Alexandre Cloutier: le premier de classe

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Alexandre Cloutier se présente comme le candidat du renouveau et de l'ouverture, par opposition à ce qu'il appelle la «surenchère identitaire».

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Le mois prochain, les militants du Parti québécois éliront leur prochain chef. Notre chroniqueur a suivi et rencontré les cinq aspirants et vous les présente en rafale toute la semaine (par ordre alphabétique). Aujourd'hui: Alexandre Cloutier.

Il a été page au Sénat pendant ses études à Ottawa, puis clerc à la Cour suprême avant de partir étudier à Cambridge grâce à une bourse remise par le prince Charles en personne. À première vue, rien ne préparait Alexandre Cloutier à devenir un des jeunes leaders souverainistes les plus en vue.

Il admet d'ailleurs d'emblée que la «souveraineté, c'est venu, c'est reparti et c'est revenu».

Son constat, aujourd'hui, est toutefois sans appel: «Pour moi, l'échec du fédéralisme canadien est une évidence. J'étais d'abord un souverainiste de coeur et je suis devenu souverainiste de raison. J'aime beaucoup les Canadiens, mais je ne me sens pas canadien, comme j'aime les Français, mais je ne me sens pas français.»

La première fois que j'ai rencontré (plus longuement) Alexandre Cloutier, c'était en entrevue éditoriale à La Presse, il y a plus deux ans. Il était alors le très jeune ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement Marois et, pour tout dire, je l'avais trouvé un brin suffisant.

J'ai retrouvé le député de Lac-Saint-Jean à quelques reprises dans le cadre de la course à la direction du PQ. Visiblement, la cuisante défaite d'avril 2014 et le plongeon dans la course au leadership avec un appui, au départ, de... 0% ont amené chez lui une dose d'humilité.

En fait, j'avais peut-être confondu suffisance et assurance du premier de classe ambitieux et déterminé.

«Tout ce que j'ai eu, c'est par le travail acharné, je n'ai rien eu de gratuit, dit-il au cours d'une longue entrevue dans un restaurant de Québec. La seule façon pour moi de me démarquer dans cette course, c'est par le contenu, c'est en travaillant fort sur les enjeux parce que mon taux de notoriété est plutôt faible.»

Jeune avocat, il est entré dans un grand bureau d'avocats de Montréal, mais il a vite déchanté. «J'ai réalisé que ma vie, ce serait d'avoir une Porsche à 40 ans et j'ai compris que ça ne m'intéressait pas», dit-il.

Issu d'un milieu modeste («école publique au Lac-Saint-Jean, parents divorcés, classe moyenne, un gars normal, quoi», résume-t-il), il s'est exilé de sa région natale pour étudier à Québec, Ottawa et Montréal. Il a aussi gagné de prestigieuses bourses d'études en France et en Angleterre.

Son entrée en politique s'est faite un peu par hasard, lorsque son ami Stephan Tremblay a décidé de quitter la politique. Il lui faudra toutefois travailler pour gagner son siège à l'Assemblée nationale en 2007. D'abord, remporter une investiture contestée, puis, battre le candidat-vedette du Parti libéral, un certain Yves Bolduc. «Bolduc était coroner et directeur de l'hôpital, c'était une vedette locale. Ce que les gens ne savaient pas, c'est que j'avais 4000 membres dans mon comté, 1 électeur sur 10, et c'est comme ça que j'ai gagné, en vendant des cartes de membre.»

Cette détermination lui est utile, essentielle même, pour mener sa campagne ces jours-ci. Il avoue toutefois d'entrée de jeu qu'il n'y arriverait jamais sans l'appui et les sacrifices de sa femme. Les déplacements incessants entre Alma, Québec, Montréal et le reste de la province lui laissent à peine le temps de passer à la maison embrasser les enfants avant le dodo. «Ma femme, c'est la première qui m'a dit d'y aller, mais c'est sûr qu'avec des enfants de 2 et 4 ans, c'est elle qui ramasse les pots», dit-il.

