Qu'on appelle mon huissier !

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Si Pierre Karl Péladeau voulait créer une diversion pour qu'on évite de parler des problèmes au sein de sa garde rapprochée en menaçant d'envoyer une mise en demeure à un autre rival politique, cela a bien fonctionné, mais il aura aussi démontré qu'il a une compréhension plutôt biscornue de l'idée même du débat politique.

Si tous les députés de l'Assemblée nationale décident de régler leurs petits et grands différends avec des mises en demeure, on va manquer d'huissiers avant longtemps au Québec.

Après avoir mis en demeure François Legault et un de ses députés, Benoit Charette, qui ont émis des doutes sur la légalité d'un don important du chef du PQ au futur Institut de recherche sur la souveraineté, M. Péladeau songe maintenant à exiger rétractation du leader parlementaire des libéraux, Jean-Marc Fournier, qui a repris les mêmes critiques.

Mais qu'ont dit MM. Legault, Charette et Fournier de si litigieux ? Quels propos litigieux et diffamatoires ont-ils tenus pour faire l'objet d'une telle réplique ? J'ai peut-être manqué quelque chose, mais franchement, je ne vois pas.

Si les propos de la CAQ et du PLQ méritent des mises en demeure, les débats politiques vont devenir un gros, gros party d'honoraires pour les avocats du Québec.

Voici ce que Benoit Charette a dit : « Cet institut sera ni plus ni moins qu'une extension du PQ et on peut même s'interroger à savoir si le financement de celui-ci respectera la loi. Le père de la Loi sur le financement des partis politiques, René Lévesque, n'aurait jamais toléré une telle idée en ses rangs, lui pour qui l'esprit de cette législation était d'éviter l'influence de l'argent dans le vote démocratique. »

La référence à la mémoire de René Lévesque est trop facile, comme chaque fois qu'on fait parler les morts, mais sur le fond, la question est valable : quelle sera la distance saine entre le PQ et le futur institut, et dès lors, comment cet institut devrait-il être financé ? Je recevrai peut-être moi aussi une mise en demeure, mais je trouve que la question est légitime. Le Directeur général des élections, qui se penche sur la question, se pose apparemment aussi des questions.

Et qu'a dit Jean-Marc Fournier ?

« Quand une richissime personne considère que la façon de mener des débats publics démocratiques, c'est d'envoyer des mises en demeure, je crois qu'on est dans le domaine de l'intimidation juridique. »

Intimidation, pas sûr, tellement la manoeuvre est grossière, mais nous sommes certainement devant un chef politique qui ne connaît pas les règles du jeu politique, ou encore qui les connaît mais ne veut pas les respecter.

M. Péladeau n'est pas un politicien de carrière. Ce n'est pas non plus un politicien classique. Il admet lui-même avoir des croûtes à manger, mais il refuse visiblement de jouer le jeu selon les règles convenues. Il nous étonne donc régulièrement avec ses décisions. Comme celle de rester actionnaire de contrôle d'un empire médiatique. Et comme bien des hommes d'affaires ayant tenté avant lui l'expérience en politique, il ne supporte pas les critiques et les questions.

La suite du commentaire de Jean-Marc Fournier : « C'est un institut voulu par le chef du Parti québécois, payé par l'argent de Québecor, que Québecor donne au chef du Parti québécois. »

C'est cheap, mais est-ce vraiment matière à mise en demeure ? Je ne crois pas. Nous sommes ici dans les vieilles et stériles querelles entre libéraux et péquistes, rien de plus.

M. Péladeau en a d'ailleurs remis lui-même une couche sur Twitter en affirmant que M. Fournier est le « maître des basses oeuvres de Philippe Couillard, en mission une fois de + pour attaquer le chef du PQ ». Et il a laissé entendre au passage qu'un titre de La Presse (« Péladeau menace de mettre aussi en demeure Jean-Marc Fournier ») relevait d'un « professionnalisme douteux ou [d'une] opération politique ».

En fait, le chef du PQ ne parle même pas de La Presse, mais du « quotidien Power Corporation du Canada ». Ah, la bonne vieille théorie du complot... Précisément ce qu'il dénonce quand ses critiques disent qu'il se servira de l'empire dont il est encore propriétaire pour faire la promotion de son parti et de sa cause.

M. Péladeau, qui a multiplié les mises en demeure contre La Presse ces dernières années, reproche à mes collègues d'avoir écrit, en titre, qu'il « menace de mettre en demeure Jean-Marc Fournier » alors qu'il a dit qu'il « réfléchit » à la suite des choses.

Question d'interprétation. D'ailleurs, Le Journal de Montréal, de son côté, a titré : « Après Legault, PKP songe à poursuivre Fournier ». Si toutes les mises en demeure (ou projets de mises en demeure) menaient à des poursuites, il faudrait construire des dizaines de nouveaux palais de justice au Québec.

Tout cela nous éloigne des vraies questions touchant la création et le financement du futur Institut de recherche sur la souveraineté voulu par Pierre Karl Péladeau. Cela doit être débattu entre politiciens, pas entre avocats. Et si M. Péladeau ne supporte pas la pression politique, il devra se rappeler ce dicton (traduit de l'anglais) : Si vous ne supportez pas la chaleur, sortez de la cuisine.

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