Beaucoup d'élus, peu d'appelés

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La référence biblique veut que devant la porte du paradis, il y ait beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. À Ottawa, mercredi matin, à la porte du Conseil des ministres, ce sera le contraire : beaucoup d'élus, mais peu d'appelés.

Une semaine avant la fin de la campagne électorale, l'entourage de Justin Trudeau avait déjà une bonne idée de qui, parmi les futurs députés, avait une bonne chance de se retrouver dans un cabinet du gouvernement Trudeau. On y voyait les incontournables Stéphane Dion et Ralph Goodale ; Dominic LeBlanc, député d'expérience et ami de la famille Trudeau depuis toujours ; vraisemblablement Marc Garneau et quelques recrues, comme le Torontois Bill Morneau, possiblement aux Finances, ou Mélanie Joly, rare candidate-vedette au Québec.

Ce qui a changé depuis, toutefois, c'est que le Parti libéral a gagné beaucoup plus de sièges que prévu, rendant un peu plus compliquée la formation du Conseil des ministres.

L'exercice est certes délicat pour un nouveau premier ministre, mais ce n'est pas l'insoluble casse-tête qu'on décrit parfois dans les textes spéculatifs.

En fait, la formule est plutôt simple et Justin Trudeau l'a simplifiée encore un peu plus en s'astreignant à atteindre la parité hommes-femmes et à s'entourer d'un nombre limité de ministres.

En partant du principe qu'on nomme un ministre par province (ce qui en fait dix au départ), puis qu'on ajoute (environ) l'équivalent de 10 % du nombre de députés élus en Ontario et au Québec et dans l'Ouest, on arrive, grosso modo, à : quatre ministres dans l'Atlantique, cinq ou six au Québec, neuf ou dix en Ontario, six ou sept dans les prairies et dans l'Ouest et un pour les territoires du ord, soit 26 ou 28 limousines. Avant même d'annoncer ses premières décisions, le premier défi de Justin est de résister à la tentation de se fabriquer un conseil des ministres luxueux (30 ministres et plus), comme la plupart de ses prédécesseurs l'ont fait.

Le plus difficile sera de dire non aux ambitieux qui s'y voyaient déjà et de ménager ensuite leur ego afin de maintenir une relative harmonie au sein du caucus. Sur 184 députés libéraux, près de 160 resteront « simples députés », ce qui fait un grand groupe de gens déçus.

Ensuite, il faudra établir le plan de communication (les 100 premiers jours sont cruciaux pour un nouveau gouvernement) et s'assurer que les ministres le suivent à la lettre, selon les priorités fixées par le premier ministre. Les dérapages et les excès de zèle des ministres trop pressés de laisser leur marque font toujours mal paraître un nouveau premier ministre.

L'étanchéité, ces derniers jours, de l'exercice menant à la formation du Conseil des ministres laisse croire que le nouveau premier ministre et son entourage exercent déjà un contrôle serré sur les troupes. Il y a beaucoup de spéculation, mais aucune certitude sur le nom des ministres et sur l'endroit où ils atterriront. Évidemment, si près du but, aucun député ne veut risquer de perdre sa place au cabinet pour avoir trop parlé.

Quelques paris sûrs : Stéphane Dion (peut-être pas à l'Environnement, toutefois) et Ralph Goodale (seul député libéral de la Saskatchewan), deux députés à qui Justin Trudeau a demandé expressément de se représenter pour garder un noyau d'expérience, devraient accéder au cabinet par la voie rapide. On s'attend aussi à voir Dominique Leblanc (Beauséjour) et Navdeep Bains (Mississauga), deux amis et organisateurs politiques de Justin Trudeau, entrer au conseil des ministres. Ajoutez aussi le nom de Chrystia Freeland (Toronto), une recrue vedette lors d'une partielle de 2013.

Parmi les recrues, outre Bill Morneau et Mélanie Joly, on entend souvent les noms de Jodi Wilson-Raybould (députée autochtone de Vancouver-Granville), Amarjeet Sohi (Edmonton), Kent Hehr (Calgary), MaryAnn Mihychuk (Winnipeg), Jane Philpott, Bill Blair (Scarborough) et Catherine McKenna.

Au Québec, les noms d'Alexandra Mendes (Brossard- Saint-Lambert), Jean-Yves Duclos (Québec), François-Philippe Champagne (Saint-Maurice-Champlain), Diane Lebouthillier (Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine) et de Marie-Claude Bibeau (Compton-Stanstead) reviennent régulièrement dans les rumeurs.

Pour un nouveau premier ministre (jeune, qui plus est) qui veut imposer un changement de garde et de ton, l'attrait de la nouveauté est indéniable, mais plusieurs de ses ministres auront fort à faire dans les premières semaines pour concrétiser les engagements de leur chef. En plus, les libéraux sont dans l'opposition depuis près de dix ans et ils devront donc rebâtir rapidement leur machine de gouvernement (chefs de cabinet, conseillers et agents de liaison).

Pensez, par exemple, au nouveau ministre de l'Environnement, qui devra d'abord décider du sort des huit milliards de litres d'eaux usées de Montréal, avant de se rendre à Paris pour le Sommet sur le climat. Ou au nouveau titulaire de l'Immigration, qui devra déployer un plan pour accueillir 25 000 réfugiés syriens ; au ministre de la Défense, qui doit orchestrer la sortie de la mission en Syrie et en Irak ; à celui des Affaires autochtones, qui aura pour mandat de mettre sur pied l'enquête nationale sur le meurtre et la disparition de femmes autochtones ; au ministre des Transports, qui devra coordonner les chantiers du programme d'infrastructures, et à celui de l'Industrie, qui trouvera sur son bureau une demande du gouvernement du Québec d'investir 1 milliard dans Bombardier.

L'excitation des nouveaux ministres qui prêteront serment ce matin à Rideau Hall fera rapidement place à une angoissante urgence de « livrer la marchandise ».

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