PKP contre le gouvernement des médecins

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Dans le cadre de la visite annuelle du chef de l'opposition dans les locaux de La Presse, Pierre Karl Péladeau a accordé une entrevue à notre chroniqueur Vincent Marissal.

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À sa première question à l'Assemblée nationale comme nouveau chef de l'opposition officielle, en mai, Pierre Karl Péladeau avait offert à Philippe Couillard sa collaboration pour organiser un grand sommet sur l'économie. Un peu plus de sept mois plus tard, le chef du Parti québécois (PQ) tourne la page sur 2015 en brossant un sombre portrait des réalisations économiques du gouvernement libéral.

« L'économie, c'est pas la force du Parti libéral, il n'y a pas beaucoup d'entrepreneurs. Martin Coiteux, pas sûr qu'il a créé beaucoup de jobs dans sa vie. Il a peut-être été un brillant professeur, tant mieux pour lui, mais ce n'est pas quelqu'un qui a été dans le vif de l'activité économique », a lancé Pierre Karl Péladeau, en entrevue à La Presse. Une des très nombreuses salves contre le bilan économique du gouvernement Couillard.

Comme il l'a fait plus tôt cet automne, PKP reproche aux libéraux de s'être écrasés devant Bombardier, mais en ce moment, c'est surtout le dossier Pétrolia, à Anticosti, qui l'agace.

« Pétrolia, ça va finir devant les tribunaux, ça va donner une image exécrable du Québec, a-t-il dit lors d'une visite dans la nouvelle salle de rédaction de La Presse. Philippe Couillard s'en va à Davos pour courtiser des investisseurs, mais ceux-ci vont lui dire : "Comment peut-on te faire confiance ? Tu ne respectes même pas un contrat avec une entreprise du Québec, un contrat dans lequel le gouvernement a investi." »

Contrairement à Philippe Couillard, M. Péladeau croit au projet d'Anticosti. « Je crois surtout qu'on doit respecter le contrat parce qu'il y a un principe en droit, c'est la sécurité des contrats, et si on ne le fait pas, c'est plate à dire, mais ça va être l'anarchie. Est-ce qu'il va aussi décider un moment de ne plus respecter le contrat avec les médecins ? S'il veut aller chercher de l'argent, il pourrait le faire. »

Le chef péquiste se moque par ailleurs de la verte conversion de son rival, qui était jusqu'à récemment en faveur des forages pétroliers à Anticosti.

« Depuis quand Philippe Couillard est-il vert ? demande-t-il. Ça change au gré des saisons. Il a parlé de délabrement [à Anticosti]. Il faudrait que quelqu'un nous explique en quoi ça consiste. C'est quand même assez grand, l'île d'Anticosti, c'est 10 fois grand comme l'île de Montréal, et je ne suis pas sûr que c'est ce qui se produirait. On a trois forages à fracturation à faire et il y a des millions de forages qui ont été faits aux États-Unis. »

Selon le chef du PQ, le gouvernement Couillard « a des cibles, mais pas de plan ». Il qualifie par ailleurs le projet d'électrification des transports de « show de boucane ».

Et lui-même, peut-il se prétendre vert tout en prônant l'exploitation pétrolière dans un sanctuaire naturel ? lui ai-je demandé.

« J'ai toujours été attentif à l'environnement, répond-il. J'ai une voiture électrique, j'ai toujours composté et je suis végétarien depuis 15 ans. Lorsque vous êtes végétarien, vous participez beaucoup moins aux coupes de forêt au Brésil pour faire du boeuf et pour faire du McDonald's. »

Quant à Bombardier, un des sujets chauds de la dernière session, PKP n'en démord pas : le gouvernement aurait dû s'assurer d'avoir une voix avant d'injecter plus de 1 milliard de fonds publics.

« Le gouvernement avait le gros bout du bâton dans cette négociation, dit-il. Bombardier n'était pas dans une position très favorable pour négocier et Québec aurait pu exiger beaucoup plus. Lorsque tu mets 1,3 milliard dans une compagnie, tu devrais avoir le droit de dire deux ou trois choses. Moi, je sais comment ça marche une entreprise, j'en ai fait, des transactions. »

À LA DÉFENSE DES « MISSIONS ESSENTIELLES »

À l'Assemblée nationale, PKP a l'intention de continuer de défendre les programmes sociaux contre un gouvernement qui, dit-il, veut seulement diminuer la taille de l'État et qui s'oppose idéologiquement aux CPE.

« J'ai tendance à penser que certains membres du gouvernement Couillard souhaitent une diminution de la taille de l'État, et ces gens peuvent forcer la main du premier ministre. Moi, je crois qu'il y a des missions essentielles qui doivent être effectuées par l'État. »

M. Péladeau critique, notamment, la privatisation « sournoise » des soins de santé et les conditions salariales des médecins. « Il y en a pour les médecins, mais beaucoup moins pour les patients. Pourquoi ? Est-ce que c'est parce que ce sont des médecins qui dirigent ? On a eu Philippe Couillard, on a eu Bolduc, et on a maintenant Barrette. N'est-il pas légitime de se demander s'il n'est pas temps d'avoir autre chose qu'un médecin comme ministre de la Santé ? », a-t-il lancé.

Sur le front politique, Pierre Karl Péladeau admet sans détour que le PQ a « beaucoup de travail à faire » lorsqu'on lui demande de commenter l'état de mobilisation et d'appui à son option souverainiste. Il dit d'abord vouloir « réengager » les jeunes, avant de se lancer dans un long exposé économique.

M. Péladeau mise aussi sur la création de l'Institut de recherche sur l'indépendance en 2016, un engagement de sa course à la direction. « Ça s'en vient, dit-il. C'est plus long que prévu parce que je ne peux pas tout faire en même temps. »

Le chef du PQ veut se préparer à répondre à « la peur du référendum » exploitée par les libéraux à chaque élection.

Comment ? « J'ai tendance à penser que les gens sont plus éduqués maintenant, et ceux qui sont susceptibles de tomber dans ces adéquations, des fois, malheureusement, on fait appel à l'ignorance, à l'inquiétude, à la peur », avance-t-il.

EN VRAC

Sur Justin Trudeau

« Il a mené une très bonne campagne. J'ai aimé son positionnement, qui allait à l'encontre des campagnes négatives de Stephen Harper. Il semble aussi vouloir tenir ses promesses électorales, contrairement à Philippe Couillard. Cela rehausse l'image des politiciens. Pour le reste, il est trop tôt, on verra à l'usage. »

Sur sa fiducie

« Je suis très à l'aise avec la formule retenue et il n'y aura pas de changement. »

Sur ses relations avec les journalistes

« Je n'ai pas parlé de la partition du Québec. Je ne veux pas critiquer le travail des journalistes, mais c'est une interprétation des journalistes parce que je n'ai pas été péremptoire, et quand on n'est pas péremptoire, cela prête à interprétation. Ça fait partie des ajustements que je dois apprendre à faire. »

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