Sale temps pour l'opposition

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Le monde cherche à Paris un consensus pour lutter contre les changements climatiques, le sort de la loi «mourir dans la dignité» est remis en question, une enquête sur la mort et la disparition de femmes autochtones est lancée, les finances publiques canadiennes soulèvent des inquiétudes, le prix du baril de pétrole et notre dollar piquent du nez, les premiers réfugiés syriens débarquent au Canada et pendant ce temps, tout le pays se passionne pour... une photo de Justin Trudeau et de sa femme, Sophie Grégoire, dans le magazine Vogue.

En quelques minutes sur l'internet, on apprenait tout de cette séance photo, notamment, information cruciale, que Mme Grégoire-Trudeau portait une robe de plus de 5000$, mais que cette robe était louée.

Le nouveau premier ministre est aussi vite devenu un chouchou de Paris Match, qui a relayé hier les photos de M. Trudeau accueillant les réfugiés syriens à l'aéroport de Toronto.

En fait, le jeune premier ministre a eu en une semaine plus de visibilité sur la scène internationale que la plupart de ses prédécesseurs n'en ont eu durant tout leur règne à Ottawa. M. Trudeau est apparu dans Vogue; ses photos avec les réfugiés ont fait le tour du monde et le président américain lui prépare le genre de réception réservée aux très importants de ce monde. Tout cela après une entrée fracassante sur la scène internationale, lors des réunions du G20, de l'APEC et de la COP21 à Paris.

Cette attention à l'étranger et des mesures populaires comme la parité au sein du cabinet prises par Justin Trudeau le propulsent au sommet ici aussi, démontre un nouveau sondage Forum Research publié hier dans le Toronto Star. Près de deux mois après les élections, près d'un Canadien sur deux (46%) appuie le PLC et le taux de satisfaction envers le nouveau premier ministre cartonne à 57%.

Les débuts spectaculaires de Justin Trudeau au poste de premier ministre m'ont rappelé ce que disait de lui son entourage au début 2013, juste avant son élection comme chef du PLC.

«Oui, Justin est une rock star, et puis après? On devrait nier ça? Au contraire, il est super connu partout où il va et c'est un avantage pour nous», m'avait confié un de ses conseillers dans un restaurant de Toronto. «Justin est sous-évalué par beaucoup de gens qui pensent que ce n'est qu'un fils à papa sans contenu, mais c'est devenu un avantage pour nous, parce qu'il surprendra chaque fois. Et puis, les conservateurs feront-ils vraiment des publicités pour dire que Justin n'est pas intelligent? Ça se retournerait contre eux.»

Prémonitoire.

Tout comme les propos de Sophie Grégoire, que j'avais croisée dans un vol entre Montréal et Toronto à la même époque.

«Il paraît que Justin n'a pas d'idées, que c'est juste un beau gars qui n'a rien à dire. C'est rendu un problème qu'il soit beau! m'avait-elle lancé en riant. Des idées, il en a mis de l'avant et il en dévoilera d'autres. Pour le moment, il fallait se concentrer sur la course à la direction, après quoi il aura du temps avant les élections.»

Justin Trudeau semblait lui aussi prêt pour ce qui devait lui arriver près de trois ans plus tard, notamment le côté fils à papa.

«Pour moi, ça n'a rien de nouveau; c'était déjà ça à mon premier jour à Brébeuf en 1984. J'ai dû vivre avec l'image de mon père et les attentes qui venaient avec. J'ai l'avantage d'avoir eu à vivre avec ce bagage depuis toujours.»

Le triomphe de Justin Trudeau et sa lune de miel avec les Canadiens ont assommé les partis de l'opposition à Ottawa, qui rongent leur frein en attendant que ça passe.

Il est naturel, après l'élection d'un nouveau gouvernement, que les perdants se replient pour panser leurs plaies et pour reprendre leurs esprits. Surtout le parti qui était au pouvoir, pour qui la défaite est doublement amère.

Cela dit, les conservateurs, qui sont tout de même en bonne position (nombre et expérience des députés), sont particulièrement mous. Ils semblent pour le moment plus pressés de mettre l'ère Harper derrière eux que de faire face au nouveau gouvernement.

Il était pour le moins étonnant d'entendre l'ex-ministre Denis Lebel vanter cette semaine la décision du gouvernement Trudeau de lancer une vaste enquête sur la disparition et le meurtre de femmes autochtones. Au pouvoir, les conservateurs s'opposaient net à une telle enquête.

Ils critiquent toutefois le projet de réforme du mode de scrutin proposé par les libéraux. On comprend aisément pourquoi: le PLC, qui arrive plus souvent premier ou deuxième choix des électeurs que les autres partis, aurait tout à gagner d'une formule de scrutin proportionnel.

Les néo-démocrates aussi attendent que ça passe. «J'ai envie de me promener dans le foyer de la Chambre des communes et de crier: «On vous l'avait dit qu'ils ne pourraient respecter toutes leurs promesses!», mais ça ne sert à rien. Trudeau marche sur les eaux en ce moment», maugrée un stratège néo-démocrate.

Lorsqu'on a appris que les Trudeau avaient deux gouvernantes payées avec les deniers publics, le premier réflexe des députés du NPD a été d'attaquer sur ce front. «On a dû leur dire que ça ne servait à rien, que ça ne lèverait pas, dit ce conseiller de Thomas Mulcair. Il faut juste attendre que ça passe...»

Il est vrai, aussi, que Thomas Mulcair est plus préoccupé pour le moment de sauver son job que de faire trébucher Justin Trudeau. Depuis le 19 octobre, M. Mulcair a fait beaucoup d'appels et il a rencontré beaucoup de monde en vue du congrès du NPD, en avril, à Edmonton.

Le NPD ne tient pas de vote de confiance comme tel, mais les membres du parti devront néanmoins se prononcer sur la pertinence de tenir, ou non, un congrès au leadership. M. Mulcair, on le sait, est excellent aux Communes, mais d'ici ce vote, son sort et son autorité sont en suspens.

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