Club 357c: être membre a ses privilèges

Le club privé 357c, occupe un immeuble historique... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Le club privé 357c, occupe un immeuble historique entièrement rénové rue de la Commune, dans le Vieux-Montréal.

Photo Robert Skinner, La Presse

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Lorsqu'il a inauguré son club 357c, un lieu magnifique dans lequel il a investi plus de 50 millions, Daniel Langlois rêvait d'en faire «un espace de rencontre où les artistes et les gens d'affaires pourront échanger».

«Parce qu'aujourd'hui, disait-il dans une entrevue au Devoir il y a près de 10 ans, l'équilibre d'une société, je pense, repose là-dessus: sur la synergie entre le monde des arts et celui des affaires.»

La synergie qui est exposée depuis deux jours devant la commission Charbonneau n'est pas tout à fait celle dont rêvait Daniel Langlois. On reconnaît plutôt les mêmes acteurs - toujours les mêmes, à quelques variables près - du monde politique et de la construction, du génie, des affaires, réunis autour de festins dans des lieux riches, en train, selon ce qu'ils voudraient nous faire croire, de parler de la pluie et du beau temps.

Lorsque Daniel Langlois disait vouloir réunir le monde des arts et celui des affaires, il ne pensait probablement pas à des rencontres entre une ministre de la Culture et des bonzes de la construction et de l'immobilier.

Mais ce n'est pas de Daniel Langois qu'il est question ici, pas plus qu'on ne peut blâmer la famille Molson quand des ministres acceptent des billets dans une loge du Centre Bell pour un spectacle de Céline.

La défense de l'ancienne ministre Line Beauchamp dans cette affaire est cousue de fil blanc. Elle dit être allée deux fois dans ce club privé pour rencontrer, à sa demande, des «intervenants économiques» de Montréal et qu'elle tenait ce genre de réunion pour garder le contact avec les gens et, ainsi, éviter de s'enfermer «dans une tour d'ivoire au sein de [ses] ministères».

Voyons cela. Depuis quand organise-t-on des petits-déjeuners secrets dans des clubs privés pour «rester proche des préoccupations des gens» et pour éviter de se faire reprocher de vivre dans une tour d'ivoire?

Et puis, il y a une grande différence entre des «intervenants économiques» et des promoteurs immobiliers, qui plus est entrepreneurs à la tête de géants du monde de la construction et qui gravitaient autour de grands projets immobiliers et du fameux contrat des compteurs d'eau de la Ville de Montréal.

Mme Beauchamp dit qu'elle ne pouvait pas savoir que ces gens étaient peu fréquentables. Soit, bénéfice du doute. Mais elle devait bien savoir - sinon son conjoint de l'époque, Pierre Bibeau, aurait pu le lui dire - que la famille Catania compte parmi les plus généreux donateurs à la caisse du Parti libéral du Québec.

Entre 2000 et 2010, la grande famille Catania a versé près de 55 000$ au PLQ, dont 8000$ en 2007, année des petits déjeuners au 357c, et 12 500$ l'année suivante. Le PQ avait estimé, plus tôt cette année, que les dirigeants de Frank Catania Construction ont versé 40 000$ au PLQ en 2008.

Rien d'illégal, soit, mais ça donne tout de même un petit avantage quand on veut rencontrer la ministre responsable de Montréal et, accessoirement, conjointe d'un influent organisateur. Être membre a ses privilèges. Membre du club privé ayant accès aux ministres du gouvernement.

Il faut rappeler que c'est la même Line Beauchamp, accompagnée du même Pierre Bibeau, qui avaient rencontré des entrepreneurs louches (et même carrément un mafieux du nom de Domenico Arcuri) lors d'un petit-déjeuner au Piccolo Mondo, à Laval, au cours duquel 61 000$ avaient été amassés pour le PLQ. Une autre façon de rester proche des préoccupations du peuple?

Parlons lobbyisme...

Ces histoires intrigantes du 357c sont en train d'ouvrir une nouvelle porte dans le fil des travaux de la commission Charbonneau: les activités de lobbyisme.

Rencontrer, en privé, des titulaires de charge publique pour discuter business, c'est, selon la loi, du lobbyisme. Ce qui veut dire que les «intervenants économiques» devraient être inscrits au registre des lobbyistes et que leurs rencontres avec des membres du gouvernement devraient être consignées dans un registre public.

Selon Line Beauchamp, on ne parlait pas business dans ces petits-déjeuners. La pluie et le beau temps, c'est vrai, j'oubliais...

Pourtant, Mme Beauchamp a elle-même raconté hier après-midi à la radio de Radio-Canada que des entrepreneurs mécontents l'avaient apostrophée sans grand ménagement durant ces rencontres pour lui dire que la formule PPP retenue par son gouvernement les indisposait, les désavantageait. C'est pas du lobbyisme, ça?

Faudrait demander au commissaire au lobbyisme, ce que Québec solidaire veut faire. Bonne initiative.

C'est moins spectaculaire que les révélations-chocs devant la commission Charbonneau, mais c'est tout aussi important. Cela permettrait de départager les rencontres avec les «intervenants» et celles avec les «intéressés».

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