Harper ne savait rien, vraiment?

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Depuis quelques jours, les rares membres de la faune politico-médiatique qui ne sont pas encore en vacances sur la Colline du Parlement, à Ottawa, attendent le prochain remaniement ministériel de Stephen Harper et se demandent quels seront ses effets rassérénants à court terme pour ce gouvernement malmené.

La réalité, c'est que l'aura de Stephen Harper est déjà sérieusement amochée et qu'après les nouvelles révélations de l'affaire Wright-Duffy contenues dans des documents d'enquête de la GRC, rendues publiques jeudi soir par CTV-NEWS, il faudra plus qu'un remaniement, même majeur, pour faire oublier les turpitudes sénatoriales impliquant directement le bureau du premier ministre.

Nous savions déjà que le sénateur conservateur (devenu récemment indépendant après avoir été répudié par ses anciens maîtres et collègues) Mike Duffy a touché des allocations de logement et de déplacement auxquelles il n'avait pas droit (90 000$ environ).

Nous savions aussi que selon la version officielle, c'est l'ancien chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, qui a donné de sa propre poche les 90 000$ à Mike Duffy pour qu'il rembourse le Sénat.

Ce que les documents d'enquête révèlent maintenant, c'est que le bureau du premier ministre et les dirigeants du Parti conservateur avaient décidé, au départ, d'utiliser les fonds du parti pour permettre à M. Duffy de rembourser. Rappelons que la CBC nous apprenait, le mois dernier, l'existence au bureau du premier ministre d'une «petite caisse» garnie d'environ un million$ provenant du parti et administrée par le chef de cabinet.

C'est là que l'histoire se complique: apprenant que la somme à rembourser par Mike Duffy n'était plus de 32 000$ mais bien de 90 000$, le responsable du Fonds conservateur, le sénateur Irving Gerstein, a décidé que le parti ne paierait plus. Pour des gens très portés sur la morale et le droit et l'ordre, les conservateurs ont des drôles de principes: éponger 32 000$ d'argent obtenu illégalement, ça passe, mais pas 90 000$!

Il semble que c'est après ce refus de payer du PCC que Nigel Wright a décidé de sortir son chéquier (remarquez, on n'a pas encore vu le chèque et on ne sait pas si M. Wright devait être remboursé ultérieurement) et qu'il a donné, de son propre chef, les 90 000$ au sénateur Duffy. En acceptant ce don, M. Duffy aurait donc contrevenu à la loi en touchant un avantage indu.

Cette version étoffée par l'enquêteur de la GRC chargé du dossier semble donc confirmer celle défendue par Stephen Harper, qui n'était, apparemment, pas au courant des détails de l'affaire.

Il y a toutefois un gros hic. On apprend aussi maintenant que le conseiller juridique de M. Harper, Benjamin Perrin, était au fait de l'entente Wright-Duffy, ce qu'a toujours nié le premier ministre.

Au moins trois conseillers seniors du premier ministre savaient (le chef de cabinet, Nigel Wright, le conseiller juridique, Benjamin Perrin et le directeur de la gestion des dossiers, Chris Woodcock), de même que le responsable du Fonds conservateur, le sénateur Irving Gerstein et, vraisemblablement, la haute direction du PCC. Ça commence à faire beaucoup de monde dans l'entourage immédiat de Stephen Harper, mais jusqu'à preuve du contraire, rien ne permet d'affirmer qu'il était au courant.

C'est à cette défense que s'accrochent les conservateurs, mais tous les parapluies juridiques brandis au-dessus de la tête de Stephen Harper ne peuvent faire oublier qu'il a les deux pieds dans la bouette morale. Son bureau, dont son chef de cabinet et son propre conseiller juridique, a essayé de couvrir une vulgaire fraude de notes de frais pour étouffer une controverse politique.

Le scénario avancé de remboursement à même le Fonds conservateur n'est guère plus honorable puisqu'il s'agit (en partie) d'argent public obtenu par subventions électorales versées aux partis et de dons de particuliers déductibles d'impôt.

Je ne crois pas que les bons militants grass roots du PCC donnent de l'argent à leur parti pour rembourser les extras d'un sénateur véreux. Il s'agit, tout simplement, d'un détournement de dons politiques!

Il y a dans cette histoire tout ce que ces militants exècrent: un sénateur non élu, gavé et planqué à souhait, des dépenses injustifiées, des mensonges, des magouilles et un manque de transparence total dans le petit cercle omnipotent entourant le premier ministre.

Comme par hasard, on a appris cette semaine que la leader du gouvernement au Sénat, Marjorie LeBreton, abandonne ce poste. Son successeur ne siégera plus au conseil des ministres, a par ailleurs décidé Stephen Harper, question de prendre ses distances du Sénat.

Il est vrai que pour quelqu'un qui voulait abolir ou réformer le Sénat, M. Harper y a tissé des liens politiques extrêmement serrés. Mme LeBreton, sa femme de confiance à la Chambre haute, a contribué à édulcorer un rapport accablant sur les dépenses de Mike Duffy; le sénateur Gerstein est chargé du Fonds conservateur et Mike Duffy était devenu, en raison de sa notoriété au Canada anglais, un agent de promotion du Parti conservateur.

Le sénateur Duffy animait les assemblées publiques de M. Harper avec des citoyens et il faisait campagne d'un bout à l'autre du pays, refilant ses frais de déplacement au Sénat.

Mike Duffy travaillait pour le Parti conservateur et pour le premier ministre, pas pour le Sénat. Pas étonnant qu'ils aient fait tant d'efforts pour le sortir du pétrin. C'était probablement dans le «deal».

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