«Victime» des réseaux sociaux?

Vincent Marissal

Vincent Marissal
La Presse

On reproche souvent au gouvernement Charest d'être déconnecté, mais dans le cas des réseaux sociaux, on peut dire que c'est littéralement le cas.

En fait, le mot déconnecté est même inexact puisque le gouvernement ne s'est pas encore branché sur l'ère 2.0, du moins sur Twitter et Facebook, des outils incontournables de nos jours dans la population, mais presque totalement absents des milieux du pouvoir à Québec.

Dimanche matin, la collègue Emmanuelle Latraverse a demandé à la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, quelles leçons elle tirait des 12 semaines de conflit avec les étudiants. Elle a répondu ceci: «Les réseaux sociaux ont joué un grand rôle et une grosse machine comme le gouvernement n'est pas très habile à utiliser les médias sociaux, qui ont provoqué un élargissement du débat.»

«Pas très habile», c'est un euphémisme.

Quand ils parlent des «médias sociaux», on a l'impression que les membres du gouvernement Charest parlent d'une créature étrange, menaçante et insaisissable. Une créature antagoniste.

Pourtant, quiconque fréquente même sporadiquement Twitter sait qu'il s'agit d'un outil de communication efficace, accessible et gratuit.

Les organisations étudiantes l'ont abondamment utilisé, de même que les opposants et les partisans de la hausse des droits de scolarité, mais le gouvernement, lui, est aux abonnés absents.

Au gouvernement Charest, on se méfie de cet outil et on n'a visiblement pas compris son utilité. Parmi les 26 ministres (en comptant le premier ministre), seulement 8 ont un compte Twitter, mais la plupart ne s'en servent pas, ou très peu. Line Beauchamp, par exemple, est sur Twitter, elle compte plus de 2600 abonnés (ce qui est très peu pour une ministre au centre de l'actualité), mais son dernier message date du 5 avril.

La plus jeune ministre du cabinet Charest, Yolande James, a elle aussi un compte, mais elle n'a, à ce jour, envoyé aucun tweet. Quant à la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, et à sa collègue des Services gouvernementaux (responsable du gouvernement en ligne!), Dominique Vien, elles n'ont pas de compte Twitter.

C'est à croire que le bureau du premier ministre a donné un mot d'ordre contre Twitter à ses ministres, ce qui n'est pourtant pas le cas. «Non, nous incitons les gens à le faire [à communiquer par les réseaux sociaux], mais ils sont libres», dit l'attaché de presse de M. Charest, Hugo D'Amours, qui n'a pas de compte Twitter lui-même. M. D'Amours se prive d'un outil de communication bidirectionnel unique, qui permet de diffuser de l'information, mais aussi de suivre ce qui se dit à propos du gouvernement.

Du côté des partis de l'opposition, les responsables des communications sont, au contraire, très présents sur Twitter. Ça leur permet de jauger les réactions, de passer leurs messages (et leur spin, ce qui est de bonne guerre!) et de corriger des faussetés ou des rumeurs diffusées ou alimentées sur les réseaux sociaux.

Si c'est bon pour l'opposition, c'est bon aussi pour le gouvernement. Twitter permet de diffuser des messages simples (un art et une nécessité en politique) et de proposer des liens vers d'autres sources d'information. Du temps qu'il était secrétaire de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas avait fort bien compris le potentiel de Twitter.

L'ancien journaliste Bruno Guglielminetti, spécialiste des nouveaux médias au cabinet de relations publiques National, pense que le gouvernement Charest se prive d'un outil de communication directe parce qu'il a l'impression qu'il ne contrôlera plus le message. «Pourtant, Twitter permet justement ça: contrôler son message, dit-il. Prenez par exemple quand un Alexandre Despaties gagne une médaille, rien n'empêche le premier ministre de le féliciter.»

Plusieurs députés (dont Bernard Drainville, Pascal Bérubé ou François Bonnardel) se servent de Twitter pour parler de leur travail de député, de leurs activités, ce qui crée des liens avec le public, ajoute M. Guglielminetti. Sans oublier Denis Coderre, le king de Twitter, qui a compris la force de ce médium. Les députés fédéraux, tous partis confondus, ont d'ailleurs une longueur d'avance sur ceux du Québec dans les réseaux sociaux.

Après avoir discuté avec quelques ministres du gouvernement Charest dans les derniers jours, j'en conclus qu'ils craignent Twitter parce qu'ils ne comprennent pas cet outil. Pourtant, il est devenu incontournable, comme la radio à l'époque de Maurice Duplessis et, plus tard, la télévision, qui a très bien servi les politiciens qui ont su l'apprivoiser.

Bien sûr, il y a des risques et, donc, certaines règles à suivre.

Règle n° 1: ne pas provoquer la polémique et ne pas se laisser entraîner dans des tweet fights, des prises de bec virtuelles sur Twitter.

C'est précisément ce qui est arrivé au député libéral Gerry Sklavounos, qui s'est retrouvé dans l'embarras la semaine dernière après avoir fait un lien entre grève étudiante et crise d'Octobre. En fait, c'est plus nuancé que ça, mais justement, Twittter tolère parfois mal les nuances.

Autre bourde, hier, cette fois au cabinet de la ministre Beauchamp, où une attachée politique a suggéré que les bombes fumigènes dans le métro étaient presque du terrorisme...

En Alberta, au début de la campagne électorale, une attachée de la chef conservatrice s'est fait taper sur les doigts parce qu'elle avait écrit, sur Twitter, que la chef du Wildrose, Danielle Smith, n'était pas sincère quand elle parlait de famille parce qu'elle n'avait pas d'enfant. (Dans les faits, Mme Smith ne peut avoir d'enfant...)

Cela dit, pas besoin d'avoir un compte Twitter pour faire des gaffes, en politique. On voit souvent des bêtises impardonnables dans des communiqués de presse ou dans des déclarations.

Avec Twitter, la gaffe se répand plus vite.

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