Le Canada, un pas pire «deal»

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La question posée dimanche par Dominique Poirier aux trois candidats à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) était pourtant simple: «Avortement, mariage gai, registre des armes, monarchie, jeunes contrevenants, plusieurs Québécois ressentent un choc des valeurs avec le gouvernement fédéral et ne reconnaissent plus leur Canada. Vous, reconnaissez-vous votre Canada?»

Que d'acrobaties de la part de MM. Couillard, Moreau et Bachand pour ne pas répondre! Surtout, ne pas critiquer le gouvernement fédéral, comme si le fait d'être fédéraliste interdisait toute critique du système qu'on défend ou, à tout le moins, du gouvernement en poste à Ottawa.

Cela devrait pourtant être le contraire. Personne n'est mieux placé pour critiquer le fédéral que les fédéralistes, à qui on ne peut reprocher de vouloir faire la démonstration que ce système ne fonctionne pas.

Mais depuis le grand traumatisme de Meech, les libéraux du Québec sont devenus muets devant Ottawa, au point d'avoir l'air serviles. Ou résignés.

Il n'y a rien de séditieux à dire que le gouvernement Harper tire le pays à droite, là où une majorité de Québécois ne se sentent pas à l'aise (comme dans d'autres coins du Canada, d'ailleurs). On ne s'attend pas à ce que les libéraux du Québec partent ouvertement en guerre contre le gouvernement conservateur, comme l'avait fait Danny Williams à Terre-Neuve il y a quelques années, mais de là à baisser les bras, il y a une marge.

Selon Philippe Couillard, c'est faire le jeu des souverainistes que de «tomber dans les mythologies multiples» en critiquant les orientations du gouvernement fédéral ou de parler de choc des valeurs. Le jeu des leaders souverainistes est bien connu, et personne n'est dupe des manoeuvres politiques parfois grossières, mais ils n'ont pas nécessairement tort de dénoncer, comme le font bien des Québécois, les orientations conservatrices.

Seul Pierre Moreau s'est avancé un peu en disant que «quand on n'aime pas le gouvernement, on ne change pas de pays, on change de gouvernement». Bref, semble dire M. Moreau, c'est un mauvais moment à passer...

Quant à Raymond Bachand, il a surtout parlé des ententes financières avec Ottawa, comme un entrepreneur parlerait de ses relations avec ses associés ou avec ses financiers. En gros, le Canada est un pas pire deal, un mariage de raison, dont on n'attend plus grand-chose. À défaut de mieux, on s'y fait. Et puis, quand ça ne va vraiment pas, on s'en remet aux tribunaux pour régler ses différends.

La résignation des libéraux est surtout palpable lorsqu'on reparle des revendications constitutionnelles du Québec. Philippe Couillard s'est fait rabrouer par ses deux rivaux parce qu'il souhaite obtenir, un jour, la reconnaissance constitutionnelle de la «spécificité» du Québec. M. Bachand a répondu qu'il n'a pas l'intention de «perdre du temps» sur ces questions s'il devient chef du PLQ ou premier ministre.

Pierre Moreau nous a même ressorti le fameux fruit constitutionnel pas mûr, en ajoutant qu'il ne faut pas bousculer le reste du pays avec nos demandes. De toute façon, a lancé M. Moreau, «il n'y a aucune conséquence pour les Québécois de ne pas avoir signé l'acte constitutif».

Pierre Moreau n'a pas tort sur le fond: le Québec jouit des mêmes droits constitutionnels que les autres provinces. Rien dans le régime actuel ne l'empêche d'exercer ses pouvoirs dans ses champs de compétence ou de se voir confirmer par la Cour suprême ses droits et prérogatives, comme ce fut le cas encore récemment pour la Commission des valeurs mobilières ou pour les données du registre des armes à feu.

Non, le régime constitutionnel actuel, inachevé depuis 1982, n'est pas le goulag politique et juridique que certains décrient, et il est vrai que cela ne change pas grand-chose, au jour le jour, mais la position de Pierre Moreau est un signe de résignation, presque de fatalité. Celle de Raymond Bachand est purement «business».

Difficile de défendre et de faire aimer le fédéralisme quand on se contente de si peu. En ce sens, la position de Philippe Couillard, qui dit notamment qu'il faut parfois aider le fruit à mûrir, est plus courageuse.

Il n'a pas été question seulement de fédéralisme dans ce deuxième débat; on a aussi beaucoup parlé d'intégrité, de corruption, de gestion des contrats publics.

Cette fois, pas question d'attendre que le fruit soit mûr. Les libéraux sont tellement ébranlés par les scandales des dernières années qu'ils sont prêts à tirer sur les branches de l'arbre pour que ses fruits sortent plus vite!

Pour un homme qui a si longtemps défendu la décision de son chef de ne pas créer de commission d'enquête, Pierre Moreau a complètement viré capot et propose maintenant de rendre l'exercice permanent. Une belle illustration du dicton voulant que trop, c'est comme pas assez!

Une commission d'enquête, comme celle de la juge Charbonneau, vise à remonter les filières et à expliquer les stratagèmes. Une telle entreprise peut prendre du temps, mais elle ne devrait pas être permanente. Il y a déjà la police et l'Unité permanente anticorruption (UPAC) pour arrêter les profiteurs de ces stratagèmes.

Par contre, la proposition de M. Moreau d'adopter une loi protégeant les dénonciateurs aurait dû être appliquée depuis longtemps. M. Moreau et ses collègues libéraux auraient même pu l'adopter quand ils étaient au pouvoir.

vincent.marissal@lapresse.ca

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