Au nom du père... et du fils

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Vincent Marissal

Justin Trudeau a confirmé mardi soir, dans sa circonscription, le secret le moins bien gardé au pays: il se porte candidat à la direction du Parti libéral du Canada (PLC), poste occupé jadis par son père.

En attendant des adversaires dans son propre parti, qui ne viendront peut-être pas, Justin Trudeau a plutôt visé Stephen Harper, devant des militants gagnés d'avance.

L'inexpérience (et la nervosité) l'a toutefois rattrapé en point de presse, un exercice laborieux que son entourage a écourté. C'est le métier qui entre, mais dire au Québec que le rapatriement de la Constitution a été fait par son parti pour améliorer le pays n'est peut-être pas l'idée du siècle!

Le nouveau candidat à la direction du PLC se lance ce matin dans une tournée du Canada, qu'il parcourra dans tous les sens au cours des prochains mois.

Premier arrêt: Calgary, ce midi, puis Vancouver ce soir. Cette escale en terre hostile de l'Alberta n'est pas un hasard: Justin Trudeau veut prouver tôt dans cette campagne qu'il n'a pas peur des défis et qu'il est capable de parler de l'héritage politique de son père, même s'il doit critiquer à l'occasion certaines de ses décisions, comme la fameuse politique nationale de l'énergie des années 70.

Dans les rangs libéraux (pas seulement au sens militant du terme, mais aussi dans le sens courant), Justin Trudeau a le statut de rock star. Le traitement extrêmement favorable que lui ont réservé les grands médias de Totronto dans les derniers jours l'a démontré. Le principal intéressé en a même été surpris et amusé, me dit-on.

Mais le nom Trudeau est lourd à porter et Justin compte aussi de nombreux détracteurs. Dans sa circonscription de Papineau, où il a fait un travail de terrain assidu depuis 2008, il croise encore des électeurs francophones qui refusent de lui parler parce qu'ils le considèrent comme un «traître». «Traître» par filiation, en quelque sorte, comme s'il était un clone de son père, revenu 40 ans plus tard avec les mêmes idées.

D'autres diront, non sans raison, que Justin ne serait pas là s'il ne s'appelait pas Trudeau.

Plus méchamment, d'autres encore ajouteront qu'il a le nom de son père, mais pas son intelligence, qu'il est superficiel. Ou qu'il a été élevé avec une cuiller d'argent dans la bouche, qu'il n'a rien fait ni rien prouvé. Sans oublier qu'il est encore trop jeune aux yeux de certains et qu'il a une expérience limitée puisqu'il n'a jamais été ministre.

Faire son propre nom, combattre cette image d'héritier idéologique de son père et tous les clichés qui l'accompagnent occuperont assurément une place importante dans la campagne du jeune candidat.

Cela dit, c'est d'abord aux militants libéraux (et aux «sympathisants», qui auront droit de voter pour le nouveau chef libéral - une première au Canada) que Justin Trudeau s'adressera dans cette campagne. S'il y a campagne, d'ailleurs, puisque, pour le moment, on ne se bouscule pas au portillon pour diriger le PLC.

Manifestement, le nom de Trudeau fait peur à ses adversaires éventuels. Au sein du caucus (députés et sénateurs) et chez les bonzes du parti, Justin Trudeau compte déjà de nombreux appuis, qu'il égrènera au fil des semaines. Il a déjà une équipe en place et il jouit d'une notoriété écrasante partout au pays, comme en font foi ses 153 000 abonnés Twitter.

La participation des «sympathisants» (ils sont 30 000 inscrits pour le moment) à l'élection du nouveau chef libéral est aussi une bonne nouvelle pour M. Trudeau.

Dans les derniers mois, Justin Trudeau a connu de bons coups médiatiques, du moins qui ont fait parler de lui et l'ont présenté sous un jour différent: son combat de boxe (victorieux) contre le sénateur conservateur Patrick Brazeau, sa sortie tonitruante contre le ministre de l'Environnement, Peter Kent, qu'il a traité en Chambre de piece of shit, et sa déclaration à propos du Québec qui pourrait quitter le Canada de Stephen Harper.

Cette déclaration lui a valu des reproches au Canada anglais, mais, tout compte fait, elle lui aura été bénéfique au Québec.

Mais pour le moment, on ne voit encore que l'emballage. Le vrai test sera de savoir ce qu'il y a dans la boîte.

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