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L'Ontario, miroir national?

Vincent Marissal
La Presse

Entre les débats sur les choix budgétaires difficiles à Québec, les premières décisions du gouvernement Couillard et les révélations à la commission Charbonneau (sans oublier les séries éliminatoires et Xavier Dolan), on prête peu attention à ce qui se passe chez nos voisins ontariens, mais la campagne électorale qu'ils vivent en ce moment pourrait avoir des effets importants pour la suite des choses sur la scène fédérale.

Les Ontariens sont conviés aux urnes le 12 juin pour choisir un nouveau gouvernement, gracieuseté du NPD qui a rejeté le dernier budget du gouvernement libéral minoritaire de Kathleen Wynne.

Une chose frappe tout de suite dès qu'on passe quelques heures en sol ontarien: les trois principaux partis, les libéraux, les conservateurs et les néo-démocrates, ne se font pas de cadeaux. Les publicités télé et radio sont dures, directes, même personnelles, dans certains cas. Les conservateurs de Tim Hudak tentent, sans nuance, de faire des liens directs entre l'ancien premier ministre libéral, Dalton McGuinty, parti dans la controverse en 2013, après une décennie au pouvoir, et celle qui lui a succédé, Kathleen Wynne. Cette dernière évite d'ailleurs soigneusement de prononcer le nom de son ancien chef.

Pour le moment, les sondages donnent généralement un léger avantage aux libéraux, mais les conservateurs ne ménagent aucun effort pour attaquer la première ministre sortante. «L'économie de l'Ontario en arrache et Kathleen Wynne accorde une augmentation de salaire aux fonctionnaires. C'est une autre libérale à la McGuinty que l'Ontario n'a pas les moyens de garder», dit une pub radio payée par le parti de Tim Hudak.

Le bilan des années libérales se résume à des «pertes d'emplois, à des dépenses excessives irresponsables et à l'échec des politiques économiques», peut-on entendre dans un autre spot radio.

Pas en reste, les libéraux contre-attaquent en faisant des liens aussi peu subtils entre Tim Hudak et... Mike Harris, qui a quitté le pouvoir il y a 12 ans. Les libéraux soulignent à gros traits l'engagement des conservateurs de supprimer 100 000 postes dans la fonction publique. «Hudak veut relancer l'économie en congédiant 100 000 personnes», raille une pub libérale.

Entre les deux, le NPD se cherche. La chef néo-démocrate, Andrea Horwath a fait un pari risqué en défaisant les libéraux, qui avaient pourtant fait plusieurs concessions dans leur budget. Mme Horwath a peut-être pensé qu'elle pourrait répéter l'exploit de feu Jack Layton, qui avait lui aussi choisi de renverser les conservateurs de Stephen Harper en 2011, même si les «chiffres» dans les intentions de vote avant la campagne ne lui étaient pas favorables.

Dans une publicité électorale, le NPD se justifie en disant que les libéraux ont échoué et méritent de se retrouver au «banc des pénalités». Bon, c'est peut-être de saison au pays du hockey, mais les néo-démocrates semblent rater la cible, eux qui traînent, encore une fois, en troisième place.

Ne sort pas un miracle orange qui veut et Mme Horwath a été victime ces derniers jours de «tirs amis», essuyant les critiques de militants néo-démocrates de longue date. Une trentaine d'entre eux lui ont reproché, dans une lettre qui a fait l'objet d'une fuite dans les médias, de pousser son parti vers la droite pour gagner des votes. Certains ont même ajouté qu'ils ne pourraient voter NPD cette fois, laissant entendre qu'ils pourraient passer aux libéraux.

Les libéraux de Mme Wynne jouent surtout défensivement, ce qui est normal après plus de 10 ans au pouvoir.

Le chef conservateur, Tim Hudak, lui, tente visiblement de frapper l'imagination avec des propositions aussi simples que percutantes: supprimer 100 000 emplois dans la fonction publique, créer 1 million d'emplois, réduire la taille de l'État et l'amener à «vivre selon ses moyens». Le chef conservateur veut aussi baisser les impôts de 10%, ce qui a fait dire aux libéraux que M. Hudak fait du «vaudou économique».

M. Hudak promet aussi de réduire le nombre de ministres à 16 (il y en avait 27 dans le gouvernement Wynne). «Dans une assemblée [Queen's Park] de 107 députés, il n'y a pas de raisons d'avoir plus de 16 ministres», tranche M. Hudak. Il n'a pas tort, cela dit, et cela vaut aussi pour le Québec (125 députés), qui se paie systématiquement des Conseils des ministres luxueux et dépourvus d'imagination.

Évidemment, les partis fédéraux suivent ce qui se passe dans la plus grande province canadienne avec intérêt. D'autant plus que contrairement au Québec, les partis provinciaux ontariens entretiennent des liens organiques et organisationnels sans pudeur avec leurs cousins fédéraux. Cette semaine, par exemple, l'ancien premier ministre libéral fédéral, Paul Martin, est allé faire campagne avec Kathleen Wynne et il ne s'est pas gêné pour écorcher les conservateurs, provinciaux comme fédéraux. Mme Wynne elle-même a lancé sa campagne avec une salve contre Stephen Harper (à propos des régimes de retraite).

À 15 mois de la prochaine campagne fédérale, toutes les forces politiques voudraient bien faire en Ontario, même si un succès sur la scène provinciale n'est pas nécessairement gage de pouvoir au provincial.

Le test est particulièrement important pour les libéraux. Après avoir survécu en Colombie-Britannique (Christy Clark a conservé le pouvoir contre toute attente en 2013) et après une résurrection au Québec, un autre «miracle» en Ontario leur donnerait des ailes. Si, en plus, les libéraux fédéraux devaient rafler Trinity-Spadina (ancienne circonscription d'Olivia Chow à Toronto) au NPD lors des partielles du 30 juin, ce serait la cerise sur le gâteau.

Pour le NPD, en revanche, une débâcle en Ontario serait du plus mauvais augure.




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