Un gouvernement «austéritaire»

Selon notre chroniqueur, Philippe Couillard est le plus... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Selon notre chroniqueur, Philippe Couillard est le plus conservateur des premiers ministres qu'a connus le Québec moderne.

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Ce n'était probablement pas le but de ce téléspectateur de Québec plutôt sympathique au gouvernement Couillard, mais en parlant du gouvernement «austéritaire» de Philippe Couillard, hier midi, sur les ondes de RDI, il aura commis un lapsus aussi drôle que révélateur, résumant assez bien la première année des libéraux.

L'austérité a beau n'être qu'une «vue de l'esprit» pour M. Couillard, il se trouve que c'est le premier mot qui vient spontanément à l'esprit lorsqu'on analyse cette première année de mandat libéral (cela fera exactement un an ce mardi). L'ère est à l'austérité et le gouvernement Couillard, les ministres Barrette et Coiteux en tête, mène les réformes avec autoritarisme, d'où le génie de ce lapsus: «austéritaire».

Chambardement est un autre mot qui me vient en tête parce que les actions entreprises par ce gouvernement ne se limitent pas à réduire ponctuellement les dépenses, elles remettent en cause le modèle québécois pour des années à venir. Il ne s'agit pas que de freiner les dépenses pour retrouver l'équilibre, Philippe Couillard veut aussi - il l'a assez répété - réduire la taille de l'État. 

Pour quoi faire? Pour diminuer la dette et pour baisser les impôts. Ce qui me fait dire que ce gouvernement est non seulement «austéritaire», mais que c'est aussi le premier gouvernement conservateur du Québec. Fiscalement conservateur, s'entend.

Normalement, les libéraux aiment bien se garder une marge de manoeuvre pour créer de nouveaux programmes sociaux, et même s'ils s'en remettent beaucoup aux marchés, ils croient aussi au rôle de l'État dans l'économie. 

En ce sens, Philippe Couillard est le plus conservateur des premiers ministres qu'a connus le Québec moderne. La façon dont il mène son plan de réformes, tambour battant, sans état d'âme et sans consultation, rappelle la «Révolution du gros bon sens» de Mike Harris, en Ontario, au milieu des années 90.

D'autres gouvernements avant celui-ci ont tenté de réformer le modèle québécois, mais ils ont tous dû faire des compromis, y mettre un frein ou même, parfois, reculer carrément. 

Souvenez-vous de la fameuse réingénierie de l'État de Jean Charest, en 2003. Ou de la lutte au déficit menée par Lucien Bouchard, à la fin des années 90, une opération réussie qui avait toutefois exigé beaucoup de doigté. Pour y arriver, Lucien Bouchard avait mis les grands partenaires de l'État dans le coup (centrales syndicales, patronat, étudiants, groupes sociaux). 

La méthode Couillard est différente: celui-ci laisse toute la place au front à ses ministres et ne se laisse pas ralentir par les opposants à ses réformes. Cette stratégie a pour effet de protéger le premier ministre, qui reste en retrait et n'apparaît publiquement que pour réitérer les grandes orientations générales de son gouvernement (ou pour réprimander un ministre maladroit, ce qu'il a dû faire à trois ou quatre reprises depuis un an).

Depuis six mois, le gouvernement Couillard a braqué contre lui les omnipraticiens, les syndicats, les enseignants, les regroupements étudiants, les employés municipaux, et j'en passe, mais il fait le pari que la grogne de quelques groupes est plus faible que la volonté populaire de remettre les finances publiques en ordre.

Qu'on soit d'accord ou pas avec le plan Couillard (personnellement, je crains des répercussions graves et durables en éducation), tous les stratèges politiques vous diront qu'un gouvernement qui veut mener des réformes substantielles doit les faire dans les 18 à 24 premiers mois de son mandat. Cela donne du temps et de la marge de manoeuvre pour préparer la prochaine campagne électorale dans un climat plus propice.

Les partisans de la réingénierie de l'État au Québec ont reproché à Jean Charest d'avoir trop tardé à lancer l'opération et d'avoir laissé les différents lobbys gagner la bataille de l'opinion publique. Aux États-Unis, même des démocrates alliés du président Obama lui ont reproché d'avoir tergiversé en début de premier mandat, notamment pour sa réforme de la santé, alors qu'il avait l'appui de la population et qu'il contrôlait les deux Chambres du Congrès.

Philippe Couillard, personnage cartésien, ne se laisse pas distraire facilement. La première année n'a toutefois pas été une partie de plaisir pour ce gouvernement. Le ministre de l'Éducation a sauté après seulement 10 mois en poste; plusieurs ministres ont subi des remontrances de la part de leur chef; la grogne s'installe en ce printemps chez les employés de l'État et une partie des associations étudiantes; la création d'emplois n'est pas au rendez-vous; le premier ministre a gaffé en ne parlant qu'en anglais lors d'un bref séjour en Islande; la charte de la laïcité promise par les libéraux n'est qu'un très vague projet; le bâillon a été utilisé très tôt dans le mandat pour faire passer une loi controversée; les relations avec le gouvernement fédéral sont plutôt mauvaises; la commission Charbonneau tient toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête du PLC; le ministre Barrette a dû reculer dans  le dossier du CHUM et on lui reproche dans le réseau d'être arrogant; au passage, quelques promesses électorales sont devenues des «cibles», d'autres ont été tout bonnement reniées et quelques engagements du cadre financier ont carrément pris le bord.

Une grosse année au bureau pour Philippe Couillard, qui peut néanmoins s'estimer chanceux d'être devant une opposition officielle, le PQ, très occupée à se choisir un nouveau chef et devant la CAQ, qui peine plus que jamais à s'imposer comme solution de rechange naturelle et comme championne de l'économie du Québec.

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