, de préparer le parti pour les prochaines élections et de réunir les forces souverainistes en vue de battre les libéraux.

L'urgence pour le PQ de désigner un nouveau chef en vue du scrutin d'octobre 2018 et la situation financière difficile du parti sont deux raisons valables de favoriser un couronnement, mais c'est sans compter les ambitions et les projets de quelques autres députés péquistes, dont Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, notamment.

Si Bernard Drainville semble prêt à passer un tour cette fois, Alexandre Cloutier, lui, devrait se marcher sur le coeur pour s'auto-exclure de la course. D'ailleurs, comme le rapporte La Presse aujourd'hui, il entend briguer la direction du parti, peu importe l'identité de ses adversaires. L'an dernier, il a terminé deuxième derrière PKP avec 30 % des voix et il espère depuis une deuxième chance.

Alexandre Cloutier est jeune, lui aussi, et il a réussi, lors de la course de 2014-2015, à amener au PQ des militants souverainistes connus, comme Louis-Jean Cormier et Vincent Graton, qui ne se reconnaissaient plus dans le PQ. Il avait aussi obtenu l'appui de Véronique Hivon, qu'il présentait un peu comme sa colistière. L'ironie, c'est que Mme Hivon pourrait récupérer à son compte certains des appuis de M. Cloutier si elle décide de se présenter cette fois-ci.

Les courses à la direction laissent toujours des cicatrices. L'ambition d'Alexandre Cloutier et sa grande assurance, souvent perçue comme de la condescendance, irritent plusieurs de ses collègues.

La sortie du député de Lac-Saint-Jean contre la charte de la laïcité, après la défaite d'avril 2014, a fortement indisposé ses collègues du caucus, à commencer par le porteur du dossier, Bernard Drainville. Cette sortie avait été reçue comme un manque flagrant de solidarité envers l'équipe ministérielle, un crime grave en politique.

Alexandre Cloutier a gardé, lui aussi, quelques crottes sur le coeur de la course de 2014-2015. Il n'a pas aimé du tout voir son voisin de circonscription, Sylvain Gaudreault, lui tourner le dos pour appuyer Bernard Drainville. Le retrait de ce dernier, à la toute fin de la course, au profit de Pierre Karl Péladeau, a également frustré le clan Cloutier, qui a reproché à M. Drainville d'avoir donné une victoire au premier tour à PKP.

Un autre acteur de soutien de la course 2014-2015 songe à se représenter : Jean-François Lisée.

Quelques semaines après avoir lancé sa campagne lors de son passage à Tout le monde en parle, Jean-François Lisée s'était retiré en affirmant que la victoire de PKP était inévitable et que le PQ voulait vivre « son moment Péladeau ».

Cette déclaration avait été perçue comme un reproche envers ce choix irrationnel que s'apprêtaient à faire les péquistes. M. Lisée n'avait pas tout à fait tort, mais pour faire passer la pilule de ses critiques envers l'ancien chef, il a publié mardi un billet de blogue dans lequel il vantait les mérites de Pierre Karl Péladeau, ajoutant que le PQ ne retrouverait pas « un chef d'un tel gabarit ».

M Lisée, qui n'a jamais été reconnu pour manquer d'estime de soi, pourrait bien décider qu'il a lui-même le gabarit pour assurer la succession. À moins que le député de Rosemont ne se positionne pour jouer les faiseurs de roi, le moment venu.

Moins de 72 heures après le départ fracassant de PKP, ça joue des coudes pour sa succession. Même l'intérim, qui risque d'être court, donne lieu à des jeux de coulisses intenses. Agnès Maltais est rentrée précipitamment de France pour se présenter, mais déjà, le nom de Sylvain Gaudreault circulait à Québec.

En 2014, après la démission de Pauline Marois, Agnès Maltais voulait le job de chef intérimaire, mais elle avait été écartée et c'est finalement Stéphane Bédard qui avait obtenu le fauteuil.

La démission de Pierre Karl Péladeau a certes surpris les députés péquistes, mais à voir l'agitation des derniers jours, elle ne les a pas abattus.

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