Les migrants débarquent dans la campagne

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Au cours des trois dernières campagnes électorales fédérales (2006, 2008 et 2011), Stephen Harper nous a habitués à le voir imposer le rythme, à dicter les enjeux et à suivre, avec une discipline qui faisait l'envie des autres partis, son plan de match sans en dévier le moindrement.

Cette fois, non seulement il ne semble pas inspiré, mais en plus, les éléments extérieurs lui tombent dessus avec la régularité des pluies de novembre.

Il y a eu l'affaire Duffy, puis les soubresauts sur les marchés financiers, suivis de la confirmation de la récession (légère, certes, mais même légère, le mot fait toujours son effet). Voilà maintenant, chose rare en politique canadienne, qu'une crise internationale s'invite avec fracas dans la campagne électorale. Une crise internationale personnifiée par cette photo affligeante d'un bambin syrien retrouvé mort noyé sur une plage de la Turquie. Un bambin syrien dont les parents, a-t-on d'abord cru hier, avaient vu leur demande de réfugié refusée par le Canada. En fait, devait-on apprendre, c'est l'oncle du petit garçon qui a déposé une demande rejetée par Ottawa.

N'empêche, cette «crise des migrants» bouleverse les plans électoraux de Stephen Harper et de ses ministres. Chris Alexander, ministre de l'Immigration, a mis sa propre campagne en veilleuse pour rentrer précipitamment à Ottawa et Jason Kenney, de la Défense, a annulé une conférence de presse. Stephen Harper, lui, est rentré à Ottawa quelques heures, question de gérer la crise.

Il est très rare qu'une grosse nouvelle internationale chamboule l'agenda d'une campagne électorale. La dernière fois, c'était le 1er mai 2011, la veille du vote, et les nouvelles étaient meilleures pour Stephen Harper: le président américain Barack Obama avait alors confirmé, tard en soirée, qu'Oussama ben Laden avait été localisé puis abattu.

Cette fois, cette «crise des migrants» en Europe s'aggrave de jour en jour et elle a fini par nous atteindre ici, à des milliers de kilomètres de cette sordide plage de Turquie. Cette famille syrienne n'avait peut-être pas déposé de demande d'asile au Canada, mais n'empêche, un oncle l'avait fait et une tante vit au Canada, en banlieue de Vancouver. Soudainement, les milliers de kilomètres et ces migrants qui formaient, jusqu'à hier matin, une masse anonyme très lointaine ont maintenant un nom et un visage.

Dans son plan de campagne, M. Harper voulait parler de lutte contre le terrorisme, du groupe État islamique, de sécurité. Certainement pas des politiques d'accueil des réfugiés et encore moins de son manque de compassion.

Hier, après un hiatus de quelques heures dans sa campagne, M. Harper a voulu montrer aux Canadiens son côté père de famille ému par ce drame en Turquie, mais la politique a bien vite repris ses droits. Entouré de militants (issus de communautés ethniques, comme par hasard), Stephen Harper a rejeté toute critique. Il a parlé d'une situation difficile, il a vanté les frappes canadiennes contre le groupe État islamique (EI) et il a aussi affirmé que le Canada en fait déjà plus que tout autre pays pour venir en aide aux populations coincées entre deux feux en Syrie et en Irak.

La politique étrangère n'a jamais été le point fort de Stephen Harper. En 2006, le nouveau premier ministre Harper avait été vertement critiqué pour son manque de compassion envers les victimes civiles de bombardements israéliens au Liban, dont sept Canadiens. Son gouvernement avait aussi été montré du doigt en raison de sa lenteur à rapatrier les Libano-Canadiens coincés au Liban.

La réalité, c'est que le Canada, investi à fond dans la coalition militaire contre l'EI, n'a pas, au cours des derniers mois, pris les mesures adéquates pour accueillir les réfugiés de cette région. C'était pourtant le moins que nous pouvions faire, sachant fort bien que notre intervention (du haut des airs) allait nécessairement toucher la population civile. En plus, ça, nous aussi nous le savions, l'intervention en Syrie a eu pour effet de renforcer le pouvoir de Bachar al-Assad, tortionnaire de son propre peuple. S'en laver les mains au moyen d'une rhétorique électorale oiseuse et sous les applaudissements de militants empruntés pour l'occasion ne peut faire oublier que le Canada a failli à ses responsabilités.

Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont, eux aussi, fait de la politique avec ce drame en attaquant durement Stephen Harper, mais à leur décharge, ils réclament depuis des semaines au gouvernement d'ouvrir les portes aux réfugiés.

Quant à la proposition du Bloc de décréter une trêve électorale pour trouver une position commune, elle a le mérite d'être constructive, mais jamais MM. Harper, Mulcair et Trudeau ne permettront à Gilles Duceppe de jouer les elder statesmen.

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