Entre le bunker et les licornes

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Je l'ai écrit à quelques reprises dans cette chronique : j'ai toujours trouvé que Stephen Harper en faisait beaucoup trop, pour des raisons purement électoralistes, pour nous convaincre que nous vivons dans un monde terriblement dangereux. À l'inverse, je me demande aujourd'hui si Justin Trudeau, à force de se bercer de « sunny ways », n'a pas développé une vision un peu trop candide du monde dans lequel nous vivons.

Stephen Harper semblait vivre dans un bunker, à l'abri des nombreux ennemis du Canada. Justin Trudeau, lui, semble vivre au pays des licornes, où règnent l'amour du prochain et l'harmonie. Entre les deux, il doit bien y avoir une position plus près de la réalité. Il ne s'agit pas de verser dans l'angoisse et la paranoïa, mais nous sommes bel et bien en guerre et nous devons nous défendre.

Au cours des derniers jours, sept Canadiens (tous Québécois) sont morts dans des attentats perpétrés par des djihadistes, en Indonésie et au Burkina Faso. M. Trudeau aurait pu, lundi, se rendre à Québec pour rencontrer et réconforter les familles des victimes de Ouagadougou et, au passage, rassurer tous les Canadiens inquiets de la multiplication des attentats partout dans le monde. Il s'est plutôt rendu à Peterborough pour aller se recueillir dans une mosquée.

Inaugurer une mosquée en Ontario, alors que les familles de victimes de Ouagadougou attendaient avec angoisse des nouvelles de leur gouvernement depuis deux jours, est - c'est le moins que je puisse dire - un manque de délicatesse et de timing.

Que notre premier ministre dénonce les actes islamophobes commis au Canada, comme l'incendie criminel qui a endommagé cette mosquée en novembre, soit, j'en suis, mais hier la priorité n'était-elle pas de réconforter ses concitoyens éplorés par les terribles attaques des derniers jours ? Depuis le 11 septembre 2001, c'est la première fois qu'un si grand nombre de Canadiens meurent dans des attentats terroristes. Il aurait été facile de poser son avion à Québec pour quelques heures.

L'occasion aurait été idéale, aussi, pour réaffirmer notre engagement à lutter contre le groupe État islamique.

Au lieu de cela, nous avons eu droit, la fin de semaine dernière, à de molles condamnations et des phrases creuses qui n'auront été d'aucun réconfort pour les proches des victimes et qui ne nous ont rien appris sur les intentions d'Ottawa pour la suite de la lutte contre les djihadistes.

Les Canadiens (en particulier les Québécois, en raison du français) sont très nombreux à travailler ou à faire de la coopération au Burkina Faso et dans les pays avoisinants, et ils sont manifestement devenus des cibles innocentes. Que compte faire le gouvernement pour les protéger et pour riposter aux attaques ?

Lundi, à Québec, le premier ministre Philippe Couillard a dénoncé avec émotion les attentats de Ouagadougou et de Jakarta, il a salué la mémoire des victimes et il a dit que nous devons « combattre ces barbares de toutes nos forces, aux côtés de nos alliés ». Était-ce une allusion à l'engagement de Justin Trudeau de rapatrier les six chasseurs CF-18 qui participent depuis l'an dernier aux bombardements contre le groupe État islamique en Syrie et en Irak ?

Chose certaine, les mots de M. Couillard étaient plus forts et son ton, plus combatif. Plus appropriés, aussi, dans les circonstances.

C'est toutefois à Ottawa que se prendront les décisions quant à notre rôle et notre implication contre cette immense toile terroriste. En ce moment, nous avons le pire des deux mondes : nous continuons sans grande conviction (presque en catimini) à frapper des cibles avec nos chasseurs et nous maintenons un flou quant à la suite de notre engagement. Le manque de détermination du gouvernement Trudeau ne fait pas honneur à nos concitoyens tombés sous les balles ou sous les bombes des terroristes.

Vrai, M. Trudeau s'est engagé à rapatrier nos avions de chasse durant la campagne électorale, mais ça, c'était avant Paris. Avant Jakarta. Avant Ouagadougou et combien d'autres endroits dont on parle moins, comme Istanbul, Beyrouth ou Bamako.

La grande majorité des Canadiens comprennent fort bien que nous ne pouvons rester sur les lignes de côté, et ils n'en voudraient pas au gouvernement Trudeau de revenir sur sa décision de mettre fin à notre participation active dans la coalition.

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