Le théâtre et la réalité

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Les libéraux vont voter contre le budget Marceau. La Coalition avenir Québec (CAQ) l'a rejeté avant même de l'avoir lu. Québec solidaire est amèrement déçu. En principe, donc, nous serons de nouveau en campagne électorale sous peu, en plein temps des Fêtes.

Ça, c'est pour le théâtre.

La réalité, c'est que les libéraux, privés de chef et ébranlés par la commission Charbonneau, vont laisser passer ce budget.

Le calcul politique, c'est de critiquer, de dénoncer, de s'indigner même, mais le vrai calcul, bêtement arithmétique celui-là, est de s'assurer, le jour du vote à l'Assemblée nationale, de laisser juste assez de députés libéraux à l'extérieur du Salon bleu pour que les

55 péquistes l'emportent.

En période de gouvernement minoritaire, la réalité est toujours plus forte que la politique. D'autant plus qu'au-delà du déchirage de chemises habituel, il n'y a pas de quoi monter aux barricades électorales pour un budget pareil.

Un budget incomplet, a dénoncé le libéral Raymond Bachand. Un budget qui manque de vision, a renchéri le caquiste François Legault. Un budget décevant, a conclu la solidaire Françoise David.

Les partis de l'opposition n'ont pas tort. Ce budget est bâclé, écrit en catastrophe, imprécis, il met de côté des promesses importantes de la dernière campagne péquiste et manque terriblement d'imagination. Pas sûr que le prof Marceau aurait donné une très bonne note à un étudiant qui lui aurait apporté un travail semblable, du temps où il enseignait l'économie à l'UQAM.

Nicolas Marceau l'a répété à quelques reprises: il a manqué de temps pour concrétiser certains engagements majeurs de son parti dans son premier budget. Soit, mais pourquoi diable fallait-il alors précipiter le dépôt de ce budget, en le devançant de quatre ou cinq mois?

La réponse est purement politique: le gouvernement Marois voulait annoncer ses couleurs dès maintenant, même si le tableau est incomplet, sachant fort bien que l'opposition n'est pas en position de le renverser (même la CAQ, malgré la bravade de son chef).

Résultat, il manque quelques pièces maîtresses du plan Marois, dont un nouveau régime de redevances minières, maintes fois promis pendant la campagne. Rien, non plus, sur l'exploitation pétrolière. Rien, ou presque, en environnement, en transports en commun, en innovation, en nouvelles technologies. Un budget des années 80, en somme, qui hausse les taxes sur les cigarettes et sur l'alcool et qui mise sur les nouvelles machines de loterie vidéo de Loto-Québec...

Imposer davantage les riches et taxer les banques ne sont pas des mesures très originales, mais elles seront populaires auprès des électeurs.

Il faut dire que M. Marceau a fait ce qu'il a pu dans un contexte incertain. Le ministre des Finances est menotté par la conjoncture économique difficile, par les mauvaises surprises laissées par le précédent gouvernement, par ses engagements (notamment celui d'abolir la hausse des droits de scolarité) et, surtout, par cette inamovible cible d'atteinte du déficit zéro, dès l'an prochain.

Heureusement pour le gouvernement Marois, le Parti libéral, qui forme l'opposition officielle, est lui aussi menotté en ce moment.

À défaut de pouvoir assouvir ses ambitions, Nicolas Marceau règle ses comptes avec le précédent régime.

Les trois ou quatre premières pages du discours de son budget se lisent comme un acte d'accusation contre le gouvernement Charest.

«On n'a pas aimé ce qu'on a trouvé en arrivant au pouvoir et on ne se privera pas de leur dire», a résumé mardi un proche collaborateur du ministre Marceau. Cela dit, M. Marceau, ses collègues et ses conseillers se défendent bien de vouloir provoquer l'opposition. Au contraire, disent-ils, les libéraux devraient apprécier, notamment, la préservation du Fonds des générations, une de leurs créations, chère à Raymond Bachand.

Quelques gestes timides aussi vers la CAQ (diminution du personnel, par attrition, chez Hydro-Québec et légère baisse du financement des commissions scolaires). Pour François Legault, ce sera trop peu, trop lent. Le chef de la CAQ votera contre, même si cela doit provoquer des élections, a-t-il tonné mardi. Mais comme la Fédération des chambres de commerce du Québec applaudit la «recherche de l'équilibre» du budget Marceau, les libéraux devraient pouvoir le laisser passer sans perdre leur âme.

Parions, de toute façon, qu'il ne restera pas grand-chose de ce budget lors de la prochaine campagne électorale.

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