La course est enivrante, mais il dit avoir hâte, peu importe le résultat, de retourner dans ses terres et de retrouver les siens pour faire le point. En traversant le parc des Laurentides dans une énième tempête de neige, il pense aussi à sa prochaine partie de pêche au saumon et aux morilles qui l'attendent dans les bois.

Alexandre Cloutier est un bon vivant «nature». Sportif depuis l'enfance (hockey), il n'a jamais pris de drogue et il est «plutôt contre la légalisation». «J'essaye de ne pas porter de jugement, mais pour moi, le principe de se geler, en partant, je ne suis pas trop pour ça. Ce sujet-là, ça ne m'intéresse pas trop, je vais laisser ça à Justin...»

Du gouvernement au leadership

Parti de rien, Alexandre Cloutier dit avoir été surpris et flatté par les appuis dans la communauté artistique, notamment Vincent Graton, Michel Rivard, David Marin, Yves Lambert, Vincent Bilodeau et Claude Prégent. Il est bien fier de ce «buzz», qu'il n'a pas vu venir. «Louis-Jean Cormier, par exemple, je ne le connaissais pas, c'est lui qui m'a appelé», raconte-t-il.

Au sein du caucus, il a moins d'appuis que ses rivaux Pierre Karl Péladeau et Bernard Drainville, mais il s'enorgueillit du soutien de Véronique Hivon, une députée respectée de tous à l'Assemblée nationale, et de celui du doyen François Gendron. L'appui du président des jeunes péquistes, Léo Bureau-Blouin, lui procure aussi un certain soutien chez la relève.

Alexandre Cloutier se présente comme le candidat du renouveau et de l'ouverture, par opposition à ce qu'il appelle la «surenchère identitaire». Il dit craindre de voir le PQ devenir un «parti conservateur défenseur de la ligne identitaire» et se réfugier dans un «nationalisme de ressentiment».

Ses adversaires dans la course lui reprochent à mots couverts d'avoir manqué de solidarité envers les décisions du gouvernement Marois, en particulier dans les dossiers de la Charte de la laïcité et du pétrole d'Anticosti.

Il se défend de larguer ses collègues.

Sur la charte: «Je vivais assez bien avec la proposition d'origine, sachant qu'il y aurait des consultations et que nous changerions des choses. Quand Lucien Bouchard, Jacques Parizeau, Gilles Duceppe et Bernard Landry parlent, il faut peut-être les écouter. J'étais convaincu qu'il y aurait des consultations et des arbitrages, mais nous sommes partis en élections. Maintenant, j'arrive avec une proposition proche de Bouchard-Taylor, qui m'apparaît plus près du consensus.»

Sur Anticosti, pourquoi ne pas avoir manifesté son opposition lorsqu'il siégeait dans le gouvernement Marois?

«Au Conseil des ministres, ça va vite, on a quelques minutes pour se prononcer sur des dossiers complexes et on n'a pas toujours tous les éléments en main. Des fois, c'est un peu du rubber stamp», explique-t-il.

Dans les débats avec ses rivaux, sa position référendaire est loin de faire l'unanimité. M. Cloutier propose, avant de tenir un référendum, d'obtenir la signature d'un million de Québécois.

Ce n'est qu'une des très nombreuses idées avancées par le jeune candidat dans cette course. Il propose aussi, notamment, de rétablir la taxe sur les banques (500 millions/année, dit-il) et de nommer un ministre de l'Informatique. «En Europe, dit-il, ils ont des ministres du Numérique parce qu'ils estiment que c'est aussi important que le manufacturier ou que les transports et, effectivement, c'est aussi important.»

Qui est-il?

  • 37 ans
  • Né à Alma (vit à Saint-Gédéon, avec sa femme et leurs deux enfants de 4 et 2 ans)
  • Député de Lac-Saint-Jean depuis 2007 (ministre dans le gouvernement Marois de 2012 à 2014)
  • Constitutionaliste (membre du Barreau depuis 2002)
  • Modèle politique: Lucien Bouchard, à qui il parle régulièrement. «C'est lui qui nous a amenés aux limites du pays et c'est un homme de conviction et d'intégrité. Peut-être que le fait que ce soit un gars du Lac, ça aide un peu...»

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