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Non, rien de rien

Vincent Marissal
La Presse

En 2007, Jean Charest savait qu'il avait fait une mauvaise campagne et il savait qu'il se dirigeait vers un gouvernement minoritaire. En 2012, il jugeait avoir fait une bonne campagne dans les circonstances, mais il savait qu'il perdrait, même si son parti a beaucoup mieux fait que prévu.

En 2011, Stephen Harper voguait vers sa première majorité et, en fin de campagne, il le savait (ce qui explique qu'il était devenu encore un peu plus désagréable avec les journalistes!). À l'inverse, Paul Martin, en 2006, savait que les carottes étaient cuites et que cette campagne était sa dernière. Un autre exemple, Gilles Duceppe, en 2011, savait que le Bloc fonçait tout droit vers le ravin. Il savait même qu'il était foutu dans sa propre circonscription.

Pourquoi je vous raconte tout ça? Pour vous dire que les chefs politiques expérimentés ont de bons réflexes, de bonnes antennes et savent lire les feuilles de thé électorales. Normalement, ils sont aussi bien entourés de gens qui sont capables de leur donner l'heure juste sans complaisance.

Pauline Marois, elle, affirme ne jamais avoir vu venir la défaite du 7 avril dernier. Dans les derniers jours de la campagne, les «échos sur le terrain» lui laissaient croire que le Parti québécois conserverait le pouvoir. Au pire, il resterait minoritaire, mais une victoire libérale était totalement exclue. Voilà du moins ce que l'ex-première ministre a confié au Devoir, dans une longue entrevue publiée cette fin de semaine. Certes, ajoute-t-elle, les sondages étaient plutôt mauvais, mais pour elle, la victoire ne faisait aucun doute.

Sans surprise, Mme Marois a expliqué au collègue du Devoir que le «choc a été brutal». Sans blague...

En campagne électorale, on entend toujours des candidats ou des organisateurs dire qu'ils ne croient pas les sondages et que «ça sent bon sur le terrain». Il s'agit, neuf fois sur dix, de candidats qui se savent battus, mais qui s'encouragent à coup de pensée magique pour finir la campagne. Dans le cas de Mme Marois et de son entourage, on est plus proche du déni que de la pensée magique. Le seul autre exemple du genre qui me vient en tête, c'est André Boisclair, ex-chef du PQ, qui était entré triomphant dans son car de tournée en affirmant à des collaborateurs incrédules que le PQ se dirigeait vers la victoire à la fin de la campagne de 2007.

Je sais qu'on ne tire pas sur les ambulances et que l'heure est aux hommages pour la carrière politique exceptionnelle de Pauline Marois (hommages auxquels je souscris sans réserve), mais comment peut-on, après une si longue carrière, justement, manquer de flair à ce point?

Les libéraux savaient à six jours du vote qu'ils allaient gagner, avec une majorité. Leur seule surprise aura été l'ampleur de la victoire. Au même moment, dans l'autocar du PQ, on mettait le champagne au frais? C'est dur à croire.

Depuis la défaite cuisante de leur parti, le 7 avril, de nombreux péquistes se plaignent d'avoir été tenus dans l'ignorance par le «war room» et accusent l'entourage de Pauline Marois (en particulier sa chef de cabinet et conseillère de toujours, Nicole Stafford) d'avoir improvisé une campagne dans le plus grand secret. Des candidats frustrés qui se plaignent du «centre» après une lourde défaite, ce n'est pas nouveau non plus, mais plusieurs candidats péquistes ne digèrent toujours pas de ne pas avoir été mis dans le coup, surtout lors de l'arrivée spectaculaire de Pierre Karl Péladeau.

Dans cette même entrevue au Devoir, Mme Marois affirme que les libéraux ont fait peur aux électeurs en brandissant la menace référendaire, menace rendue plus crédible par l'entrée en scène de PKP. J'ai l'impression que le poing levé de PKP a fait plus peur aux Québécois que les propos de Philippe Couillard sur le spectre d'un autre référendum, lui qui n'a fait que répéter ce que les libéraux disent depuis 40 ans.

Il y a 20 ans, Lucien Bouchard a presque réussi à convaincre les Québécois de voter Oui. Cette fois-ci, il a suffi de l'arrivée percutante de PKP pour que les électeurs rejettent massivement l'idée même d'un éventuel et improbable nouveau référendum. N'est-ce pas la démonstration la plus tangible du rejet d'une majorité de Québécois de l'option souverainiste?

Au Devoir, Mme Marois ajoute: «J'ai tenté tout au long de la campagne d'expliquer que jamais nous ne tiendrions un référendum si on croyait qu'on n'était pas capable d'aller chercher l'appui de la majorité de la population. [...] Mais, en même temps, je ne voulais pas fermer la porte à ce qu'on puisse en tenir un [...].» Le dilemme péquiste résumé en deux phrases.

L'arrivée de PKP dans la campagne a créé toute une commotion chez les libéraux, qui craignaient que le PQ ne vienne se battre sur leur terrain de prédilection, l'économie. L'enthousiasme référendaire du candidat-vedette a toutefois fait dévier la campagne, au grand plaisir des libéraux.

Ce constat, fait notamment par Pauline Marois, complique l'éventuelle accession à la tête du PQ de PKP, cet homme qui crédibilise l'option mais fait fuir les électeurs.




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