L'après-Duffy

Le dénouement de l'affaire Duffy a rappelé à tous... (Photo Chris Wattie, Reuters)

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Le dénouement de l'affaire Duffy a rappelé à tous que le Sénat canadien ne fait habituellement parler de lui que lorsque des scandales éclatent, et qu'il était grand temps qu'une réforme y soit opérée.

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L'acquittement spectaculaire de Mike Duffy, il y a quelques jours, met fin à une des histoires les plus troubles ayant touché le Sénat de l'ère Harper, mais il ne faudrait pas croire pour autant que le ménage est terminé à la Chambre haute et qu'on peut maintenant tourner la page tout simplement.

Le Sénat, qui souffre déjà d'un grave déficit de sympathie dans la population, ne fait habituellement parler de lui que lorsque des scandales éclatent. Récemment, il y a eu les Duffy, Brazeau, Wallin et autres. Il y a aussi l'indélogeable sénateur libéral Colin Kenny, et ses histoires scabreuses de moeurs qui secouent périodiquement la colline parlementaire.

Rappelez-vous aussi, il y a plusieurs années, cet autre sénateur qui s'était fait prendre à solliciter des prostitués dans le marché By, à l'ombre de la Tour de la Paix du parlement. Chic, ça aussi.

Lorsque je suis arrivé sur la colline parlementaire, il y a 20 ans, on parlait aussi beaucoup du Sénat. En fait, on parlait surtout du taux d'absentéisme effarant de quelques « honorables » sénateurs, qui encaissaient volontiers leur chèque de paye en ne mettant pratiquement jamais les pieds à Ottawa. Les journaux Sun avaient même retrouvé l'un des champions de l'absence non motivée bien planqué dans sa villa, au Mexique. Un autre grand moment pour la Chambre haute.

L'affaire avait fait grand bruit, quelques règlements sur la présence obligatoire avaient été resserrés, puis le Sénat est retourné dans son indifférente torpeur. Les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin ont continué de « paqueter » le Sénat en nommant des organisateurs, d'anciens députés et des sympathisants. Rien de nouveau : le Sénat avait aussi fait les manchettes, au milieu des années 80, lorsque Pierre Elliott Trudeau avait nommé un grand nombre de bons libéraux, ce qui avait permis à Brian Mulroney de déculotter John Turner en plein débat des chefs.

Arrivé au pouvoir en promettant de réformer ou d'abolir le Sénat, mais de ne pas nommer de sénateurs tant que cela ne serait pas fait, Stephen Harper a, dans les faits, nommé plus de sénateurs que n'importe lequel de ses prédécesseurs entre 2006 et 2015, dont quelques organisateurs conservateurs, une kyrielle de candidats battus aux élections et quelques « vedettes », qui allaient défrayer la chronique politico-juridique au cours des dernières années de son règne.

En fait, on ne parle du Sénat que pour de mauvaises raisons, que lorsque le scandale, l'infamie ou la honte frappent.

La première réforme, nécessaire et urgente, du Sénat n'est pas constitutionnelle, mais bien morale. Nécessaire parce que, quoi qu'en pensent ses détracteurs, et ils sont nombreux, le Sénat ne disparaîtra pas. Urgente parce que le Sénat doit faire son travail et jouer son rôle dans le processus parlementaire. Prenez, par exemple, le controversé projet de loi sur l'aide médicale à mourir. Difficile de prétendre être un « conseil des sages » chargé d'étudier de tels projets de loi et de relayer les préoccupations des régions dans l'atmosphère délétère et malsaine créée par des années de cirque.

Justin Trudeau a commencé la réforme du Sénat en décidant, alors qu'il était encore dans l'opposition, d'éjecter les sénateurs libéraux de son caucus. Les sénateurs peuvent avoir une affiliation politique, mais ils ne devraient pas participer aux réunions à huis clos des élus. C'est un bon début.

Comme premier ministre, M. Trudeau a choisi les premiers sénateurs qu'il a nommés sur des listes non partisanes. Bon début aussi, mais il faut aller plus loin parce que dans les faits, c'est encore le bureau du premier ministre qui choisit seul les sénateurs.

Justin Trudeau aura l'occasion de montrer son sérieux envers le Sénat. Il a déjà nommé sept sénateurs ; il y a actuellement 17 sièges vacants (sur 105) et 20 sénateurs partiront à la retraite avant les prochaines élections, pour un total de 44 sièges à combler dans le mandat actuel. Qui et comment il les nommera aura, ou non, un impact.

Des choses ont aussi commencé à changer, lentement, au Sénat même, notamment les règlements les plus absurdes (résidence principale, frais de bureau) qui ont permis à Mike Duffy de s'en tirer devant le tribunal.

D'autres archaïsmes perdurent, toutefois. Par exemple, cette obligation, pour un sénateur, de posséder une résidence ou un terrain d'une valeur minimale de 5000 $ dans la région (« division ») qu'il est censé représenter, même s'il n'y a jamais mis les pieds. Les sénateurs nommés récemment, comme l'ancien éditorialiste de La Presse André Pratte, ont donc dû s'empresser d'acheter un lopin de terre dans leur « division » avant d'être officiellement sénateurs.

La Chambre haute gagnerait par ailleurs en crédibilité en mettant fin à la pratique du Sénat-sideline, c'est-à-dire en s'assurant que les gens nommés au Sénat soient d'abord... sénateurs à temps complet et non pas promoteurs immobiliers, avocats et gestionnaires de grandes entreprises.

Allô, le gouvernement Couillard, y a quelqu'un ?

Erreur, oubli, indifférence ?

Les funérailles du dramaturge Marcel Dubé ont été célébrées samedi à Montréal, mais aucun représentant du gouvernement Couillard ne s'est déplacé pour le dernier hommage à ce géant du théâtre québécois. (Pierre Karl Péladeau, lui, y était.)

« Je trouve que c'est déplorable. Je n'ai pas de félicitations à leur faire », a déclaré la comédienne Andrée Lachapelle.

L'omniprésente ministre du Patrimoine fédéral, Mélanie Joly, n'y était pas non plus.

Tout ce beau monde s'est déplacé, et c'est bien ainsi, aux funérailles de René Angélil, en janvier, et à celles de Jean Lapierre, la semaine dernière, mais personne pour  ce monument de la culture québécoise, qui a laissé plus de 300 oeuvres derrière lui ?

C'est quoi, le message ?

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