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De Sénèque à Montaigne, de Bouchard à Couillard

Vincent Marissal
La Presse

L'un était péquiste et citait Sénèque, l'autre est libéral et cite Montaigne; l'un a présenté son premier discours inaugural il y a 18 ans alors que l'autre l'a fait hier. Pourtant, les similitudes entre les deux exposés étaient tellement nombreuses que quiconque les a entendus ne pouvait que conclure que les années passent, mais que les problèmes de l'État québécois restent.

Lucien Bouchard était un meilleur orateur et avait un meilleur rédacteur de discours (un certain Jean-François Lisée, maintenant député de Rosemont, assis hier en face sur les banquettes péquistes). Il était aussi plus inspiré et poétique. En 1996, lançant son opération «déficit zéro», il avait ressorti, pour passer son message, cette citation de Sénèque: «Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que les choses sont difficiles.» Bien dit.

C'est devenu, dans les annales des discours politiques du Québec, «oser», le verbe clé, répété des dizaines de fois pour bien faire comprendre aux Québécois que l'heure des décisions était venue.

Lucien Bouchard avait prévenu que l'assainissement des finances publiques était devenu nécessaire et annonçait des moments difficiles.

Il ajoutait: «Les finances publiques du Québec, et d'ailleurs du Canada, sont dans une situation difficile parce que, pendant près de dix ans, on n'a pas osé faire le ménage qui s'imposait. On n'a pas osé faire les choix nécessaires. On n'a pas osé mécontenter tel ou tel groupe, on n'a pas osé prendre ses responsabilités et mettre les Québécois devant leurs responsabilités. Nous savons que moins nous oserons, plus les choses seront difficiles.»

Pour M. Bouchard, c'était devenu une obsession. Je me souviens de lui avoir posé une question à propos de la demande du report des compressions formulée par les grandes centrales syndicales. «Non, non et non, s'était-il emporté. C'est ça le problème, au Québec: on ne prend pas nos responsabilités, on pellette toujours par en avant!»

Philippe Couillard est moins sanguin que Lucien Bouchard, mais il pose, sur les finances du Québec, le même diagnostic et propose, à peu de choses près, le même remède.

De Bouchard à Couillard, 18 ans ont passé, mais les mots sont pratiquement les mêmes: «Nous avons débattu de mesures ponctuelles sous un gouvernement et un autre, a dit le premier ministre libéral. Mais les vraies réformes ont été repoussées. Parce que ce parlement était divisé. Ce qui aurait été souhaitable il y a 15 ans, ce qui aurait été nécessaire il y a 10 ans devient aujourd'hui une urgence.» (Au fait, ce constat n'est pas exactement un compliment à son prédécesseur, Jean Charest, qui a été au pouvoir neuf des dix dernières années!).

Puis, M. Couillard ajoute: «Nous avons tendu au maximum les élastiques de l'endettement et de la fiscalité, mettant en péril notre compétitivité par rapport à nos voisins. Notre État est très présent dans l'économie; il faut lui redonner son rôle de partenaire, de navigateur, plutôt que d'exécutant. Lorsqu'il investit dans un projet, il faut que les risques soient répartis équitablement entre nos partenaires et le contribuable.»

Le credo du gouvernement se résume ainsi: «La démonstration d'un besoin ne signifie pas l'engagement automatique de l'État.» Note aux ministres: habituez-vous à vous faire dire non!

Le ton est clair. C'est le même que pendant la campagne électorale: réduire la taille de l'État, revoir la fiscalité, réviser la pertinence des programmes, tout cela sans augmenter les taxes et les impôts. On y revient: il n'y a pas 56 pistes de solution, faudra nécessairement faire des coupes.

Aux syndicats et aux employés de l'État, M. Couillard présente son plan comme un nouveau partenariat, mais ceux-ci auront bien compris qu'ils sont, comme à l'époque de M. Bouchard, dans le collimateur.

Il faudra attendre le premier budget Leitao (attendu début juin) pour connaître les détails de l'opération dégraissage, mais déjà, on voit des morceaux se mettre en place. Le gouvernement Couillard veut réduire le budget des commissions scolaires et entend, au besoin, forcer la main des employés municipaux. Les ministres Pierre Moreau, Sam Hamad et François Blais sont allés hier midi le dire en personne aux employés municipaux réunis devant l'Assemblée nationale.

D'autres décisions impopulaires viendront. Il est évident, depuis hier, que le gouvernement Couillard prépare le retrait de la participation provinciale (300 millions) dans le projet de cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie. Pendant la campagne électorale, le chef libéral reprochait pourtant à son adversaire de la CAQ, François Legault, de ne pas aimer les Gaspésiens, lui qui voulait annuler l'engagement du gouvernement Marois d'investir dans cette cimenterie.

Ce n'est pas le seul rapprochement postélectoral entre le PLQ et la CAQ. On note plusieurs idées caquistes dans le plan de compression dans l'appareil de l'État dessiné par le nouveau gouvernement.

«C'est pourtant le même Philippe Couillard qui disait en campagne électorale que ce serait l'anarchie au Québec avec Legault premier ministre!», m'a lancé, narquois, un conseiller du chef de la CAQ.

Philippe Couillard ira-t-il aussi loin, aussi vite que le proposait François Legault? Le ton est ferme, mais on a vu, avant lui, des premiers ministres tout aussi déterminés manquer de souffle après quelques affrontements épuisants avec les groupes visés par le grand ménage et les nouveaux «partenariats».

Premier test économique: le budget, dans quelques jours. Premier test politique: la rentrée parlementaire d'automne, qui pourrait, selon toute vraisemblance, rallumer quelques foyers de contestation.




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