Mon amie la peur

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Allez faire un tour sur Google et tapez «crimes et statistiques et Canada», et vous tomberez rapidement sur un rapport plutôt encourageant de Statistique Canada qui démontre que la criminalité sous toutes ses formes (sauf les agressions sexuelles graves, il faut le noter) est en net recul au Canada.

Jugez-en par les titres des chapitres:

«On note une diminution du volume et de la gravité des crimes déclarés par la police au Canada»

«Les crimes déclarés par la police reculent dans la quasi-totalité des provinces et des territoires»

«L'ensemble des provinces et des territoires ont vu baisser leur IGC [Indice de gravité de la criminalité: NDLR] au cours des 10 dernières années»

«Le volume et la gravité des crimes déclarés par la police sont à la baisse ou sont demeurés stables dans l'ensemble des régions métropolitaines de recensement»

«Le volume et la gravité des crimes violents déclarés par la police demeurent à la baisse»

«On constate une forte baisse du nombre de vols qualifiés déclarés par la police en 2013»

Etc.

De bonnes nouvelles, donc. Après plus de neuf ans au pouvoir, on pourrait s'attendre à voir les conservateurs, champions autoproclamés de la loi et de l'ordre, se péter les bretelles, ce qui serait de bonne guerre. Hé non, pourtant. À entendre Stephen Harper et ses ministres, on a plutôt l'impression que le Canada est aussi dangereux qu'une favela de São Paulo en pleine nuit et que la «sécurité de nos rues et de nos communautés» reste la priorité nationale.

Cette paranoïa s'est une fois de plus manifestée il y a quelques jours lorsque le premier ministre Harper a suggéré qu'il est utile et prudent d'avoir une arme à feu à la maison en milieu rural. M. Harper s'est défendu d'inciter les Canadiens à se faire justice eux-mêmes, une idée «ridicule», a-t-il dit. Ce n'est pas tellement de cela qu'il est question, mais bien plutôt de l'idée même qu'il faille, en ce pays, avoir à portée de main une arme à feu pour se défendre, comme si le danger rôdait en permanence dans nos campagnes.

J'ai écrit paranoïa, mais ce n'est pas tout à fait juste. Électoralisme serait un mot plus approprié. De toute évidence, les stratèges conservateurs font le pari qu'il est plus payant électoralement d'entretenir la peur dans les chaumières que d'applaudir à la baisse de la criminalité, une réalité dont ils pourraient pourtant se vanter.

C'est pour ça que les conservateurs poussent tant pour l'adoption rapide (et avec le moins de débats possible) du projet de loi C-51 (lutte contre le terrorisme). Les experts de la protection des renseignements privés font la queue à Ottawa pour critiquer ce projet de loi et mettre le gouvernement en garde contre de possibles excès, mais qu'à cela ne tienne. Si vous êtes contre C-51, vous êtes du côté des terroristes.

C'est pour ça aussi que le gouvernement Harper veut prestement (lire: avant les élections d'octobre) adopter une loi privant de toute possibilité de libération certains criminels, une position qui va à l'encontre du principe de réhabilitation et, au demeurant, qui est vraisemblablement inconstitutionnelle. Bah, au diable les nuances, on a des élections à gagner.

On connaît la recette: entretenir un climat de peur, récupérer certains événements à des fins politiques et jouer les shérifs tout en accusant ses adversaires de mollesse et de complaisance envers les criminels. Presque de complicité, même.

Après neuf ans de régime Harper, c'est lassant. Cela démontre non seulement l'absence de scrupules à faire de la peur un allié politique, mais, surtout, une déconnexion de la réalité et un manque de vision navrant pour l'avenir.

Les conservateurs, privés des plantureux surplus qui devaient leur servir de butin électoral, se retournent plus que jamais vers la loi et l'ordre et la peur du terrorisme, quitte à piétiner au passage des faits qui démontrent que le Canada, n'en déplaise à M. Harper, reste un des endroits les plus sûrs au monde.

La recette sera sans doute payante dans certains coins du pays, mais pas au Québec, comme le démontre le plus récent sondage CROP. La grande percée au Québec n'est pas imminente, malgré le spin des derniers mois des conservateurs. Sauf, et l'exception est notable, dans la grande région de Québec. Avec 41% d'intentions de vote, et l'arrivée prochaine de Gérard Deltell, entre autres, le Parti conservateur peut non seulement espérer garder ses sièges dans la région, mais aussi faire quelques gains. C'est bien peu, direz-vous, mais de là où ils partent au Québec, tous les gains sont importants pour les conservateurs.

Ailleurs au Québec, les troupes de Stephen Harper restent exsangues. La lutte, elle se fera entre le NPD et le PLC. De décembre à mars, les libéraux de Justin Trudeau ont perdu 8% dans les intentions de vote (de 37 à 28%) alors que le NPD reste stable autour de 30%. Chez les francophones, par contre, le NPD supplante largement le PLC (33-23%).

La vraie bataille aura lieu en Ontario, où les libéraux devancent légèrement les conservateurs (le NPD, troisième, se situe autour de 20%), mais les libéraux, contrairement aux conservateurs, devront faire des gains au Québec s'ils espèrent prendre le pouvoir. Traditionnellement, ils comptent sur Montréal, mais à six mois du début de la campagne électorale, le NPD et le PLC sont à égalité à 33%.

Un NPD fort au Québec, ça fait bien l'affaire de Stephen Harper.

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