En position de force, mais pour quoi?

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«Le Québec revient en force, en position de force, et on est très contents.» - Philippe Couillard, 5 novembre 2015

Soit, avec six ministres, plus le premier ministre qui s'est en outre attribué les Affaires intergouvernementales, et 40 députés libéraux, le Québec sort de sa relative marginalité de l'ère Harper et reprend une place de choix à Ottawa. Une «position de force», selon Philippe Couillard.

On verra bien si les promesses d'ouverture et de dialogue de Justin Trudeau se concrétisent, mais il faudrait d'abord savoir, à Québec, ce qu'on veut tirer de ce nouveau rapport de force.

Pour le moment, les rapports entre Québec et Ottawa ressemblent davantage à une relation d'affaires, basée sur la négociation de gros montants, qu'à un dialogue entre partenaires d'une association, faut-il le rappeler, inachevée. Il est question d'argent pour Bombardier et d'une nouvelle entente fédérale-provinciale sur le financement de la santé par Ottawa. Il est question aussi, dans l'immédiat, du sort des huit milliards de litres d'eaux usées de Montréal.

Durant la campagne électorale fédérale, M. Couillard a dressé sa «liste d'épicerie», qui comprend notamment une révision du programme de péréquation, un plus grand financement des infrastructures et un engagement plus soutenu et concerté dans la lutte contre les changements climatiques.

Nous sommes bien loin des grands débats sur la place du Québec dans la fédération canadienne.

On pourrait penser que le contexte n'a jamais été aussi favorable pour rapiécer la courtepointe canadienne et, enfin, y rattacher le Québec dans l'«honneur et l'enthousiasme». On pourrait croire que l'arrivée triomphale de Justin Trudeau au pouvoir, porté notamment par une vague d'appuis au Québec, produirait l'engrais pour faire, enfin, mûrir le fruit constitutionnel. Mais non, nous nous sommes au contraire éloignés plus que jamais du raccommodage historique attendu depuis près de 35 ans.

«M. Couillard réclamera un engagement des chefs fédéraux pour reconnaître, le temps venu, le caractère spécifique du Québec dans la Constitution», pouvait-on lire dans La Presse en août dernier. Les trois mots importants ici sont «le temps venu», variation du «fruit pas mûr» de Jean Charest. Si le temps n'est pas venu, en ce moment, il y a fort à parier qu'il ne viendra jamais.

Pourtant, nous avons à Québec un premier ministre résolument fédéraliste et, à Ottawa, un gouvernement libéral majoritaire. Pourtant, il faudra bien un jour ou l'autre que le gouvernement Trudeau réforme le Sénat (dont 20% des sièges sont vacants en ce moment), ce qui ouvrirait la porte à des pourparlers constitutionnels. Parions que Justin Trudeau optera pour une réforme en douceur, ce qui évitera le douloureux retour aux affaires constitutionnelles. Parions que le gouvernement Couillard ne s'en plaindra pas.

Nous vivons depuis près de 35 ans dans un «statu quo de l'inachevé», mais cela ne semble absolument pas indisposer les leaders fédéralistes québécois. Pas plus que les Québécois eux-mêmes, d'ailleurs, qui ont massivement, et inconditionnellement, renouvelé leurs voeux avec le Parti libéral du Canada. Parti libéral dirigé par le fils de celui qui a imposé cette entente inachevée aux Québécois. Aurait-on bouclé la boucle? Serait-on définitivement passé à autre chose? C'est bien possible.

On dit souvent que la quête de la souveraineté est l'affaire d'une génération, celle des baby-boomers, et que cela n'intéresse plus leurs enfants et petits-enfants. Il en va de même, apparemment, du rapiéçage constitutionnel.

Une vraie première dame?

Justin Trudeau a décidé, on l'a bien vu cette semaine, de brasser la cage à Ottawa. Parité au Conseil des ministres, nominations audacieuses, place aux jeunes, retour en force de la science et priorité à l'environnement.

Un coup parti, il pourrait aussi lancer deux autres réformes: dépoussiérer les cérémonies de prestation de serment et créer, officiellement, le titre de première dame.

La chose frappait, mercredi: difficile de donner une image de modernité et de renouveau lors de la présentation du Conseil des ministres si ceux-ci sont obligés de prêter allégeance à la reine d'Angleterre (reine du Canada, aussi!) et d'évoquer l'aide de Dieu.

Quant à la première dame, contrairement aux États-Unis, ce «poste» officiel n'existe pas au Canada. Tout ce qui n'est pas clair est un peu flou. C'est le cas du statut de l'épouse du premier ministre, qui joue le plus souvent le rôle de figurante dans les événements mondains, d'accompagnatrice muette au bras de son mari ou de remplaçante de celui-ci dans les galas et autres événements où il ne peut aller. Pas de vrai bureau, pas de vrai budget, pas de vrai rôle. Pas vraiment d'influence non plus, contrairement à Michelle Obama, par exemple, qui a décidé d'utiliser son titre de première dame pour lutter contre l'obésité, surtout chez les enfants.

L'épouse du premier ministre n'est pas élue, son rôle est donc symbolique, mais le rendre officiel ferait d'elle autre chose que «la charmante épouse de». Après tout, on est en 2015, non?

Je crois bien que Sophie Grégoire, jeune femme dynamique qui ne déteste pas les projecteurs, ne s'y opposerait pas.

Qui est numéro 2?

Plusieurs lecteurs ont constaté avec surprise que Justin Trudeau n'a pas nommé de vice-premier ministre. Qu'arriverait-il donc en cas d'incapacité du premier ministre de gouverner?

On suivrait tout simplement l'ordre de préséance. Donc, dans l'ordre, les cinq premiers remplaçants seraient Ralph Goodale, Lawrence MacAulay, Stéphane Dion, John McCallum et Carolyn Bennett.

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