| Commenter Commentaires (45)

Les «voleurs» d'élection

Vincent Marissal
La Presse

En criant à la tentative de fraude électorale et en soupçonnant même un «vol» d'élection, les hautes instances du Parti québécois (PQ) ont affirmé qu'un lourd danger planait sur la démocratie québécoise.

Il y a bel et bien une menace dans cette affaire, mais elle causera vraisemblablement plus de tort au Directeur général des élections du Québec (DGE) qu'à notre démocratie ou qu'au PQ.

Dès dimanche (la nouvelle d'une augmentation inhabituelle du nombre d'inscriptions de personnes anglophones ou allophones a été publiée samedi matin dans Le Devoir), et avant même d'entendre les explications du DGE, la première ministre elle-même a exigé que l'organisme fasse preuve de vigilance afin d'éviter les fraudes possibles.

Les mots «fraude», «vol», «tricherie» ou «coup monté» se sont aussitôt mis à circuler dans les rangs péquistes.

Puis, dimanche matin, deux ministres et un député (Bertrand St-Arnaud et Nicole Léger, accompagnés de Léo Bureau-Blouin) sont aussi montés aux barricades pour dire, entre autres choses, que cette élection ne doit pas être volée par des Ontariens.

Manoeuvre électorale ou réel danger? Le PQ crie-t-il au loup ou s'inquiète-t-il avec raison?

Chaque accroc au processus électoral est une menace à l'intégrité de la démocratie, mais la réaction du PQ est disproportionnée par rapport à la «fraude» appréhendée.

Sonner l'alarme, rester alerte, soit, mais il aurait été plus sage de la part du PQ d'attendre la sortie du DGE plutôt que de semer un doute sur ses capacités à contrecarrer les fraudes.

En exigeant du DGE qu'il fasse preuve de vigilance, la première ministre laisse entendre que cet organisme fait preuve de laxisme.

Bertrand St-Arnaud, lui, n'est pas que député sortant de Chambly. C'est aussi le ministre de la Justice et, à ce titre, le procureur général du Québec. Je sais bien que nous sommes en campagne électorale, mais l'indépendance des organismes de l'État, comme le DGE, ne peut être soumise aux jeux politiques.

D'autant que si vous lisez bien les explications du DGE, vous apprendrez que les demandes illégitimes (notamment d'étudiants du ROC) ont été rejetées. Par ailleurs, apprend-on aussi, les demandes de révision à la liste électorale sont en baisse par rapport à 2012. Ce n'est pas comme si l'Ontario nous avait envoyé un long convoi d'autobus d'électeurs frauduleux.

Et si tel était le cas, il aurait fait un bien curieux choix de circonscriptions. Saint-Henri-Sainte-Anne et Westmount-Saint-Louis sont libérales depuis toujours. Dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, le plus grand ennemi du député péquiste sortant, Daniel Breton, c'est Manon Massé, de Québec solidaire, pas quelques étudiants ontariens.

Dans Sherbrooke et Saint-François, se pourrait-il que des étudiants de Bishop's aient entendu récemment l'appel des urnes en raison du débat pré-référendaire? Possible, mais s'ils ne remplissent pas les conditions de leur «qualité d'électeur», ils ne votent pas, point.

Les règles sont claires: avoir 18 ans, être citoyen canadien, être domicilié au Québec depuis au moins six mois (payer ses impôts au Québec, avoir une carte d'assurance maladie ou un permis de conduire de la province; un bail, toutefois, ne suffit pas).

Une campagne flash

Mercredi dernier, Vieux-Montréal, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, entouré d'une trentaine de candidats, a présenté son programme électoral.

Moins d'une heure plus tard, c'était réglé. Programme électoral, point de presse. Fini. On remballe le décor multicolore et le lutrin, on éteint les projecteurs, on débranche les caméras et hop! The show must go on!

Des mois de travail, de réflexion et de stratégie électorale expédiés en moins de temps qu'il en faut pour faire votre épicerie.

J'ai eu un flash: mai 1997, Saskatoon, mes collègues et moi enfermés à huis clos dans un hôtel pendant deux heures pour lire le Livre rouge tome 2 du Parti libéral du Canada. Spécialistes disponibles sur place et conférence de presse avec Jean Chrétien et quelques ministres ensuite. La journée y avait passé. Et les journées suivantes aussi.

Mercredi, le programme de la CAQ aura vécu le temps des bulletins d'information du midi. Et encore.

En fait, François Legault a passé la journée (et la semaine) à parler de référendum, de pourquoi ça ne lève pas, de sondages. Au final, on a passé presque autant de temps à parler de cette sotte d'attachée de presse de la CAQ qui a été virée pour avoir parlé de son intimité sexuelle sur les ondes d'une radio de Québec que du programme de la CAQ.

Au risque de paraître nostalgique, il me semble que la durée de vie d'une nouvelle était plus longue «dans le temps» (j'ai 47 ans!). Avant les réseaux sociaux, je veux dire.

Ça va vite aujourd'hui. Le cycle de vie d'une nouvelle est d'environ quatre heures. Parfois moins.

À qui la faute? Les médias? Les partis? L'époque?

En réaction à l'omniprésence du fast-food, des contre-révolutionnaires de la gastronomie ont inventé, il y quelques années, le «slow food».

Les partis politiques auraient peut-être intérêt à revenir au «slow campaigning».




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer