La bataille du meilleur deuxième

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On se serait cru, pendant une bonne partie du débat des aspirants chefs péquistes, jeudi soir, à Québec, dans une reprise des derniers jours de la saison dans la LNH: on sait qui finira premier, reste à départager le meilleur deuxième.

Meneur présumé de cette course, Pierre Karl Péladeau a traversé cette épreuve du feu (un débat portant sur la souveraineté du Québec) sans mal, affichant même une assurance en hausse par rapport aux premiers débats.

Ce sont ses deux principaux adversaires, Alexandre Cloutier et Bernard Drainville, qui se sont brûlé quelque peu les ailes dans des échanges musclés qui laisseront certainement des traces au lendemain de l'élection du nouveau chef.

Un néophyte assistant à ce débat aurait très bien pu conclure que MM. Cloutier et Drainville se battent pour la première place, tant les coups entre les deux ont été durs.

Visiblement, les derniers sondages donnant Alexandre Cloutier deuxième, dans cette course, ont fouetté Bernard Drainville, et celui-ci a tenté de rattraper un peu du terrain perdu. Fougueux, il a même raillé son rival de Lac-Saint-Jean en lui balançant cette phrase assassine: «L'enthousiasme, c'est bien, mais ce n'est pas une politique!»

Tout aussi combatif, Alexandre Cloutier a reproché à Bernard Dranville d'avoir changé trois fois de position référendaire depuis le début de la course. Piqué au vif, M. Drainville a répliqué en accusant son ancien collègue ministre d'avoir renié la Charte des valeurs et la politique du gouvernement Marois sur le pétrole d'Anticosti au lendemain de la défaite électorale d'avril 2014. Et pour bien enfoncer le clou, Bernard Drainville a ressorti d'un vieux tiroir le mémoire de maîtrise d'Alexandre Cloutier, daté de 2004, dans lequel il suggérait de laisser à la Cour suprême le soin de constitutionnaliser le processus d'accession à la souveraineté du Québec, ce qui, pour bien des militants péquistes, est un crime de lèse-majesté contre l'option souverainiste. Manifestement, M. Cloutier n'avait pas vu venir le coup et il a tenté de se défendre en disant qu'il s'agissait d'un texte écrit dans le cadre de ses études. (Pour la petite histoire, le directeur de recherche pour ce mémoire était Daniel Turp, ancien député du PQ et du Bloc et conseiller constitutionnel de... PKP.)

Visiblement, Bernard Drainville et son équipe ont fait des recherches sur Alexandre Cloutier pour avoir gardé en réserve de telles munitions, mais c'est Pierre Karl Péladeau que l'ancien ministre de la Charte visait d'abord et avant tout. Dès les premières minutes du débat, il a donné le ton en affirmant qu'aucun candidat ne devrait recevoir un chèque en blanc des membres péquistes et que tous devaient mettre carte sur table en vue du prochain référendum. Pour reprendre une expression à la mode ces jours-ci, M. Drainville demandait à Pierre Karl Péladeau de donner son itinéraire souverainiste avant de demander aux militants de marcher derrière lui.

«Je dis depuis le début de cette course qu'il ne faut pas trop se maganer, mais ce soir, il faut avoir des réponses. Ce soir, il faut être clair. On s'est cassé la gueule trop souvent.»

Des réponses claires, M. Drainville n'en a pas obtenu de M. Péladeau, malgré son insistance. «Pierre Karl, ou bien, tu n'as pas de plan, ce qui est inquiétant, ou bien tu en as un, mais tu ne veux pas nous le dire, et si tu es élu, on va être pognés avec. Tu as l'obligation de nous dire dans quoi tu veux nous embarquer», lui a-t-il lancé, sans toutefois ébranler son rival, plutôt calme et souriant, hier soir.

Les militants, comme c'est chaque fois le cas avec Pierre Karl Péladeau, n'ont pas semblé se formaliser du fait que ce dernier n'ait pas de plan précis en vue du prochain référendum. Par contre, ils l'ont applaudi à tout rompre lorsqu'il dit qu'il aurait très bien pu rester dans le monde des affaires, là où il avait beaucoup de succès, mais qu'il est venu en politique pour faire du Québec un pays.

Ce troisième débat officiel du PQ sur cinq - sur le thème le plus important: la souveraineté - aura définitivement scellé l'issue de cette course. Comme disait Jean-François Lisée en janvier, il est clair que les militants du PQ veulent vivre «leur moment Pierre Karl Péladeau».

Reste la course pour la deuxième place. Une course qui risque de laisser des cicatrices.

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